A cause de graves difficultés financières, le conseil d’administration de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris a dû licencier son chef de chœur grégorien Sylvain Dieudonné. Après l’incendie de la cathédrale, c’est un autre patrimoine qui est en péril.


Un Président ne doit pas permettre ça. Quoi, ça ? Le licenciement brutal de Sylvain Dieudonné, chef de chœur de la Maîtrise Notre-Dame de Paris, en charge du département de musique médiévale. On ne congédie pas, brutalement, inconsidérément, après de bons, loyaux et amoureux services, un musicien, un érudit, un savant, un spécialiste de chant choral, en charge depuis 20 ans, de la chorale grégorienne de Notre-Dame de Paris. La cathédrale qui a brûlé, il y a peu. Notre-Dame de Paris qui fut le berceau de la musique grégorienne d’où naquit l’histoire de notre musique occidentale. L’école cathédrale de musique, c’est notre patrimoine. Et ce patrimoine, notre bien commun, est en péril.

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Transmission en danger

On nous dit qu’au fort Brégançon notre Président est concentré sur ses vœux de bonne année. Que n’était-il là, hier, dans l’église Saint-Etienne du Mont pour le « dernier concert grégorien » — à Dieu ne plaise qu’il soit le dernier, si nous nous en mêlons tous ! —de Sylvain Dieudonné. Il aurait vu, entendu, compris qu’un Président ne pouvait permettre pareil licenciement. Sur cette colline inspirée de la Montagne-Sainte-Geneviève, il se serait souvenu, qu’aux XIIème et XIIIème siècles, Paris rayonnait, en Europe, de sa musique, avec l’école cathédrale. Il se serait souvenu, lui qui sait tout, qu’un épisode du « Miracle de Théophile » se lit sur le croisillon du portail Nord de Notre-Dame. Il aurait vu, avec le chœur déambulant du jubé aux allées, que cette musique, avec ses motets exotiques et l’organum final, instaurait la verticalité unique du divin.

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Il faut tant de temps pour construire et transmettre, et si peu pour détruire: un trait de plume, un cachet. Pour faire un Dieudonné — c’est du violoncelle que je parle — il faut du temps. A plus forte raison un Sylvain Dieudonné. La formation musicale des enfants demande du temps, et gratuit ! Ces enfants qu’on aime entendre, un soir de concert, qui aménagent, par amour de la musique, leur temps de travail écolier. On connaît la phrase : « Un pays où on n’apprend plus le grec ni le violon est un pays perdu. » On n’apprend plus le grec et on licencie quelqu’un qui sait la vièle médiévale. Et le pays ne va pas bien ! Un peuple ne vit pas seulement de tablettes et de jeux vidéo. L’histoire de France se fait grâce à ceux qui transmettent nos savoirs. Culte et culture ont même racine. Le patrimoine, c’est pour tous les jours, pas seulement pour la journée qui lui est dédiée.

Pendant ce temps, l’île de la Cité est menacée par la « disneylandisation »

Un collectif d’artistes, d’intellectuels, d’académiciens, dont Jean-Luc Marion, et Jean Duchesne, l’exécuteur testamentaire du cardinal Lustiger— lui qui avait confié à Sylvain Dieudonné le soin de la refondation de la maîtrise— et Michel Zinck, son confrère à l’Académie, Philippe Contamine, des musiciens, des moines, des chanteurs, des membres de l’Institut, François Polgar, cofondateur du choeur grégorien de Paris ont signé, dans le Figaro du 27 décembre, une tribune demandant à l’Archevêque et au chapitre cathédral de s’assurer et d’assurer que « la cathédrale ne brûlait plus ». Un article du Figaro, en date du 15 décembre, sous la plume de Benoît Duteurtre nous alertait sur la disneylandisation, programmée depuis 2016, du parvis de Notre-Dame et du cœur de la Cité. Hier, à l’ouverture du concert, une choriste a dit, très émue, le coup de tonnerre qu’avait été l’annonce du licenciement de leur chef de chœur qui porte un coup terrible à l’avenir de la maîtrise. S’il avait été là, hier, Emmanuel Macron aurait compris qu’un Président de la République doit s’opposer au licenciement de Sylvain Dieudonné dont le nom et le prénom renvoient à la forêt et au ciel. Décidément, quel vent révolutionnaire souffle sur la France ?

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