Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvernement, a trouvé un nouveau cheval de bataille, quelques semaines après avoir annoncé sa volonté d’abolir la prostitution. Ainsi, dans un entretien au magazine Têtu, elle dénonce les manuels scolaires qui « s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT [lesbienne, gay, bi et trans] de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur oeuvre, comme Rimbaud ». « Je vais travailler au niveau européen pour que l’Union adopte des lignes directrices contre l’homophobie », ajoute-t-elle.

On peut d’abord légitimement s’interroger sur le joyeux bordel qui règne dans ce gouvernement. Ainsi, pendant que le ministre de l’Education nationale marche sur les plates-bandes de la ministre de la Justice, c’est sa collègue des droits des femmes qui veut corriger les manuels scolaires. À la rigueur, si c’était pour y traquer le sexisme, on pourrait le comprendre. Que nenni ! Il s’agit de lutter contre l’hétérocentrisme. Voilà donc la ministre des droits des femmes auto-investie de la défense des droits homosexuels, bisexuels et transsexuels. Que Christiane Taubira, garde des sceaux, et Dominique Bertinotti, ministre chargée de la Famille, qui s’écharpent joyeusement sur le dossier du mariage « pour tous », prennent garde : voilà une nouvelle concurrente. Pour défendre les LGBT, on se bouscule au portillon. Les ouvriers -hétéros ou homos- en revanche, n’ont plus que Montebourg en marinière.

Vallaud-Belkacem est donc en colère contre ces satanés rédacteurs de manuels scolaires. Ils s’obstinent à passer sous silence, fulmine-t-elle ! Et de citer Rimbaud. Je me souviens très bien qu’au lycée, notre professeur de français nous avait précisé que le poète connaissait avec Verlaine des relations qui dépassaient largement le cadre de la littérature. C’était il y a vingt-cinq ans. Mais la précision par un professeur ne suffit pas à Madame la ministre. Pensez-donc, il pourrait y avoir des oublis. Ainsi faut-il pour chaque personnage historique ou auteur, préciser son orientation sexuelle. Tel poète serait gay, telle révolutionnaire serait lesbienne, tel roi était bisexuel. Reste à trouver un trans historique[1. Si un lecteur pouvait en citer en commentaire sous le texte, nous lui en serions extrêmement reconnaissants.]. On ne sait comment elle compte mettre en pratique cette volonté. Si l’on apposera une vignette L, G, B ou T sous la photo du personnage qui aurait eu le mauvais goût de ne pas procéder à un coming-out de son vivant. Act-up souhaitait « outer » les vivants à leur corps défendant. Najat Vallaud-Belkacem préfère « outer » les morts.

C’est que la ministre a un argument fort : parfois, à l’instar de Rimbaud, l’orientation sexuelle explique une grande partie de leur oeuvre. On ne saurait la démentir. De même, on se souvient que l’homosexualité d’Henri III a pu avoir quelques conséquences politiques. Mais, dans ce cas, pourquoi limiter cette demande à la simple orientation sexuelle ? Pourquoi ne pas indiquer, en sus, l’âge du dépucelage du personnage ? Après tout, qu’il (ou elle) ait commencé à 16 ans dans les bras d’une duchesse (d’un beau chevalier)[2. Et vice-versa ! Pas envie de me faire taxer d’hétérocentrisme !] ou qu’il (ou elle) ait attendu l’âge de 43 ans, cela peut aussi expliquer pas mal de faits et gestes. De même, on pourrait aussi indiquer sur cette fiche sexuelle du personnage historique sa position favorite du kama-sutra. Privilégier les figures acrobatiques peut s’avérer fatigant et parfois provoquer des défaites cuisantes sur les champs de batailles qui jalonnent notre Histoire.

Allons ! Redevenons sérieux. Si on laissait faire les professeurs qui savent conter avec talent aux élèves toutes les précisions, anecdotes utiles à leur enseignement ? Si Madame Vallaud-Belkacem leur faisait confiance, à ces profs, pour juger du contexte dans lequel on apporte certaines informations sur la vie privée des personnages historiques et des auteurs ? Elle pourrait éviter deux écueils : se mêler de ce qui ne la regarde pas. Et, surtout, d’être parfaitement ridicule.

*Photo : reenyman.

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