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Montluçon: curieux rendez-vous chez le pédiatre

Hiba Trraf, dernier pédiatre avant l’islamisation complète de l’hôpital français?

Montluçon: curieux rendez-vous chez le pédiatre
Capture d'écran MyTF1

Les activités de consultation de jour et d’hospitalisation en pédiatrie pourraient ne plus être assurées à Montluçon, à partir du 1er novembre. À la tête de la contestation dans la sous-préfecture de l’Allier, c’est le médecin Hiba Trraf, toujours accompagnée de son imposant voile islamique, qui rue dans les brancards et médiatise à tout va cette petite crise locale.


Depuis juin dernier, tous ceux qui suivent la crise de l’hôpital public ont entendu parler de la pénurie de pédiatres à Montluçon, comme de la crise de son service d’urgence…

La question de l’absence de pédiatre (dans un hôpital public qui, du fait des déserts médicaux, est un des seuls recours de la population certains jours), le fait que cette pénurie touche les enfants: tout dans cette histoire est d’abord emblématique du recul du service public hospitalier en France et illustre la rupture d’égalité sociale et territoriale que subissent les petites et moyennes villes.

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Mais, cette histoire est également le lieu où se joue un autre combat, plus subtil, mais qui n’en parle pas moins aussi de rupture d’égalité et de coups de canifs dans le pacte républicain. Tout le monde fait semblant de ne pas le voir, mais la jeune chef du service de pédiatrie, Hiba Trraf, celle qui est présentée comme la pasionaria mobilisant ses troupes pour sauver la pédiatrie à Montluçon, est voilée. Et pas un petit foulard léger (qui de toute façon n’existe quasiment plus aujourd’hui), mais un voile très « frère musulman », désignant rarement une pratique « modérée » de la religion. 

Un médecin qui aime les caméras

Après avoir menacé de démissionner si davantage de pédiatres n’étaient pas recrutés, elle a fini par s’exécuter, il y a quelques jours, faute de réponses convaincantes des pouvoirs publics. Elle avait réuni le 17 septembre plus de 5 000 personnes avec son collectif « les Orphelins du soin de Montluçon ». Parmi les participants, des élus, des membres du personnel soignant, nombre de caméras.

Difficile de contester le discours sur la pénurie de soignants, l’incurie des pouvoirs publics, l’abandon des populations, mais on pouvait être gêné également de voir à la tête de ce mouvement, une femme voilée qui met en scène ce voile en l’associant étroitement à son statut de chef de service ou de chef de service démissionnaire d’un hôpital public. Cette jeune femme se présente en effet systématiquement voilée dans ses interventions médiatiques, elle travaille avec un turban qui cache toute sa chevelure. Or, afficher sa religion est interdit quand on travaille pour le service public. Il n’y a donc rien d’anodin à imposer son voile partout où elle est présentée comme médecin à l’hôpital public. Le message qui passe oscille entre le fait que le voile devient toléré et qu’il suffit d’être nombreuses à faire pression pour finir par l’imposer, petit à petit, tandis que tout le monde s’habitue à sa multiplication. L’éternel cycle provocation/banalisation.

Les déserts médicaux, un pretexte ?

En l’occurrence, nul ne dit que cette militante ne puisse être à la fois déterminée à imposer son voile et également touchée par la situation de l’hôpital, mais elle n’a pas à imposer au sein du service public un signe qui dit l’impureté de la femme et le refus de lui accorder l’égalité. La signification du voile, le message qu’il envoie à l’extérieur est clair. C’est ce qui fait qu’il est insupportable aux Iraniennes et qu’il amène toujours des sociétés où les droits des femmes sont bafoués. En attendant, tout le monde ferme alors les yeux sur le fait que la jeune femme qui parle au nom du service de pédiatrie d’un hôpital public est voilée et qu’associer ostensiblement ce voile et sa fonction pose problème. On a connu l’administration plus tatillonne.

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Mais comment s’en prendre à la pédiatre qui a essayé de sauver son service ? Est-il encore possible de formuler les remarques que je viens de faire, et de soupçonner derrière la mobilisation pour l’hôpital une opération de prosélytisme ? De surcroît, la pénurie de médecins est telle que pour tout militant, c’est le moment de pousser les limites… pour imposer une nouvelle rupture de la laïcité. Et cela fonctionne. Visiblement. Derrière la bannière du collectif qu’elle a créé, 60 élus ont défilé tandis qu’elle se tient au milieu de la photo et de la bannière. Ouvrant la marche…

On peut craindre que le principal enjeu de cette jeune militante soit moins celui des déserts médicaux – sur lequel elle ne peut guère peser, que la capacité à faire avancer la question du port du voile à l’hôpital. Un domaine dans lequel elle peut nourrir des espoirs grandissants.

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Ancienne conseillère régionale PS d'Île de France et cofondatrice, avec Fatiha Boudjahlat, du mouvement citoyen Viv(r)e la République, Céline Pina est essayiste et chroniqueuse. Dernier essai: "Ces biens essentiels" (Bouquins, 2021)

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