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Parité partout, justice nulle part!

Les ravages de l’idéologie de l'égalité “femmome”

Parité partout, justice nulle part!
Camille Andreys et Vincent Lacoste dans le film "Les Beaux gosses" (2009) de Riad Sattouf © SIPA Numéro de reportage : 00619623_000005

À l’école, notre obsession actuelle pour la parité nous empêche de voir les profondes injustices que subissent en réalité les garçons. Et quand des rapports pointent ces injustices, on accuse la “masculinité toxique”!


On sait maintenant pourquoi les femmes ont plus souvent mal au crâne que les hommes : c’est sans doute à force de se heurter au fameux plafond de verre. Heureusement nos représentants politiques ont pris le problème à bras le corps, et la parité est en marche non seulement dans les mandats électoraux, mais également dans les conseils d’administration et désormais à la direction des grandes entreprises. Enfin ! les quotas ne sont plus réservés aux produits laitiers ou aux gaz à effets de serre : les femmes aussi, elles en ont. 

Du moins les femmes qui évoluent parmi les sphères de la politique, de la haute finance et dans les csp++ des grandes entreprises. À tout seigneur tout honneur sans doute ; et on n’est jamais si bien servi que par soi-même. 

Quant au bâtiment, au ramassage des poubelles, aux corps d’armée en OPEX, secteurs honteusement cooptés par les hommes, la parité pourra attendre encore un peu. Et en ce qui concerne les postes d’infirmières, d’assistantes sociales, de professeurs, de juges, d’avocats, de médecins, pris d’assaut par les femmes… bah ! dans ce sens-là, qui s’en soucie ?

Les filles sont la seule préoccupation

C’est ce qu’illustre par exemple un des derniers rapports de l’Education nationale sur l’égalité des filles et des garçons[1]. Si l’on y manifeste une sérieuse préoccupation du sort des demoiselles, on laisse volontiers transparaître une certaine indifférence à l’endroit des damoiseaux. On note ainsi sobrement que les garçons sont “minoritaires” dans certaines filières ; mais on déplore en revanche que les filles soient “insuffisamment présentes” dans les filières scientifiques, industrielles ou numériques, filières “qui contribuent pourtant à déterminer notre avenir commun”. Apparemment, les domaines de la biologie, de la médecine, du droit, des arts, contribuent fort peu à déterminer notre avenir commun, et il n’est donc pas à l’ordre du jour de se réjouir, ou de s’inquiéter, que les filles y soient majoritaires. C’est étonnant comme tout ce à quoi les femmes touchent d’elles-mêmes est aussitôt déconsidéré ! Un homme au foyer est un héros moderne ; mais une femme au foyer, une pauvre cruche aliénée.

Comment ne pas s’attrister de vivre dans une société qui méprise les hommes au point de rester indifférente à l’échec scolaire de ses fils?

Pour expliquer la désaffection des filles vis-à-vis des filières scientifiques industrielles ou numériques bien qu’elles aient suivi un cursus scientifique au lycée, le même rapport fustige la “survalorisation” des mathématiques et de la physique-chimie dans le recrutement, source de “discrimination négative des filles”. Il est vrai que la plupart des ingénieurs n’ont que faire des mathématiques ou des lois de la physique : si on “survalorise” ces disciplines, c’est uniquement pour en détourner les demoiselles. 

Mais attendez une minute… cette explication ne sous-entend-elle pas que les filles seraient incapables d’atteindre le niveau des garçons en mathématiques et physique-chimie ? On préfère, donc, avancer une hypothèse sexiste, mais qui a l’avantage d’accuser le système, plutôt que d’envisager simplement l’idée que filles et garçons n’auraient peut-être pas spontanément les mêmes goûts. Après tout, si les deux sexes peuvent être attirés par les sciences, les uns préfèrent peut-être plutôt la physique et les autres plutôt la biologie. D’ailleurs certains psychologues soutiennent en effet, études à l’appui, que les femmes seraient en moyenne plus intéressées par le vivant, et les hommes davantage tournés vers les objets. Si c’était vrai, faudrait-il à tout prix combattre ces tendances ? Oui sans doute : un rapport de l’Education nationale qui emploie ostensiblement le mot “genre” plutôt que le mot “sexe” ne peut pas s’engager dans la voie de la reconnaissance de certaines petites différences sexuelles naturelles. On est idéologue ou on ne l’est pas.

On s’accommode de l’échec scolaire des garçons

Mais l’idéologie prend parfois des tournures un peu dramatiques. Car tandis qu’on se triture le cerveau pour remédier au déficit de jeunes filles chez les ingénieurs, on mentionne l’échec scolaire qui touche majoritairement les garçons  sans trop s’émouvoir. Pourtant, seuls 57% d’entre eux obtiennent un baccalauréat, contre 71% des filles ; et ils ne sont que 37% à aller au bout de deux années d’études après le baccalauréat, quand 50% des filles y parviennent. Déjà en 2014, Jean-Louis Auduc relevait que dès le collège, 75% des élèves dirigés vers les SEGPA et 80% des élèves envoyés dans les classes relais étaient de sexe masculin. 

À moins de postuler qu’en moyenne les garçons seraient moins intelligents que les filles, ces chiffres devraient nous alerter : une telle disparité dans la réussite scolaire selon les sexes suggère que les garçons peinent sensiblement à trouver leur place à l’école. Il y a de quoi, semble-t-il, en faire une grande cause nationale comme les affectionne le ministère de l’Éducation. Or on s’en accommode sans trop de peine ; et il paraît qu’il est bien plus important de savoir si nos filles qui sont déjà médecins vont enfin se décider à être aussi ingénieurs en mécanique. Des garçons peuvent végéter et souffrir, quitter l’école sans perspective, il n’y a pas péril en la demeure. L’égalité femmome, comme on dit désormais (l’euphonie ne résistant pas plus à l’idéologie que le reste), c’est donc la promotion du triomphe des femmes ; et l’indifférence aux malheurs des hommes.

À l’âge adulte, les choses ne s’arrangent guère pour ces messieurs. Les “violences faites aux femmes” et la “libération de la parole”’ font chaque semaine ou presque la une des journaux. On oublie volontiers en revanche que les hommes aussi subissent des violences, et qu’elles sont sous évaluées puisque lorsqu’ils sont insultés, agressés ou violés, ils renoncent beaucoup plus souvent que les femmes à porter plainte. 

On souligne régulièrement que les femmes sont plus sujettes aux troubles anxieux et à la dépression que les hommes ; mais on omet de remarquer que pour ces mêmes troubles, les hommes négligent souvent de consulter et de se soigner. On ne mentionne pas non plus qu’ils sont par ailleurs trois fois plus nombreux que les femmes à souffrir de troubles envahissants du développement, et une fois et demi plus sujets aux troubles psychotiques, pourtant gravement invalidants.

Par ailleurs nous savons tous, mais personne n’en parle, qu’ils sont deux fois plus souvent victimes d’accidents du travail que les femmes ; et qu’ils se droguent deux à trois fois plus qu’elles. Toutefois les hommes consomment “principalement pour le renforcement positif” ose une revue québécoise[2], tandis que les femmes, chercheraient à réduire le stress et la douleur : elles “portent déjà un fardeau” ! À l’évidence la vie des mâles est tellement jouissive, leurs épaules sont naturellement si légères, que s’ils se shootent ce ne peut être que pour nager encore un peu plus dans le bonheur.

Pour finir, les hommes représentent  96,5% de la population carcérale[3] ; 75 % des personnes sans abri ; 75% des suicides. Dira-t-on là aussi que c’est toutefois en vue d’un “renforcement positif” ?

C’est la faute à la masculinité toxique

Comment expliquer cette surreprésentation des hommes dans tant de malheurs qui frappent nos sociétés ? Rassurons-nous ; quand il s’agit de la gent masculine, une justification naturelle est bienvenue, et vite avancée : les calamités qui s’abattent sur eux sont sans doute le résultat – et la démonstration- de la masculinité toxique. L’homme est excessif et violent par nature et s’il en fait les frais,  bien fait pour lui. Preuve en est qu’il est temps de le rééduquer, de le détoxifier, de l’émasculer d’une façon ou d’une autre.

Pourtant, lorsqu’on jette un œil à ce sombre tableau, ne serait-il pas raisonnable, et peut-être même urgent,  de se poser quelques questions ? Devons-nous continuer à nous focaliser presque exclusivement sur les problèmes rencontrés par des femmes et ignorer superbement les difficultés auxquelles se heurte une partie de la population masculine ? La société actuelle fait-elle vraiment place aux besoins des hommes ? Leur propose-t-elle des modèles positifs qui respectent leur nature, leur tempérament, et leur permette de s’épanouir ? L’école prend-elle en compte les besoins élémentaires des petits  garçons ? Est-il bon pour eux que 70% des enseignants soient des femmes ? 

On ne peut que se réjouir de vivre dans une société qui se préoccupe du bien-être et de la liberté de la gent féminine. Pourtant, même les meilleurs plats, quand ils sont servis tous les jours au déjeuner, finissent par lasser. Surtout, comment ne pas s’attrister de vivre dans une société qui méprise les hommes au point de rester indifférente à l’échec scolaire de ses fils, comme aux fléaux qui s’abattent d’abord sur eux, qui les constate sans se remettre en question, et qui préfère ressasser encore et encore le déficit de femmes dans les sociétés du CAC 40 ? 

Pour paraphraser Vigny, formons le vœu qu’aucun des deux sexes, par orgueil, ne se fasse l’ennemi de l’autre ; sauf à vouloir mourir chacun de son côté.


[1] “Faire de l’égalité filles-garçons une nouvelle étape dans la mise en œuvre du lycée du XXIe siècle”, rapport remis à Monsieur Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports le 9 Juillet 2021.

[2] “Existe-t-il des différences entre les hommes et les femmes en ce qui concerne les problèmes de toxicomanie ?” Santé mentale au Québec, décembre 2021

[3] Chiffre de 2016 d’après le Ministère de la Justice.


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est professeur de lettres dans un lycée de province.

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