Reconnaissons d’abord à Cyril Bennasar l’honnêteté d’un aveu électoral qui ne s’habille pas des paillettes du dandysme provocateur.

S’il a voté FN aux dernières régionales, ce n’est pas pour attirer sur lui les lumières noires de la réprobation des bien-pensants – sinon il l’aurait dit avant le jour du vote – mais à l’issue de son analyse de la situation politique. Il vote FN pour rappeler à Sarko qu’il doit rester Sarko, et il trouve dans le programme affiché des frontistes une musique douce à ses oreilles sur la sécurité, l’immigration, et même la laïcité. Il désigne cela comme un « vote aiguillon », ce coup de pique qui ramène la vache vagabonde dans le bon chemin.

Cyril se défend également d’adhérer au corpus idéologique de Jean-Marie Le Pen et de ses amis français et étrangers : nostalgie fasciste, antisémitisme, négationnisme, intégrisme catholique et tout le reste.

Sa transgression électorale des bonnes mœurs ne serait donc que conjoncturelle, un one shot dont il espère bien ne plus jamais avoir à faire usage.

Un parti ne se résume pas au programme qu’il affiche

Le vote Bennasar ne peut pas être assimilé à celui de la désespérance des gens du Nord désemparés devant les friches industrielles, le chômage et l’arrogance des riches et puissants. C’est donc un vote politique et non pas sociologique.

Il est donc inutile de lui faire la morale ou de tenter de le déciller sur la vraie nature du parti auquel il a accordé son suffrage. Tout ça, il connaît, et il a bien raison de ne pas se laisser impressionner par les cris d’orfraie des rabâcheurs de la vulgate antifasciste.

C’est donc sur le terrain politique qu’il convient de critiquer le comportement de notre ami Cyril. Pour lui faire remarquer qu’un parti, cela ne se résume pas au programme qu’il affiche et fait parvenir dans les boites aux lettres lors des campagnes électorales. Si l’on vote pour ce parti, il faut s’attendre à ce qu’il ait des élus et peut-être, même si cela paraît improbable, qu’il participe à un exécutif local ou régional. Le vote dit protestataire crée, aussi, des maires, des conseillers régionaux, des députés qui sont issus d’un appareil politique et d’une culture idéologique.

L’opportunisme de Marine Le Pen

Le « modernisme » de Marine Le Pen ne doit pas faire illusion : son opportunisme l’amène, certes, à prendre quelque distance avec les dérapages langagiers calculés de son père. Mais les gros bataillons des militants et élus du FN (je ne parle pas des électeurs) sont, pour la plupart, des gens méprisables. Il suffit d’observer les péripéties des municipalités où ils ont été portés au pouvoir. Dreux, Toulon, Vitrolles ont été le théâtre de pratiques sordides, aussi bien sur le plan financier que dans les luttes internes de pouvoir au sein du FN.

On pouvait créditer, jadis, les élus du PCF de ne pas ménager leurs efforts pour socialiser, au sein de ce qu’Annie Kriegel appelait une contre-société, ceux qui leur apportaient leurs suffrages. Ils étaient les fourriers du totalitarisme, modèle communiste, mais ils s’occupaient aussi des gens.

Le FN a été, furtivement, un lieu de socialisation des laissés pour compte de la mondialisation libérale comme l’a montré, en 1987, Anne Tristan, dans son livre Au Front qui raconte son expérience d’infiltration d’une section lepéniste des quartiers populaires de Marseille. Mais cela n’a pas duré. C’est devenu au fil du temps un ramassis d’aspirants-notables frustrés de n’avoir pu s’affirmer au sein de la « droite républicaine ». Les « idéologues », Bruno Mégret, Jean Claude Martinez, à l’exception notable de Bruno Gollnisch, se sont éloignés et ont regagné leurs chapelles postfascistes, cathos intégristes ou néo-païennes.

L’extrême droite française est tombée au plus bas de la médiocrité conceptuelle et humaine, nous faisant presque regretter l’époque de Maurras et de Léon Daudet. Et ce n’est pas le produit d’appel Marine Le Pen qui peut transformer, comme par magie, une citrouille en carrosse. La prochaine fois, Cyril, abstiens-toi…

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