Alors que les intellectuels alternatifs mènent le débat économique sur tous les fronts (sortie de l’euro, protectionnisme, démondialisation), les tenants de l’ordre néolibéral et monétariste se raidissent, préférant la caricature et l’outrance à la confrontation des idées.

On peut, dans ce registre, lire l’entretien avec Christian Noyer dans le Figaro. Mais ces temps-ci, c’est le Monde (qui avait, il est vrai, publié une interview de Jacques Sapir), qui mène la charge avec pas un beau tir groupé de trois papiers : une tribune d’Alain Faujas, qui compare le protectionnisme à une « ligne Maginot », une autre, d’un professeur de Sciences Po, Zaki Laïdi, qui dénonce « l’absurde démondialisation » et un entretien avec Pascal Lamy directeur général de l’Organisation mondiale du Commerce qui affirme que « la démondialisation est réactionnaire ».

Christian Noyer explique tranquillement qu’une « réduction modeste des revenus permet d’obtenir les mêmes effets économiques qu’une dévaluation importante ». Pascal Lamy ne fait pas non plus dans la dentelle : pour lui, la compétitivité salariale induite par une dévaluation n’est « pas évidente », tout en évoquant des écarts de salaires allant de 1 à 8 entre France et Chine du fait de la hausse des salaires chinois. Il faut noter qu’il minore volontairement ce genre d’écarts (qui, en réalité, vont de 1 à 30 en Asie et de 1 à 10 en Europe). Le directeur de recherche de Sciences Po n’est pas moins caricatural en évoquant le spectre d’un « autocentrage économique » rappelant l’Albanie…

Pour faire bonne mesure, Zaki Laïdi s’appuie sur le cas de l’iPhone – dont 4% de la valeur ajoutée est réalisée en Chine – pour affirmer que les chiffres ne veulent rien dire, feignant d’ignorer que les composants issus des autres pays ont bien été importés dans un premier temps! Et tant qu’à faire, il décrète qu’« en achetant plus d’Airbus, on ne protège pas nécessairement plus l’emploi européen » ce qui est banalement faux puisque 10% des composants de Boeing sont européens, contre 50% pour ceux d’Airbus.

Le débat ? Interdit !

Ce qui est assez impressionnant, c’est la faiblesse de l’argumentation des défenseurs de la pensée économique dominante. Quand ils ne réfutent pas tout simplement les chiffres du commerce extérieur, ils recourent à la caricature pour dénigrer tous ceux qui remettent en cause les dogmes libre-échangistes ou européistes.
Il faut croire que nos ravis de la mondialisation supportent mal de voir des intellectuels de tous bords défendre des idées qu’on devrait interdire, y compris des prix Nobel comme Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Maurice Allais ou Amartya Sen. En France, des intellectuels de gauche (Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Frédéric Lordon) comme de droite (Jean-Luc Gréau, Alain Cotta, Jean-Jacques Rosa, Gérard Lafay) remettent en cause la libéralisation excessive ou le choix d’une monnaie unique en Europe.

Il devrait pourtant être possible de débattre du degré souhaitable de libéralisation du commerce. Tous les pays sont un peu protectionnistes et on ne voit pas en quoi il serait scandaleux de penser qu’ils doivent l’être un peu plus. Personne, même les plus radicaux des économistes hétérodoxes, ne plaide pour l’autarcie. Il est tout de même normal de débattre démocratiquement des grands choix économiques.
Au lieu de quoi, les intégristes du libre-échange ne manquent pas une occasion de citer Marine Le Pen pour discréditer les idées alternatives. Sans doute parce que le nom de Le Pen fait plus peur que celui de Paul Krugman ou de Joseph Stiglitz…

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