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Le péril d’une “intifada” à la française

Une problématique familiale et sociale d’une part, politique d’autre part

Le péril d’une “intifada” à la française
Lyon, octobre 2015 © KONRAD K./SIPA Numéro de reportage : 00728859_000019

«Jeunes», «incivilités», «violences urbaines»: toutes ces expressions de la novlangue technocratique de gauche servent à masquer une réalité qui est l’intifada, parfois larvée, parfois explosive, menée par une partie de la jeunesse musulmane, issue de l’immigration, contre les agents des institutions de la République.


L’identification aux Palestiniens en lutte contre l’occupant israélien n’est pas un hasard: le combat est le même. Il fait rage en France, mais aussi dans d’autres pays européens.

Traumatismes choisis

La «peste émotionnelle» est une formule du psychiatre Wilhelm Reich qui désigne parfaitement cet enchevêtrement de peurs collectives, de rancœurs ressassées, d’histoires mythiques et de traditions orales enseignées depuis le plus jeune âge, qui constituent la source véritable du conflit ou, tout au moins, l’information qui permet de le faire durer indéfiniment. En effet, la réalité n’est pas constituée, comme on le pensait au XIXème siècle, seulement de matière et d’énergie, mais aussi pour une bonne part d’information. On ne doit pas négliger l’importance de cette information transmise par les symboles, les récits déformés et tendancieux de l’histoire, les propagandes, et les religions dans leur version instrumentale. La mise en avant des faits, des fautes et des erreurs de l’histoire alimente l’esprit de revanche et la crispation sur les « traumatismes choisis » et entraîne le rejet de l’autre et sert de prétexte à une culture victimaire fondée sur les préjugés et les blessures transmises.

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Contrairement à ce qu’on dit parfois, ce ne sont pas seulement la pauvreté, la misère, le chômage, le désespoir qui sont à l’origine de la violence et du fanatisme, mais plutôt un sentiment de vide intérieur qui finit par trouver une forme de résolution dans une idéologie. Le vrai problème vient donc de la violence et la destructivité. Considérer l’autre groupe comme essentiellement inhumain, monstrueux et mauvais par essence, c’est lui dénier le droit à l’existence. L’idéologie religieuse sert de prétexte à cette violence.

Il serait indispensable de s’intéresser à l’état réel de cette jeunesse, fer de lance de cette « intifada », y compris dans ses aspects psychopathologiques. Il serait important de regarder de plus près ce qui se passe dans les familles, entre les parents et les enfants, les frères et les sœurs, à ces enfants agressifs et autoritaires, à ces souffrances familiales et au sentiment de vide intérieur qui ne sont pas seulement causées par la paupérisation et le chômage.

Fantasmes

Les raisons pour lesquelles une partie importante de ces jeunes gens vivent leurs relations à la société française sur un mode paranoïaque dans lequel l’autre est vu sans nuance, « tout noir » alors qu’on est soi-même « tout blanc » tiennent beaucoup à une problématique familiale et sociale d’une part, politique d’autre part.

La diminution de l’image de la force paternelle introduite par les révolutions techniques et industrielles ainsi que la doxa pseudo féministe véhiculée par les médias et bon nombre d’intervenants sociaux a mis en cause l’identification des fils aux pères humiliés. Ces pères qui n’ont plus de travail ou qui ont un travail dévalorisé ont abouti à faire passer ces jeunes d’un monde où le père représentait l’autorité à une société de fratries, de bandes. Dans l’inconscient clivé de ces jeunes, la société française représente une mère archaïque toute puissante, castratrice et mauvaise. Le conflit œdipien étant impossible, l’agressivité normale des fils contre les pères se transforme en une rage aveugle et destructrice. Face à cette destructivité et à cette haine, la réaction de la société française qui ne supporte plus les agressions, le terrorisme et la délinquance grandissante ne fait que renforcer les fantasmes de persécution.

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Ces sentiments de frustration et d’humiliation, s’ajoutant aux problèmes d’identités, créent un certain nombre de blessures au narcissisme individuel et surtout collectif. C’est le cas de toutes les sociétés qui vivent une impasse et voient s’écrouler tous leurs espoirs et constatent la stagnation et la paralysie politique. Une autre issue consiste à créer des mythes qui visent à restituer les époques de grandeur. Ce fut le cas pour les Allemands, hantés par le souvenir du Saint empire romain germanique – mais surtout motivés par l’esprit de revanche, la défaite de 1918 et les clauses humiliantes du traité de Versailles. Ce fut le cas également pour d’autres peuples. Dans les pays arabes, c’est l’Islam qui permet de constituer cette nouvelle identité et de restaurer le narcissisme blessé.

L’islam radical a remplacé la gauche anti-impérialiste

Dans l’entretien du climat hystérique et de la fièvre nationaliste, les mouvements islamistes fondamentalistes jouent en effet un rôle important. Leur emprise est tout à fait logique et inévitable, car ils répondent à des besoins essentiels. Ces besoins fondamentaux non satisfaits sont nombreux: valorisation de soi, sécurité, affection, affiliation, repérage, projection dans l’avenir… Le narcissisme de groupe est proportionnel à l’absence de vraies satisfactions dans la vie et l’hystérie est une échappatoire devant les problèmes. La non-satisfaction de ces besoins met en danger l’individu. Lorsqu’elle est partagée par une proportion importante d’une population, c’est la cohésion collective qui est menacée, fondée sur un équilibre de forces et de tensions. L’islam a des effets réparateurs compensateurs. Face à la mondialisation et aux transformations qu’elle apporte, l’ethnocentrisme est une source de fierté, de dignité, de respect et de valeur morale. Face également à la propagation des idées démocratiques et libertaires qui n’apportent pas toujours le bonheur et la justice. La fierté dont on parle beaucoup en islam consiste à être inflexible, à relever la tête, à défendre l’identité musulmane et à honorer le devoir de mémoire. L’islam radical a remplacé la gauche anti-impérialiste mais il traîne encore derrière lui tous les déçus du combat anticapitaliste. Mais à côté de ce désir légitime de justice et de liberté pour tous les opprimés, les mouvements islamistes représentent aussi une psychopathologie collective. Comme ce fut le cas pour d’autres mouvements politiques de masse qui furent en réalité, des psychoses collectives, des épidémies de masse, l’annihilation de l’adversaire est légitime parce que ce dernier représente le mal absolu. Cette folie collective qui après avoir possédé l’Europe des croisades, de l’inquisition et de la Chasse aux sorcières, la Russie de Staline, l’Allemagne de Hitler, la Chine de Mao, le Cambodge de Pol Pot, s’empare aujourd’hui du monde arabe et musulman. Elle est le phénomène commun d’une même et terrible maladie collective qui prend des formes épidémiques et conduit comme toujours au massacre de tous ceux qui prétendent faire obstacle à l’avènement de la justice de Dieu ou de l’Idéologie sur la terre. Les discours contre le monde moderne – dont les sociétés occidentales  sont très représentatives – la violence valorisée, sacralisée comme un rituel de purification, répondent aussi à une quête de féerie pour enchanter le monde et permet de transformer l’exclusion grâce au rêve nostalgique de l’Age d’Or.

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Ces jeunes musulmans qui se créent une nouvelle identité par l’islam dans sa forme hargneuse et revancharde ont quelque chose de cet enfant abandonné avec un sentiment de faiblesse et d’impuissance dont parle Erich Fromm, sentiment qui, d’après lui, constitue les facteurs de formation d’un caractère sadique. Leur violence va se tourner ainsi aussi bien contre des faibles, femmes ou autres adolescents ne faisant pas partie de leur bande et bien sûr contre tous les agents en position de faiblesse représentant l’autorité honnie de l’État, considéré comme une force d’occupation de leurs territoires.


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Essayiste et fondateur d'une approche et d'une école de psychologie politique clinique, " la Thérapie sociale", exercée en France et dans de nombreux pays en prévention ou en réconciliation de violences individuelles et collectives.

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