On apprend que le principal syndicat des chefs d’établissement (SNPDE) s’alarme du coût du baccalauréat. Comme ces gens-là savent communiquer, ils nous expliquent que cette épreuve coûte 1 milliard et demi d’euros. Au moment où un Etat aux abois qui va prendre ses ordres austéritaires tantôt à Bruxelles tantôt à Berlin tout en feignant à chaque fois, dans le déni le plus total, d’avoir mis les points sur les i, il est sûr que lancer un tel chiffre, dépassant symboliquement le milliard, ça crée tout de suite un remous dans l’opinion.
Faire passer le baccalauréat à une classe d’âge couterait donc d’après les chefs d’établissement l’équivalent presque exact du contrat que vient de décrocher Vinci pour un métro au Quatar. Et vous aurez beau dire, c’est quand même plus sérieux de vendre des rames aux rois du pétrole que de dépenser son pognon à faire réfléchir des adolescents plein d’hormones sur les équations différentielles, la passion ou Tacite.
Ou si vous voulez, la dette publique de la France étant fin 2012 de 1800 milliards et des bannettes, on pourrait sensiblement baisser cette dernière en mettant un moratoire sur l’organisation du bac pendant à peu près 1500 ans. Il faut y réfléchir. Sérieusement. Le Bac ne date que de Napoléon. Et si la France a très bien vécu 1500 sans lui avant l’Empereur, elle pourra bien vivre 1500 sans lui après François Hollande.
Et puis honnêtement, à quoi sert le bac ? Finalement, le bac, c’est comme le service militaire, ça ne sert plus à rien. Ca ne sert plus à rien parce que nous sommes de moins en moins une nation et de plus en plus une entité administrative et commerciale fonctionnant très moyennement bien d’ailleurs au coeur de l’Europe nouvelle, une province périphérique de la mondialisation. A l’occasion, on se rappelle qu’on a une dissuasion nucléaire et on nous écoute un peu à l’ONU. Mais j’attends le moment où le syndicat des chefs de centres nucléaires expliqueront que l’entretien des missiles, c’est trop cher, qu’on ne peut plus se le permettre et d’ailleurs est-ce que c’est bien utile, une bombe nucléaire française quand on a le parapluie américain ? Après tout, on est bien assez fort encore pour intervenir seul au Mali comme des grands. Mais j’attends également le syndicat des chefs d’entrepôts des EBR et autre VAB pour nous expliquer que ces blindés légers sont ruineux et obsolètes alors qu’on peut tout voir avec des satellites et bientôt tuer tout le monde avec des drones.
Non, vraiment, on voit bien que le bac, il faut en finir. 1 milliard et demi. Alors qu’on en est à gratter sur le quotient familial.
Qu’importe si le compte fait par le SNPDE est aussi spécieux que celui d’un bilan comptable de Goldman Sachs avant la crise des subprimes et que les proviseurs ajoutent à l’organisation des épreuves elles-mêmes (moins de cent millions) le coût de trois semaines de cours non donnés, le dédommagement des professeurs devant se déplacer ou corriger les copies. Qui vit avec des enseignants dans son entourage sait les montants somptuaires dont sont gratifiés les enseignants pour ces tâches. Qu’importe si les professeurs n’ayant pas le don d’ubiquité ne peuvent pas et donner des cours et faire passer le bac.
Qu’importe, encore,  si ce ne sont pas eux qui fixent les dates de l’examen et se retrouvent eux aussi, coincés dans un faux troisième trimestre avec des emplois du temps désorganisés, à faire au mieux du bachotage, au pire de la garderie. On s’étonne après de se retrouver comme  hier avec un prof de maths suspendu parce qu’il a passé un film d’horreur en classe, Saw 1 en l’occurrence. Il aurait pu faire pire, il aurait pu leur passer Ressources humaines de Laurent Cantet, un film d’horreur aussi, mais sur le management moderne.
Quelles sont les arrières pensées d’un tel chiffre présenté comme « caché » par les médias pour qui la rue de Grenelle qui paie ces feignasses de profs est l’antre de tous les gaspillages et la mère de toutes les paresses ?  On peut penser qu’il s’agit effectivement, idée dans l’air depuis l’arrivée de Peillon,  d’en finir avec les grandes vacances dans un premier temps, cet insoutenable privilège des enseignants.
Puis, dans un deuxième temps,  après le tollé des familles et des professionnels du tourisme qui verront disparaître le mois de juillet, de transformer le bac en un contrôle continu tout au long de l’année. L’examen disparu, ce seront les universités autonomisées qui organiseront leurs propres examens d’entrées, ce qui est déjà le cas. Et ce qui restait d’égalité républicaine avec le bac aura donc vécu. Ce n’est pas grave, de toute façon, la République comme les retraites, la santé et les moteurs diesels doit d’abord et avant tout se mettre aux normes européennes.

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