Accueil Culture Une chevauchée fantastique

Une chevauchée fantastique

Le plus fidèle complice de l'homme, c'est le cheval


Une chevauchée fantastique
Nicolas Chaudin D.R.

Comment conquérir, gouverner, régner ? En montant sur un cheval ! Nicolas Chaudin, dans La Cavalcade des princes, démontre comment les princes et leurs destriers ont fait l’histoire.


Le chien est peut-être le meilleur ami de l’homme. Mais son plus fidèle complice demeure le cheval – et un pacte immémorial unit le cheval au prince, relève Nicolas Chaudun dans un livre d’une érudition galopante. L’auteur, qui cumule les casaques d’éditeur, de réalisateur et de critique d’art, est aussi un cavalier chevronné. C’est donc à bride abattue qu’il explore le rapport fascinant entre cet animal et l’exercice du pouvoir à travers les siècles, des steppes du Caucase au Paris de la Belle Époque en passant par les champs de bataille médiévaux et les haras des cours les plus raffinées d’Europe. 

Cette course d’obstacles historique commence avec les premiers hommes lorsque, bien avant de savoir domestiquer la bête, ils la peignent. Les parois des grottes de Lascaux et celles de Chauvet (37 000 avant J.-C.) s’ornent d’élégantes silhouettes qui épousent les irrégularités de la roche : les hordes sauvages sont en mouvement. Pour Nicolas Chaudun, l’art pariétal n’a rien de primitif : « Il n’y a pas eu d’enfance de l’art. » L’ancêtre de notre cheval domestique naît dans les basses vallées du Don et de la Volga, mais d’autres populations d’équidés suivent le « corridor des steppes » de la péninsule Ibérique à l’Anatolie. 

Les guerriers de l’âge du Bronze comprennent vite que « sans cheval, point de conquête, et sans conquête, point de pouvoir ». Le sort du noble animal est scellé à celui qui sait le maîtriser pour imposer son autorité. La longue histoire de la guerre à cheval peut commencer – elle s’étire des Sumériens aux tranchées de 1914 en passant par Alexandre le Grand chevauchant Bucéphale jusqu’aux confins du monde.

A lire aussi, du même auteur : En Ré majeur

Les cavaliers sont des combattants redoutés, juchés sur des animaux à la musculature puissante, ils dominent soldats et civils ; on leur attribue les pires exactions en terre d’Occident. L’Église les voit donc longtemps d’un mauvais œil, puis lui vient l’idée de les occuper en les envoyant faire la guerre ailleurs, loin, très loin… pour aller libérer le tombeau du Christ à Jérusalem ! Ainsi débute l’épopée des Croisades qui permet à la chevalerie née au tournant de l’an mil de se racheter une sainteté et de fonder la noblesse.

Lorsqu’elle ne guerroie pas, cette dernière s’exerce au combat lors de joutes et de tournois – exercices qui disparaîtront plus tard dans la poussière des manèges. Comme sur le champ de bataille, tout y est extrêmement codifié : l’art équestre est un art total, à l’instar du pouvoir. Nicolas Chaudun tresse ainsi au récit politique celui des beaux-arts. La monture est parée aussi richement qu’un souverain, et le prince, le roi se doivent d’être représentés avec elle depuis l’Antiquité – le XVIIIe anglais lance même la mode des portraits de chevaux aristocratiques, un genre qui connaîtra un succès populaire au siècle suivant.

Nos chefs d’État ne montent plus, ne chassent plus, mais la fascination pour la majesté du cheval demeure, preuve en est avec ce cavalier sans visage chevauchant un destrier mécanique sur les eaux noires de la Seine lors de la cérémonie d’ouverture des JO – rare réussite pleine de poésie au cœur d’un spectacle grotesque.

Ce précieux ouvrage s’accompagne d’une trentaine de reproductions, images nécessaires lorsqu’on évoque fresques, tableaux et sculptures, qui offrent au lecteur un « beau livre » de poche.

La Cavalcade des princes. Cheval et pouvoir, Nicolas Chaudun, Actes Sud, 2026.

La Cavalcade des princes: Cheval et pouvoir

Prix: 22,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 10,00 €

Été 2026 - #147

Article extrait du Magazine Causeur




Article précédent Habemus datam
Article suivant Un tabou sur la nudité : encore la faute de l’homme blanc !
Journaliste. Dernière publication "Vivre en ville" (Les éditions du Cerf, 2023)

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération