…telle pourrait être la devise du pouvoir macroniste, de la Commission européenne et des médias aux ordres. Tribune de Didier Desrimais.
L’affaire Xénia Federova est révélatrice du programme protéiforme de surveillance et de contrôle de l’information et de l’expression des citoyens planifié par l’UE et mis en place par la France avec une célérité qui force l’admiration de Mme von der Leyen. Xénia Federova a eu le mauvais goût d’être Russe et de vouloir présenter sous un autre angle que celui adopté par l’ensemble des médias pavloviens, Le Monde en tête, un conflit dont les causes sont beaucoup plus complexes que la version simpliste assénée par notre atterrant ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, et rabâchée dans les médias par les commissaires politiques du Ministère de la Vérité européen en cours de construction, j’ai nommé Thierry Breton et Nathalie Loiseau. La France a versé au régime de Volodymyr Zelensky, soit directement, soit indirectement, des milliards d’euros pour combattre un pays qui ne lui a pas déclaré la guerre. Dans les médias aux ordres, seules les analyses pro-ukrainiennes copiées sur celles de la Commission européenne, de la Chancellerie allemande et du gouvernement français, ont voix au chapitre. BFMTV, LCI, l’audiovisuel public et la presse subventionnée se montrent parmi les plus serviles. Après que l’Arcom, s’appuyant sur les « analyses » de Reporters sans frontières (RSF), a mis en demeure CNews au nom du pluralisme, une étude de l’Observatoire du Journalisme (OJIM) révèle que le « deux poids deux mesures » reproché à l’agence de régulation n’est pas une affabulation et que la définition du pluralisme réclamé à cor et à cri par RSF, en particulier au sujet du conflit russo-ukrainien, est variable et ajustable, selon que vous serez une « chaîne Bolloré », France Info ou LCI.
L’OJIM souligne que, sur France Info, l’information sur la guerre en Ukraine comme sur le rôle de la France et d’Emmanuel Macron repose largement sur l’organisation de débats réunissant journalistes, « experts », spécialistes des relations internationales – parmi lesquels Bertrand Badie, qui sévit également régulièrement sur France Culture – dont la ligne idéologique est clairement orientée : « Les positions favorables au soutien militaire et politique à l’Ukraine, au renforcement de la défense européenne, et celles critiques à l’égard de la Russie sont très largement majoritaires ». Au cours de la période étudiée, il ne semble pas que France Info ait reçu un seul intervenant défendant ou exposant de manière argumentée les positions des autorités russes. Conclusion de l’OJIM : « Notre analyse conduit donc à constater que, malgré une diversité importante des profils invités, les principaux thèmes relatifs à la guerre en Ukraine donnent lieu à l’expression d’analyses largement convergentes, ce qui interroge évidemment la diversité effective des points de vue présentés au public sur ce sujet ». France Info est une radio publique et, à ce titre, devrait être exemplaire quant au traitement de l’information : la plus grande neutralité dans l’exposition des faits et la pluralité des opinions devraient ici, plus qu’ailleurs, s’imposer. Nous sommes loin du compte…
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Sur LCI, durant la même période, la guerre en Ukraine a représenté plus de 43 % de sa programmation d’information. Les faits sont généralement rappelés de manière succincte et cèdent la place à de longues séquences de commentaires et d’analyses. « Parmi les intervenants les plus réguliers, notons la présence récurrente du militaire et historien partisan de l’Ukraine Michel Goya (17 fois), du général anti-russe Nicolas Richoux (17 fois), de l’avocate ukrainienne (qui comparait les Russes à des « cafards ») Alla Poedie (neuf fois) ou encore de l’auteur russe Sergueï Jirnov (9 fois), farouchement opposé à Vladimir Poutine. Rares sont les invités plus nuancés comme le journaliste du Figaro Renaud Girard », constate l’OJIM avant de signaler les thèmes les plus régulièrement mis en avant : la Russie comme menace stratégique majeure de l’Europe ; la nécessité du soutien à l’Ukraine ; le renforcement des capacités militaires européennes ; etc. Les divergences exprimées ne portent pas sur les thèmes eux-mêmes mais sur les modalités de leur mise œuvre. En résumé, LCI se fait le porte-voix du gouvernement français et des instances bruxelloises et manipule l’opinion en ne proposant aucune autre interprétation, aucune autre analyse, aucune autre grille de lecture que celles permettant de justifier l’engagement diplomatique et financier de la France et de l’UE en faveur du régime de Zelensky.
Le communiqué de presse de l’Arcom justifiant la mise en demeure de CNews suite à la saisine de RSF est un exemple de navigation politique – ou comment tirer des bords pour parvenir à ses fins, c’est-à-dire l’encadrement total des médias : « L’exigence d’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion ne s’oppose pas à ce qu’un service consacré à l’information choisisse de traiter davantage certaines thématiques dans le cadre de sa couverture de l’actualité ni à ce qu’il accorde une place importante dans sa programmation à des émissions de débat. Elle ne permet pas, en revanche, que des déséquilibres structurels dans l’expression des points de vue conduisent à la surexposition manifeste, sur l’ensemble de la programmation, d’un même courant de pensée et d’opinion ». Ce qui vaut pour CNews ne vaut visiblement pas, nous l’avons vu, pour France Info et LCI. Cela ne vaut d’ailleurs pas plus pour BFMTV.
Ni pour France Inter qui s’est récemment encore illustrée en proposant aux auditeurs un énième débat qui n’en était pas un. Lors de la Grande Matinale du 31 juillet, le journaliste François Geffrier a en effet reçu deux intervenantes aux profils très différents mais aux opinions sur Xénia Federova absolument convergentes. L’experte en cybersécurité Rayna Stamboliyska, dont on se demande ce qui, hormis son impatience à voir Xénia Federova chassée de France, justifiait sa présence, se gaussa – « J’ai envie de dire « on a failli attendre » » – et reprit les éléments de langage du gouvernement français concernant une supposée « ingérence étrangère portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ». Ajoutons que les autorités françaises ont, depuis, ordonné le gel des avoirs de Xénia Federova. C’est une première en France qui a été rendue possible grâce à une loi « visant à prévenir les ingérences étrangères en France » promulguée en catimini, ni vu ni connu, la veille de l’ouverture des JO de Paris, le 25 juillet 2024, avec l’approbation de tous les groupes parlementaires hormis LFI. Cette loi s’ajoute à l’arsenal administratif et juridique dont s’enorgueillit la France, pays où la première partie de l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen – « La libre communication des pensées et opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement »– est de plus en plus souvent bafouée, tandis que sa deuxième partie – « sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par loi » – est devenue le terrain de jeu préféré des censeurs politiques. Loi après loi, des mesures abusives et restrictives s’imposent et l’étau se resserre impitoyablement sur une liberté d’expression de plus en plus décharnée.
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La loi du 25 juillet 2024 offre des possibilités infinies pour empêcher quiconque s’oppose au gouvernement de prendre la parole, de donner son opinion, de participer au débat sur les sujets relevant de la politique étrangère française, ou même de simplement continuer de vivre puisque « le ministre chargé de l’Économie et le ministre de l’Intérieur peuvent décider conjointement, pour une durée de six mois renouvelable, le gel des fonds et des ressources économiques » de toute personne supposée agir « directement ou indirectement à la demande ou pour le compte d’une puissance étrangère et ayant pour objet ou pour effet, par tout moyen, y compris par la communication d’informations fausses ou inexactes, de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, au fonctionnement ou à l’intégrité de ses infrastructures essentielles ou au fonctionnement régulier de ses institutions ». Tout récemment, un rapport du Sénat appelant à la vigilance contre les « ingérences intérieures » – en clair, les opinions non conformes à la doxa officielle – a proposé la création d’un « Observatoire de la désinformation » pour compléter le service d’État Viginum qui cible, lui, les « ingérences étrangères ». Ainsi, en s’appuyant sur la loi du 25 juillet 2024, le gouvernement pourrait assimiler des citoyens français ayant eu l’outrecuidance de donner une opinion différente de celle du ministère des Affaires étrangères sur la politique internationale de la France, à des agents agissant « directement ou indirectement » pour le compte d’une puissance étrangère et, par conséquent et sans autre forme de procès, leur interdire l’accès aux réseaux sociaux, geler leurs comptes bancaires et menacer quiconque voulant leur venir en aide de subir le même sort – aussi aberrant qu’il paraisse, ce dernier point est pourtant bien inscrit dans la loi en question.
Lors de cette même matinale sur France Inter, l’économiste Julia Cagé a affirmé espérer que la censure ne s’arrêterait pas au cas de Xénia Federova : il faut, dit-elle, « élargir la focale » et s’attaquer au « système médiatique » que représentent CNews, Europe 1 et le JDD. Julia Cagé est une invitée régulière de la radio et de la télévision publiques. Les journalistes oublient systématiquement de rappeler son engagement politique, se contentant, en guise de présentation, d’un sobre et faussement impartial « économiste et professeur à Sciences Po Paris ». Pourtant… Responsable du pôle économie de la campagne de Benoît Hamon en 2017, la compagne de Thomas Piketty, autre invité permanent des médias publics, a collaboré à la rédaction du programme du Nouveau Front populaire pour les législatives de 2024. Chaque élection la voit s’interdire de donner la moindre consigne de vote tout en alertant sur l’urgence « d’aller voter partout contre l’extrême droite ». Ses « analyses » ne sont donc pas seulement le fruit d’un travail universitaire objectif mais également le résultat d’une lecture politique et économique orientée à gauche, voire à l’extrême gauche. Cela n’est pas grave en soi – mais l’honnêteté voudrait que les médias qui l’invitent n’oublient pas de mentionner ce qui, dans son CV, permettrait de situer cette militante sur ce que les journalistes appellent l’échiquier politique. Qu’en pense l’Arcom, elle qui, suite à une décision du Conseil d’État, a pour obligation d’analyser la diversité des opinions exprimées par l’ensemble des personnes présentes à l’antenne (invités, chroniqueurs, présentateurs) afin d’évaluer le pluralisme global des médias audiovisuels ? Je n’ose croire que cette décision n’a été prise que pour viser Philippe de Villiers sur CNews…
D’ailleurs, le journaliste de France Inter s’est également bien gardé de préciser, sans doute parce qu’il explique trop clairement la position de cette dame vis-à-vis de Xénia Federova et son adhésion mécanique aux décisions liberticides de la France et de la Commission européenne, un point important concernant sa première intervenante, Mme Stamboliyska. Fondatrice et présidente de RS Strategy, un cabinet de conseil « opérant à l’intersection du risque numérique, de la stratégie de cybersécurité et de la politique de l’UE », Mme Stamboliyska a en effet été nommée Ambassadrice Numérique (Digital EU Ambassador) par la Commission européenne pour « promouvoir et vulgariser les politiques et les enjeux du numérique à l’échelle européenne » et conseiller l’Agence de l’UE pour la cybersécurité (ENISA) sur les « menaces futures » pouvant peser sur les entreprises et les institutions européennes. Idéologiquement et, surtout, financièrement, Mme Stamboliyska a donc tout intérêt à ne pas contrarier les institutions bruxelloises et les autorités françaises à l’initiative du processus permettant de censurer les opinions dissidentes, de contrôler les médias et les plateformes numériques et de surveiller l’ensemble de la population. Sans doute approuve-t-elle la dernière lubie despotique de Thierry Breton : suite à l’invasion migratoire de Ceuta, l’ex-commissaire européen, considérant que cette invasion est due à une « attaque hybride algorithmique » sur les réseaux sociaux, réclame que les « frontières numériques » de l’Europe soient renforcées et que l’UE impose à ses pays partenaires (en l’occurrence le Maroc) un contrôle des réseaux et des plateformes numériques en s’inspirant du DSA. « Nous payons nos partenaires pour qu’ils contrôlent leur frontière physique. Nous devons désormais exiger qu’ils contrôlent leur frontière informationnelle », écrit-il dans un article paru sur le site du média atlanto-européiste Le Grand Continent.
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La censure institutionnelle s’installe partout, à tous les niveaux, sous la férule de l’UE. Tous les prétextes sont bons. Et la France, une fois de plus, se distingue. Tout le monde s’y met. Les élections présidentielles approchant, de mystérieuses « ingérences russes » accablent miraculeusement les candidats macronistes et socialistes. Raphaël Glucksmann, dont les médias omettent systématiquement de rappeler les ingérences pro-américaines en Géorgie et en Ukraine, prévoit d’ores et déjà, sans vergogne, un scénario à la roumaine. Après RSF, c’est Marine Tondelier qui réclame l’interdiction du réseau social X. Le RN s’abstient lors du vote sur la loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et refuse de commenter l’avis d’expulsion de Xénia Federova – qui ne dit mot consent, dit l’adage. Le 23 juin dernier, Nathalie Loiseau – qui, rappelons-le, fait partie du conseil d’administration de l’ECFR, une organisation soutenue principalement par la fondation de George Soros – a fait valider par la commission spéciale du Parlement européen les principales recommandations du « bouclier démocratique européen » censé protéger les États européens des ingérences étrangères et de la désinformation. La « protection des institutions, des processus électoraux et de la liberté des médias » devra, dans chaque pays membre de l’UE, être confiée entre autres à un « réseau d’influenceurs volontaires », et l’éducation à la citoyenneté et aux médias devra être assurée par le système scolaire, par les institutions gouvernementales et par les médias eux-mêmes via un « guide de l’UE sur la démocratie » aux petits oignons. La France n’a pas attendu ce fameux guide pour se mettre à l’ouvrage : tous les moyens préconisés par Nathalie Loiseau et la Commission européenne pour « protéger la démocratie » sont déjà à l’œuvre dans notre pays.
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