Depuis quelques jours, la planète est comme un hochet dans les mains d’un enfant capricieux. Donald Trump appelle à frapper la Syrie sur Twitter et BHL est content. Une dangereuse montée aux extrêmes.


L’ambassadeur américain à l’ONU Nikkie Halley bombe le torse et prend des photos au Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle serait bien inspirée de renouer avec sa mission initiale, la diplomatie. Les États-Unis et la Russie ne veulent pas se mettre d’accord sur une mission d’enquête de l’OIAC, l’agence internationale en charge de la non prolifération des armes chimiques. La France serait dans son rôle si elle faisait en sorte de remettre les deux grandes puissances autour de la table. Au lieu de cela, on souffle discrètement sur les braises et on laisse la Turquie occuper la place de médiateur entre les Etats-Unis et la Russie. Un comble.

On voudrait mimer la crise des missiles de Cuba

On ne sait rien ou presque des origines de l’attaque chimique à Douma et on voudrait mimer la crise des missiles de Cuba. Depuis que la guerre en Syrie a démarré, plus personne ne réfléchit et tout le monde plastronne. Pourquoi une attaque chimique maintenant? Une immense lassitude s’empare des observateurs comme si le tragi-comique de répétition ne fonctionnait plus. Faut-il mourir de rire ou pleurer, on ne sait plus…

On sait en revanche que si la France frappait la Syrie sans mandat des Nations Unies, ce serait un véritable tournant néoconservateur dans la politique étrangère d’Emmanuel Macron. La première grande faute diplomatique du quinquennat. Jusqu’à ce jour, le Président voulait faire de notre pays une puissance d’équilibre. Avec cet interventionnisme moral, on romprait avec la tradition gaullienne et on renouerait avec l’occidentalisme de la décennie Sarkollande.

Dangereux face à face avec la Russie

La guerre civile syrienne s’est rapidement transformée en conflit régional. La Turquie, l’Iran, Israël et l’Arabie saoudite s’affrontent indirectement depuis plusieurs années. Mais pour la première fois, la guerre en Syrie pourrait se transformer en conflit mondial. « Nos relations avec la Russie sont pires que sous la guerre froide » a twitté Donald Trump. Une déclaration de guerre sur un réseau social, on avait encore jamais vu ça. La France ne peut pas cautionner de telles folies.

Donald Trump est harcelé par la justice américaine pour la proximité de son équipe de campagne avec des personnalités Russes. Pour se défendre, on a la désagréable impression que le président américain en rajoute de sorte à prouver à Washington sa conversion à la haine de Moscou. Dans un nouveau tweet, l’hôte de la Maison-Blanche s’en est d’ailleurs publiquement ému: « Beaucoup des tensions avec la Russie sont causées par les enquêtes bidons et corrompues sur le Russiagate, dirigées par des démocrates ou des anciens des équipes Obama (…) Pas de collusion donc ils deviennent fous ». Fou, c’est le mot.

 

Nous ne nous avouons pas vaincus

Mais l’expédition punitive qu’on brandit à nouveau au nez des Russes prouve une chose. Les diplomaties occidentales n’ont toujours pas compris ce qui se passe en Syrie. Bachar Al-Assad a remporté la guerre et nous avons perdu. Et cette fois-ci, les Russes sont décidés à ne pas se laisser faire. Les faucons jouent avec le feu et ils se brûlent le bec.

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