Quand elle quitte avec fracas la cérémonie des César, l’actrice Adèle Haenel devrait surveiller ses propos. D’aucuns pourraient lui reprocher rapidement.


Le 13 novembre dernier, lors de l’émission La grande confrontation sur LCI, une vive altercation avait opposé Alain Finkielkraut à Caroline de Haas à propos de l’affaire Polanski. Remémorons-nous. La féministe avait lancé : « Quand vous dites cela, Monsieur Finkielkraut, le message que vous envoyez à toutes les petites filles qui ont été violées dans ce pays, c’est que ce n’est pas grave ». Ce à quoi l’académicien, agacé, avait répondu ironiquement : « Violez, violez, violez ! Voilà, je dis aux hommes : violez les femmes ! D’ailleurs je viole la mienne tous les soirs ».

Le précédent Finkie

Des esprits légers ont pu penser qu’accusé publiquement de complaisance à l’endroit du viol, Alain Finkielkraut surenchérissait ironiquement selon le procédé rhétorique de l’antiphrase. Un peu comme si, dans un débat politique, un socialiste accusé par un libéral de préconiser des mesures qui avaient abouti à des conséquences désastreuses en Union soviétique s’était exclamé : « Mais bien sûr ! Ce que je veux, c’est le goulag pour tous ! Déportez, fusillez, massacrez ! »

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Eh bien non ! Une tribune très sérieuse publiée le 1er mars dans Libération évoquait encore « l’appel sidérant d’Alain Finkielkraut à violer les femmes », donnant rétrospectivement raison aux quatre députés de La France Insoumise qui avaient adressé au Procureur de la République, le 15 novembre 2019, une lettre ainsi libellée :

Monsieur le Procureur

Nous Mathilde Panot, Députée du Val-de Marne, Danièle Obono, Députée de Paris, Ugo Bernalicis, Député du Nord et Bénédicte Taurine, Députée de l’Ariège tenons à porter à votre connaissance l’existence d’un fait pouvant constituer une infraction sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale. Mercredi 13 novembre 2019, lors d’une émission télévisée sur la chaîne LCI M. Alain Finkielkraut a en effet tenu les propos suivants :

« Violez, violez, violez. Voilà ! Je dis aux hommes : « violez les femmes ». D’ailleurs je viole la mienne tous les soirs … mais tous les soirs. Elle en a marre, hein, elle en a marre ».

Vous pourrez facilement visualiser ces propos sur le site de LCI tenus au bout d’1h22 minutes de l’émission La grande confrontation. Si le thème de celle-ci était justement « Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ? », nous considérons que cette invective de M. Finkielkraut peut avoir dépassé le statut d’opinion et constituer, à notre sens, un délit aux termes de l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881. En vous remerciant de l’attention que vous porterez à notre courrier, recevez, Monsieur le Procureur, l’expression de nos salutations respectueuses.

Si ces honorables parlementaires ont suivi la cérémonie des César 2020, ils ne manqueront pas de reprendre leur activité épistolaire, et adresseront au Procureur de la République un nouveau courrier ainsi libellé :

Monsieur le Procureur,

Nous Mathilde Panot,  Danièle Obono,  Ugo Bernalicis, et Bénédicte Taurine, députés,  tenons à porter à votre connaissance l’existence d’un fait pouvant constituer une infraction sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale. Vendredi 28 février 2020, en sortant de la salle Pleyel, Mme Adèle Haenel a en effet tenu les propos suivants : « Vive la pédophilie ! Bravo la pédophilie, bravo !». Vous pourrez facilement visualiser ces propos sur la vidéo ci-dessous à 0mn 31secondes. Nous considérons que cette invective de Mme Haenel peut avoir dépassé le statut d’opinion et constituer, à notre sens, un délit aux termes de l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881. En vous remerciant de l’attention que vous porterez à notre courrier, recevez, Monsieur le Procureur, l’expression de nos salutations respectueuses.


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