La culture européenne existe-t-elle encore ? La question, qui divise aujourd’hui les intellectuels, est ignorée par nos élites. Cette culture a pourtant forgé notre regard et un « esprit européen » que le monde entier a admiré. Mais de renoncements en reniements, notre civilisation semble admettre son effacement.
Il n’a guère été question, lors des dernières élections européennes, de l’Europe culturelle dont la préservation mobilisa les plus grands esprits du XXe siècle, qui jetèrent leurs forces dans ce combat délaissé par les nouvelles « élites », mais pas par les peuples. La culture, que le monde entier enviait jadis à l’Europe, n’est pas seulement conservée dans les musées ou les édifices publics et privés. C’est aussi « une certaine manière de considérer le monde, assimilable à un pli de la pensée ou à un regard », foncièrement irrévérencieux selon Chantal Delsol[1]. On ne relira donc jamais assez Stefan Zweig[2] (1881-1942) dont les articles combatifs, publiés entre 1909 et 1941 dans la presse germanophone, viennent d’être édités en français sous un titre évocateur (Mélancolie de l’Europe, Plon, 2024). Mais l’Europe en proie au reniement de soi et tentée par un « étrange suicide » (Douglas Murray[3]) est-elle encore capable d’être mélancolique en se souvenant de ce qu’elle fut ? Or, c’est justement la culture qui permettrait à cette remémoration d’être un tremplin vers le futur.
Un colloque à Genève en 1946
Stephan Zweig ne fut pas le seul à alerter les Européens dont les deux guerres mondiales avaient ébranlé les certitudes, au point qu’il
