International Monetary Fund

Dimanche, l’interview de DSK par Claire Chazal m’a amené à relire l’article que j’avais rédigé en mai sur le cas Strauss-Kahn. Aurais-je une virgule à y changer ? Hélas, aucune.

Car la prestation de DSK illustre parfaitement l’arrogance d’une élite qui se sent intouchable et en rajoute. Ses « éléments de langage » étaient soigneusement pesés. De quoi s’agit-il ? De ces mots, expressions et ajustements syntaxiques qui permettent aux consultants en communication de contourner la vérité et d’esquiver les faits pour donner une interprétation favorable à certaines pièces du dossier. Eléments de langage dont DSK savait qu’ils ne seraient pas contredits pour avoir, quinze jours durant, négocié les conditions de l’interview avec Claire Chazal.

Derrière chaque mot, se cache un demi-mensonge, une contradiction ou une indignité. DSK dit avoir commis une « faute ». Mais sans la qualifier. Une faute à l’égard de qui ? De sa femme ou de Nafissatou Diallo ? De la bienséance ou du droit des femmes ? On ne le saura pas. S’excuse-t-il de cette faute ? Non. Sans coup férir, il tire du rapport Vance les phrases qui l’arrangent et se garde bien d’en citer les passages embarrassants.

L’ancien ministre ne dit rien de la nature du rapport sexuel (qui dura 9 minutes, de l’entrée de Nafissatou Diallo dans la chambre à sa sortie), si ce n’est qu’il fut « inapproprié ». Il y a quelques années, il avait employé le même mot pour qualifier sa relation avec sa subordonnée au FMI. Mais « inapproprié » au regard de quoi ? D’une morale puritaine anglo-saxonne ? De la bienséance universelle ? Ou du droit commun ? On n’en saura pas plus. DSK n’apporte qu’une seule précision : il ne s’agissait pas d’un rapport tarifé.

Qu’imaginer ? Qu’en 9 minutes, il drague la femme de ménage, lui propose la botte, qu’elle accepte, se livre à lui, lui fait une petite gâterie et s’en va préparer son mauvais plan judiciaire contre lui ? Chacun appréciera la crédibilité de ce scénario.

Au passage, l’ex directeur général du FMI reprend insidieusement la thèse du complot. Sans aucun élément pour alimenter cette rumeur. Mais il est toujours bon de la laisser courir, voire de l’amplifier.

Pour finir, DSK qualifie le rapport Vance de « non-lieu » le blanchissant définitivement alors que ce document ne fait qu’expliquer pourquoi la personnalité de la victime n’est pas suffisamment crédible pour recueillir l’unanimité des jurés, justifiant ainsi la fin des poursuites judiciaires.

Mais le point d’orgue de cet exercice de communication fut marqué par un mélange de contrition (sans réelles excuses ) et de remontrance. Passant soudainement de Mister Dominique à Docteur Strauss-Kahn, DSK nous a asséné ses prescriptions sur la crise européenne (au demeurant insignifiantes, puisqu’on peut résumer sa pensée à « il faut payer ses dettes », ce qui est loin de ce qu’on peut attendre du docteur en économie dont on nous chante les vertus). En agissant ainsi, DSK marque très bien son arrogance : « bon, nous avons parlé un quart d’heure de la faute vénielle que j’ai commise, je vous ai donné toutes les explications, on ne va tout de même pas passer la soirée la-dessus, hein ? Maintenant que cette affaire est close, j’ai des choses sérieuses à vous dire, veuillez m’écouter » semble-t-il nous marteler doctement. Circulez, il n’y a plus rien à voir.

A travers cette manœuvre, DSK nous dévoile son jeu. Il n’a pas de temps à perdre pour revenir dans l’arène politico-économique. Une crise est en cours et il entend bien peser sur son évolution. Non en jouant les premiers rôles lors de la présidentielle – c’est maintenant impensable – mais tout de suite après. Ou même pendant. Martine Aubry en a d’ailleurs fait les frais puisqu’il a révélé (alors qu’elle le réfutait) l’existence d’un pacte de non-agression entre eux. Désormais,tout le monde sait qu’elle est candidate par défaut. Voilà qui va l’aider…

Au cours des prochains mois, il sera intéressant d’observer quel crédit accordent les Français à cet homme qui a méprisé la vérité et affiché son arrogance envers tous ceux qui – d’une manière ou d’une autre- ont été blessés par son comportement.

A suivre… Malheureusement.

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