C’est pour ne pas infléchir sa ligne que Donald Trump a limogé son chef de la diplomatie Rex Tillerson. 


Quand on scrute les événements qui se déroulent à la Maison-Blanche on ne peut s’empêcher de comparer le président Trump au commandant William Bligh de la Bounty… Pas vraiment empathique, intransigeant, autoritaire, brutal dans les méthodes. Autour de ce président atypique, le turn over est récurrent, rapide et massif. Le congé signifié abruptement, hier, au chef de la diplomatie Rex Tillerson vient d’en fournir une nouvelle illustration.

Certes, il faut préliminairement considérer la quadrature et les personnalités impliquées. Mais surtout se demander si ce cap nouveau tracé pour la politique étrangère américaine par Donald Trump sera un progrès pour la paix et l’ordre du monde, et quelles conséquences la France devra en tirer pour y trouver ou y défendre son intérêt national.

Rex Tillerson, hors des clous

On doit se souvenir que Donald Trump a été élu de façon un peu inattendue (y compris de ses proches) et qu’il doit se constituer une équipe adhérant totalement à sa ligne pour pouvoir continuer la politique générale qui lui attirera les suffrages dont il a besoin pour les midterm elections du 6 novembre prochain (les 435 sièges de la Chambre et 34 des 100 sièges du Sénat). En se débarrassant des maillons faibles et en promouvant ses plus fermes soutiens, le président américain fait des choix transparents de logique.

Rex Tillerson ne faisait plus l’affaire. Ingénieur pétrolier et haut responsable d’Exxon, il avait une relation étroite avec Vladimir Poutine et était très proche du business russo-américain. Il avait, par ailleurs, suscité la défiance de diplomates expérimentés qui ont préféré démissionner, en conséquence de quoi le réseau des ambassades n’est pas à ce jour au niveau des intentions présidentielles. Surtout, il affichait ses désaccords avec la politique de la Maison Blanche, donnant l’impression électoralement calamiteuse que les Républicains n’étaient pas tous au diapason présidentiel. Les points de désaccords publics étaient nombreux : la Corée du Nord (un coup de maître de Donald Trump), l’Iran (Donald Trump dénonçant la poursuite de l’accord sur le nucléaire iranien) et le déménagement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem ouest.

Donald Trump se renforce…

Le départ de Rex Tillerson permet de faire monter en puissance deux fidèles du président. En premier lieu Mike Pompeo, diplômé de West Point et de Harvard, cet ingénieur, avocat et homme d’affaires a pris ses fonctions en 2017 à la tête de CIA, après avoir été largement coopté par le Sénat. C’est un partisan des méthodes fortes, mais subtiles en matière de renseignement. Dans la lutte menée par les Républicains contre Hillary Clinton dans l’affaire de l’attentat de Benghazi, qui a coûté la vie – dans des circonstances immondes – à l’ambassadeur des États-Unis en Libye en 2012, il a jeté une lumière crue et accusatrice sur les défaillances du département d’État.

Celle qui prendra la place de Pompeo à la tête de la CIA, Gina Haspel, sera la première femme à exercer cette fonction. Responsable des opérations clandestines de la CIA (et impliquée à ce titre dans les prisons secrètes à l’étranger), elle a intégré l’agence en 1985 et a servi sous couverture en plusieurs endroits du monde.

…et durcit sa politique étrangère

Malgré cette nouvelle équipe, on ne doit pas s’attendre à des inflexions de la ligne de politique étrangère mais, bien au contraire, à plus de dureté dans son application : les obstacles internes viennent d’être levés. L’Iran demeure un point focal important : on doit être certain que ce pays islamiste, offensif et non démocratique n’accédera pas à l’arme nucléaire. Mais au fond, sans que le président ne communique beaucoup à ce sujet, le rival, la préoccupation, la cible, demeureront la Chine et le Pacifique. La transformation de la nature du pouvoir, autocrate et désormais à vie, à la tête de l’État chinois, et l’agressivité militaire et commerciale dont il fait preuve, sont d’une autre dimension que la brouille passagère avec la Russie ou la négociation au Moyen-Orient sur les suites des séquelles de la crise syrienne.

Et la France et l’Europe dans tout ça ? Elles n’ont pas compris que le monde change à grande vitesse et que les vieilles formules, même relookées, sont usées par l’inefficacité et le discrédit populaire. Tous leurs partenaires ont compris que l’Europe de l’après Brexit est moins influente et ne pèsera guère dans le bras de fer commercial qui n’aura sans doute pas lieu entre les Etats-Unis et ce qu’il reste de l’Europe: une Allemagne affaiblie politiquement et une France affaiblie socio-économiquement.

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