Propos recueillis par Cyril Bennasar, Daoud Boughezala, Elisabeth Lévy et Gil Mihaely. 

Elisabeth Lévy. Bienvenue à Causeur, où vous êtes accueilli en ami, ce qui signifie que nous ne tairons aucun de nos désaccords avec vous. L’incroyable adhésion ou répulsion que suscitent votre livre et votre personne révèle un phénomène politique inédit, qui plonge la plupart des commentateurs dans une telle désolation qu’ils n’y comprennent goutte, se contentant de brailler quelques mots-clés : « raciste ! », « réactionnaire ! », « islamophobe ! ». C’est aussi ce phénomène que nous voulons comprendre. Vous dites souvent que vous ne faites pas de politique, mais que faites-vous d’autre que de la politique en défendant vos idées et votre vision de la France ?

Éric Zemmour. J’ai toujours dit que je n’étais pas un homme politique, c’est-à-dire un élu ou un militant encarté, mais je n’ai jamais dit que je ne faisais pas de politique ! Je fais de la « politique gramscienne » en menant un combat d’idées dans le cadre d’une lutte pour l’hégémonie intellectuelle. Ce en quoi je m’inscris dans une tradition française qui conjugue journalisme, littérature, histoire et politique. J’ai baigné là-dedans depuis mes 12 ans, c’est ce que j’ai toujours voulu faire.

EL. En somme, vous seriez une sorte de Plenel de droite ?

EZ. Plenel fait de la politique, et il en a bien le droit ! Je suis en désaccord total avec lui, j’estime qu’il fait partie de ces élites qui ont détruit la France depuis quarante ans. La différence entre nous, c’est que lui est dans l’invective : dans sa vision, il incarne le bien et je suis le mal, tandis que, moi, je ne le diabolise pas.

Gil Mihaely. N’y a-t-il pas une contradiction entre le travail intellectuel, qui cherche la vérité, et le travail politique, qui vise le pouvoir ?

EZ. Je n’accepte pas ce distinguo. En politique, la conquête du pouvoir doit servir à y faire accéder ses idées, donc ce qu’on pense être la vérité. Ou alors on devient un politicard. C’est ce que nous voyons le plus souvent aujourd’hui, mais ça n’a pas toujours été le cas.

EL. Sauf que, dans la réalité où se débattent l’élu ou le ministre, on fait rarement face à des choix binaires. Or, à vous lire, on dirait qu’on a le choix entre le retour en arrière et le désastre postmoderne, entre la femme au foyer pour tous et la GPA/PMA pour tous. Bref, est-ce que Mai 68 est un bloc ?

EZ. Oui ! C’est un bloc. Et je suis volontairement caricatural pour bloquer toute discussion.

EL. Ça commence fort ! Nous, nous pensons qu’on a le choix et qu’il faut se battre sur deux fronts : contre le progressisme imbécile d’un côté, contre l’illusion « réactionnaire » de l’autre.

GM. En un mot, nous nous sentons plutôt conservateurs.

EZ. Conservateurs ? Mais que reste-t-il à conserver ? Le monde tel qu’il va depuis quarante ans, le monde soixante-huitard ? Les conservateurs aujourd’hui s’appellent Plenel et Cohn-Bendit. Et votre troisième voie n’existe pas. Vous et tous ceux qui se disent conservateurs aujourd’hui me font irrésistiblement penser à la fameuse phrase de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » C’est exactement ça : vous chérissez les causes et déplorez les effets. Vous ne pouvez pas sortir de cette contradiction.

*Photo : Hannah.

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