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Abdoulaye Maïga, un grand homme de paix…

Assimi Goïta avait promis des élections démocratiques il y a déjà deux ans...

Abdoulaye Maïga, un grand homme de paix…
A l'ONU, le colonel Abdoulaye Maïga, premier ministre par intérim du Mali, s'en est violemment pris à la France. 24 septembre 2022, New-York © Mary Altaffer/AP/SIPA

Invité à s’exprimer à la 77e assemblée générale des Nations Unies, le Premier ministre par intérim du Mali, le colonel Abdoulaye Maïga, a prononcé une violente charge contre la « junte française», accusée d’avoir « poignardé dans le dos » son ancienne colonie. Bah voyons…


Depuis le dernier coup d’État orchestré par le colonel Assimi Goïta, en mai 2021, les relations entre l’Hexagone et le Mali se sont considérablement détériorées. En 2013, secoué depuis des mois par une rébellion, dans l’incapacité d’endiguer la progression des islamistes dans la partie nord du pays, le Mali n’avait pas hésité à réclamer de l’aide au président Hollande. La France était rapidement intervenue, libérant toutes les zones occupées par les rebelles. Une guerre éclair, saluée alors par les Maliens qui avaient applaudi leurs libérateurs par des manifestations de joie. Avant qu’une partie croissante de la population ne finisse par s’irriter de leur présence…

“Ils ont crié qu’ils ont des preuves concrètes contre la France. Ils ont eu l’opportunité de s’exprimer devant les Nations unies pour faire un show. Pourquoi n’ont-ils pas présenté une seule preuve convaincante?” Ismaël Sacko, Parti social-démocrate africain au Mali

Une lente dégradation

En quelques années, aux yeux de beaucoup de Maliens, les Français sont en effet passés du statut de héros à celui de force d’occupation peinant à mettre un point final aux actions d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) et du Mouvement national de libération de l’Azawad (MLNA).

Les relations diplomatiques entre Bamako et Paris ont réellement commencé à se détériorer après le coup d’État qui a mis fin au gouvernement du président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, orchestré par le colonel Assimi Goïta. Sous pression de la communauté internationale, ce dernier avait accepté de redonner le pouvoir à une transition civile et d’organiser des élections deux ans plus tard, avant de reprendre les rênes du pouvoir en 2021.

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La France est devenue dès lors le souffre-douleur de ce pouvoir précaire, et est constamment pointée du doigt. La junte multiplie les discours agressifs, puis exige le renvoi de notre ambassadeur et interdit la diffusion de RFI et de France 24 après que des informations ont circulé sur de possibles exactions militaires maliennes contre des civils – notamment de l’ethnie peule.

Un discours surprenant

Le point de rupture est atteint lorsque le colonel Assimi Goïta met fin en mai 2022 à l’opération Barkhane, accusant les militaires français d’atteinte à la souveraineté nationale. Les Français sont alors remplacés par des mercenaires russes de la société Wagner, eux même maintenant accusés de crimes de guerre par Paris. Entre les deux capitales, le divorce est donc bien consommé.

Le 24 septembre, alors que le Mali ne cesse de s’enfoncer dans une crise économique, sociale et politique, le Premier ministre par intérim du Mali n’a pas hésité à attaquer la France lors d’un discours surprenant prononcé lors de la 77e assemblée générale des Nations Unies. Évoquant le retrait de Barkhane, le colonel Abdoulaye Maïga a affirmé que le Mali avait été « poignardé dans le dos par les autorités françaises ».

Il a accusé l’Hexagone de « pratique néocoloniale, condescendante, paternaliste et revancharde », et a critiqué de façon à peine voilée le président Emmanuel Macron, dont le Mali semble désormais voir la présence derrière chaque complot que la junte dénonce. « Les autorités françaises, profondément anti-françaises pour avoir renié les valeurs morales universelles et trahi le lourd héritage humaniste des philosophes des Lumières, se sont transformées en une junte au service de l’obscurantisme » a osé l’officier militaire, devant une assistance médusée.

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Saluant « les relations de coopération exemplaire et fructueuse entre le Mali et la Russie », il a ensuite pris à partie les dirigeants africains. Celui du Niger, remettant en cause sa nationalité (l’arrière-grand-père du président Bazoum serait arrivé au Niger dans les années 1840, selmon lui), celui de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, accusé de « conserver le pouvoir pour lui seul et son clan » (le Mali a en outre fait arrêter 47 soldats ivoiriens transitant sur son sol, lesquels sont désormais emprisonnés pour tentative supposée de putsch et l’objet d’un chantage entre Bamako et Abidjan), ou encore le dirigeant bissau-guinéen, Umaro Sissoco Embaló, en charge de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui a mis en place des sanctions contre… le Mali.

L’opposition malienne entre condamnation et honte

Ce discours grotesque a depuis été condamné par les oppositions maliennes. « Il n’appartient pas au Mali ni à un dirigeant malien de dénoncer ou de remettre en cause la légitimité d’un autre chef d’État africain, qui est passé par les urnes. Et cela ne peut pas être concevable lorsque ceux qui tiennent ce langage se sont imposés par des armes » a dénoncé Babarou Bocoum, secrétaire du bureau politique national du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi). « Cela fait presque un mois que partout, sur tous les toits, ils ont crié qu’ils ont des preuves concrètes contre la France. Ils ont eu l’opportunité de s’exprimer devant les Nations unies pour faire un show. Pourquoi n’ont-ils pas présenté une seule preuve convaincante ? C’est un pleurnichard qui a tout simplement haussé le ton », a taclé de son côté Ismaël Sacko, le président du Parti socialiste démocrate africain (PSDA)…

Le colonel Assimi Goïta avait assuré qu’il rendrait le pouvoir à un président élu démocratiquement dans les deux ans. Mais chaque jour qui passe, cette attente devient un supplice pour tout le monde.


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Journaliste , conférencier et historien.

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