Home Économie Pour l’écologie politique, l’urgence idéologique l’emporte largement sur l’urgence climatique…


Pour l’écologie politique, l’urgence idéologique l’emporte largement sur l’urgence climatique…

Pour l’écologie politique, l’urgence idéologique l’emporte largement sur l’urgence climatique…
Image d'illustration Unsplash

Un collectif de 150 ONG parmi lesquelles Extinction Rebellion, Greenpeace, les Amis de la Terre ou encore Avaaz a récemment envoyé une missive ouverte au président de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) Fatih Birol lui demandant de réviser les scénarios de transition énergétique proposés par l’Agence.


Cette dernière est d’abord assignée de positionner comme cas de base non plus le schéma anticipé des Politiques Publiques mais celui correspondant à la neutralité carbone 2050 considéré par l’AIE comme une variante « aujourd’hui presque inatteignable ». Mais surtout, l’Agence est sommée de revoir en profondeur les hypothèses énergétiques sur lesquelles repose cette neutralité carbone. Le groupe des 150 propose notamment « de stopper immédiatement d’investir dans l’exploration et le développement de nouveaux combustibles fossiles, de renoncer au CCUS [1], à la biomasse et au nucléaire et d’accélérer la sortie du gaz avec une baisse annuelle de 3% ». Les ONGs fondamentalistes proposent purement et simplement à l’horizon 2050 un mix énergétique 100% vert composé pour l’essentiel de solaire, d’éolien et d’hydrogène. De surcroit ils proposent « une réduction annuelle de l’intensité énergétique [2] de 4% ». Enfin, pour des raisons de solidarité historique l’effort doit principalement être supporté par les « économies avancées et non par les pays du sud ».

Une analyse rapide montre que les propositions avancées par les 150 ONGs conduiraient la planète à sa perte non seulement sur le plan économique et social mais aussi… sur le plan climatique.

Ainsi, quand on sait que la production des champs existant de pétrole et de gaz décline de 6% par an, arrêter tout développement de champ nouveau conduirait en moins de trois ans à une rupture structurelle offre/demande et à une flambée incontrôlée des prix impactant de façon vertigineuse la facture pétrolière et gazière d’un citoyen déjà fortement angoissé par l’augmentation significative des prix des hydrocarbures au cours des derniers mois. Et, quand on sait qu’il faut dix ans pour mettre en production un champ d’hydrocarbures, cette décision serait pour longtemps irréversible.

L’arrêt du nucléaire et la réduction de la production gazière viendraient aggraver le problème en réenchérissant une demande de gaz raréfié, dans la mesure où les renouvelables ne pourront seuls assurer la demande électrique. L’utilisation électrique du gaz aurait comme conséquence une flambée parallèle des prix de l’électricité dans des proportions aujourd’hui inconnues. Ou alors la pénurie de gaz se traduirait par de fréquent blackouts électriques sans présager des conséquences économiques et sociales.

Quant à la réduction de l’intensité énergétique de 4% par an essentiellement concentrée dans l’OCDE, elle correspondrait pour les pays développés à une entrée définitive dans la société de décroissance que les écologistes extrémistes appellent de leurs vœux avec la pauvreté comme seul menu.

Quant aux émissions de gaz à effet de serre, elles ne se réduiraient que marginalement voire continueraient de croitre dans la mesure où ce programme radical s’appliquerait surtout aux pays de l’OCDE qui ne représentent plus aujourd’hui que 30% des émissions mondiales contre 70% pour les pays émergents.

Pour l’écologie politique, l’urgence idéologique l’emporte donc largement sur l’urgence climatique.


[1] CCUS : capture et séquestration du CO2 dans le sous-sol

[2] L’intensité énergétique est le rapport entre la consommation d’énergie d’un pays et son PIB. Elle s’exprime en kWh/$


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Expert en questions énergétiques à l'Institut Sapiens

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