Ce livre que je n’ai pas écrit et dont j’aurais aimé être l’auteur, a pour titre : L’Éphémère dure toujours. Il est signé Jean-Pierre Georges qui me l’a envoyé récemment en s’excusant de cette intrusion dans ma vie : «Petite faiblesse passagère, précise-t-il, moment d’égarement quand la voix du renoncement est enrouée ». Jean-Pierre Georges ne se doute pas du plaisir qu’il m’a procuré : des livres comme le sien, c’est tous les jours que j’aimerais en trouver dans mon courrier. Cela n’arrive, hélas ! qu’une ou deux fois par an.

Jean-Pierre Georges pousse l’auto dérision à un degré de raffinement extrême, sans tomber dans les deux écueils qui guettent les amateurs du genre : la préciosité et le narcissisme. La modestie de Jean-Pierre Georges touche au sublime. Ainsi, lorsqu’il apprend par la presse qu’une jeune fille a été étranglée, violée, puis jetée morte dans le fossé, il précise : « Ce n’est pas moi, pour le viol, je n’aurais pas pu ». D’ailleurs, ajoute-t-il quelques pages plus loin : « Mon instinct sexuel n’est plus très sûr ». Quant à la poésie, il y a renoncé parce que cela le fatiguait d’avoir toujours à trouver quelque chose. Il faut la pratiquer jeune, avant la cataracte mentale. Aucune naissance ne l’intéresse plus, sauf peut-être la naissance des seins.

Bref, Jean-Pierre Georges s’agrippe à une philosophie du renoncement. Se contenter de peu Mais ce n’est pas de peu qu’on se contente, note-t-il, c’est de rien. Quand on pense à ce qu’est une vie, à ce qu’on accepte d’elle, à tout ce à quoi on consent, on devrait sur-le-champ se punir de sa couardise en allant courir nu dans la campagne gelée. Jean-Pierre Georges se plaît à se faire horreur. Moi, il m’a enchanté. Et dire que personne, mais vraiment personne, ne connaît Jean-Pierre Georges. Il lui a fallu trois ans pour trouver un éditeur (Tarabuste)…

Lui faudra-t-il encore trois ans pour trouver des lecteurs ?

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