Les journalistes des médias publics ne se sont toujours pas remis de la victoire de Donald Trump. C’est qu’ils n’ont rien vu venir. Notre chroniqueur analyse ici deux beaux cas: Thomas Snégaroff et Patrick Cohen.
C’est dur, c’est très dur. La pilule ne passe pas. Au lendemain des élections américaines, la majorité des journalistes français ont la gueule de bois. Ces gros bourrins d’Américains n’ont tenu aucun compte de leurs avertissements. Dieu sait pourtant qu’ils n’ont pas ménagé leurs efforts. Durant des mois ils ont envoyé du lourd et leur principal message n’avait rien de subliminal : le fascisme, le nazisme, la bête immonde et la peste brune menaçaient les États-Unis d’Amérique et, par ricochet, l’Europe. Si Donald Trump était élu, plus rien ne pourrait réfréner la vague populiste, réactionnaire, d’extrême droite, se lamentait-on dans les rédactions où l’on s’échangeait crucifix, gousses d’ail, amulettes et autres grigris pour conjurer le mauvais sort.
Kamalamania et gueule de bois
Depuis quelques semaines, Thomas Snégaroff, journaliste et spécialiste de l’histoire américaine contemporaine, se voulait rassurant et ne laissait planer que peu de doute sur la victoire de Kamala Harris. Elle était, affirmait-il sur France Inter, ce qui pouvait arriver de pire au « vieux mâle blanc » Donald Trump. Femme, métisse, dynamique, « elle est compétente sur les dossiers et ça c’est très important ! », ajoutait-il sans craindre le ridicule, alors que personne n’ignorait que Kamala Harris ne maîtrisait pas grand-chose, était faiblarde en particulier sur les dossiers de politique internationale et avait toutes les peines du monde à formuler les arguments concoctés par ses conseillers sur l’économie mondialisée, le conflit russo-ukrainien ou les événements au Proche-Orient. « Dans ce contexte-là, dans ce duel de corps-à-corps, moi je pense qu’il y a beaucoup de jeunes électeurs américains qui ne voulaient pas voter pour Joe Biden et qui, cette fois-ci, n’hésiteront pas une seconde », concluait pourtant ce jour-là M. Snégaroff en lévitation. Kamala Harris allait écrabouiller Donald Trump et le monde entier échapper au désastre, c’est-à-dire au retour du fascisme, comme le laissaient plus ou moins subtilement entendre les participants de l’émission C Politique animée sur France 5 par le même Thomas Snégaroff une semaine avant les élections.
Patatras ! Dans la nuit du 5 au 6 novembre, un raz-de marée rouge balaie les États-Unis et la victoire de Donald Trump paraît rapidement inéluctable. Le 6 novembre au matin, toute honte bue, Thomas Snégaroff explique sur France Inter que ce n’est pas lui qui s’est planté mais les sondeurs : « Pour la troisième fois de
