En France, contrairement à ce qui se passe dans le monde anglo-saxon, la SF n’a jamais baigné dans l’optimisme prométhéen de pères fondateurs tels que van Vogt ou Asimov. Au contraire, la technologie a toujours été considérée avec méfiance comme dans Ravage de Barjavel qui, en 1943, imaginait notre monde plongé dans une immense catastrophe après la disparition de l’électricité. Dans les années 1960 et 1970, la SF française se distingue même par une véritable acuité politique qui transforme le genre, comme le néo-polar de Manchette à la même époque, en une littérature de critique sociale tirant avec insistance des sonnettes d’alarme sur des cauchemars possibles, voire probables. Que l’on songe à Jean-Pierre Andrevon par exemple, Michel Jeury ou encore Gérard Klein. Philippe Curval appartient à cette mouvance : on réédite aujourd’hui en un seul volume, sous le titre L’Europe après la pluie, trois romans – Cette chère humanité, Le dormeur s’éveillera-t-il ? et En souvenir du futur – qu’il consacra entre 1979 et 1983 à l’avenir de notre cher vieux continent.

L’Europe après la pluie, Philippe Curval, La Volte, 2016.