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Un chef, c’est fait pour cheffer…

Un gouvernement d'hologrammes

Un chef, c’est fait pour cheffer…
Emmanuel Macron, Eric Dupont-Moretti et Gerald Darmanin assistent à une cérémonie commémorative de la déportation du Vel d'Hiv, Pithiviers, le 17 juillet 2022 © Jacques Witt/SIPA

« Un chef, c’est fait pour cheffer ». Si Chirac est réellement l’auteur de cette tautologie, il doit se retourner dans sa tombe, car dans la France d’aujourd’hui, il n’y a plus de chef qui cheffe. Plus de chef d’État, plus de chef de gouvernement, plus de chef de projet pour la France. Plus de chefs, donc plus d’autorité…


On peut déplorer les incivilités et l’indiscipline dans les collèges et les lycées, le manque de respect des parents et de leur progéniture pour les enseignants. On peut se scandaliser du laxisme de la Justice ; regretter la peur du gendarme, être effaré en décomptant les agressions de policiers, les rodéos urbains, l’ensauvagement de la société, la délinquance dans les cités et les quartiers, les violences de rue et les monstruosités commises sur les personnes vulnérables. On peut y voir (ou non) un rapport avec une immigration incontrôlée… Mais il faut aussi constater que celles et ceux qui sont supposés incarner l’autorité de l’Etat et la représentation nationale, nous offrent depuis pas mal de temps un spectacle peu exemplaire.

Scènes grand-guignolesques à l’Élysée

À l’instar du Chef de l’État, qui fut le premier à se la jouer rock star plutôt que président de la République, après avoir transformé le Palais de l’Élysée en dance floor, pour une Fête de la Musique immortalisée par un shooting photo avec Madame, entourés d’un groupe d’artistes LGBTQIA+ en débardeurs et bas résille ! Palais de l’Élysée où il se donnait en spectacle quelques mois plus tard avec les Youtubeurs MacFly et Carlito pour le plus grand bonheur des pré-ados, auxquels il s’identifiait le temps d’un défi en vidéo ! Dur, dur, de cheffer, en donnant de sa personne une image aussi peu cohérente avec celle d’un chef.

À ne pas manquer, notre numéro de l’été du magazine: Causeur #103: Silence, on égorge

Comment voulez-vous que la politique soit respectée, audible et crédible, lorsqu’elle est illustrée en boucle par le comportement déjanté de certains députés, jusque sur les bancs de l’Assemblée nationale ? Par les happenings grotesques de Mesdames Autain et Rousseau, têtes de gondoles incontournables des lobbies féministes ? Par les tenues et les gestes incontrôlés de certains élus de la majorité comme de l’opposition ? Sans même rappeler les déclarations provocatrices et les accusations diffamatoires de Jean-Luc Mélenchon, criminalisant l’action de la police.

Des ministres fantômes

Qui peut faire confiance à ce gouvernement de gamins inexpérimentés, qui agitent des éléments de langage textotés sur les plateaux télé, au lieu de se former sur le terrain au « métier politique » ? Parce que si la politique ne doit pas être une profession, c’est néanmoins un métier, voire un « artisanat ». Or à l’évidence, dans cette équipe hétéroclite et pléthorique, peu sont passés par la case « apprentissage ». En voyant débarquer le petit Attal dans son tout nouveau ministère, flanqué de sa smala : maman, beau-papa, les frères, les sœurs et les cousins… On est sur le tournage des Tuche à Bercy ! Que penser de Madame la Première ministre, leur cheftaine (ersatz de cheffe) qui restera sans doute irrémédiablement scotchée à son image et à ses fonctions de Préfète X-Ponts jusqu’à ce qu’elle quitte Matignon ?

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Que dire de Monsieur le garde des Sceaux, alias Acquittator, qui semble n’avoir toujours pas intégré qu’il est le ministre des magistrats avant d’être celui des détenus et des voyous… Et de son bi-rameur dans la « barque de la police et de la justice (sic) » dont Elisabeth Borne, sur l’injonction péremptoire d’Emmanuel Macron, a reconduit le bail place Beauvau, en dépit de son bilan plus que critiquable.

Non, Monsieur le ministre de l’Intérieur, vos fonctions ne se limitent pas à vous rendre fissa sur les lieux (a fortiori en Falcon) ; à déposer des gerbes et à rendre hommage aux victimes. Votre boulot, c’est l’exercice de l’autorité sur tout ce qui concerne l’ordre public, la sécurité des personnes et des biens. Donc, après analyse des situations, construire un vrai projet. Prévoir et arbitrer. Repenser la formation des policiers ; adapter les doctrines de maintien de l’ordre aux besoins spécifiques des populations et des contextes, choisir la méthode en fonction des territoires ; décider de revenir (ou non) à l’encadrement social d’une « police de proximité », tout en s’appliquant à mettre sur pieds une « police de résultats ». Voilà la mission régalienne du membre éminent de l’exécutif que vous êtes, du chef que vous devriez être.

Une télé-réalité politique

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, la politique s’élabore comme une stratégie de communication. Il faut faire du storytelling sur des images. Les politiques ne sont plus des décideurs, ils participent juste à une sorte de télé-réalité diffusée au quotidien par les médias et les réseaux sociaux. On attire l’attention du public sur un fait (divers) ponctuel que l’on monte immédiatement en sons et en images, comme un film.

C’est ainsi que suite au lynchage de deux policiers à Lyon le 20 juillet dernier, dans le quartier de la Guillotière, le premier flic de France s’est saisi de l’affaire et nous a fait vivre les événements heure par heure, en mode série télé. Puis, les choses ne se passant pas exactement comme prévu par le plan com’ du cabinet, on modifie le scénario, on annonce que le gouvernement a « décidé de se concentrer sur les étrangers qui commettent des actes délictuels » et que le ministre « assumant la double peine » va durcir ses positions contre les étrangers délinquants et les expulser dans leur pays d’origine après qu’ils aient purgé leur condamnation en France.

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Ouf, grâce à ce scoop in extremis, on a réussi à placer Darmanin en tête des JT ! Alors que le vrai sujet, l’urgence en la matière, c’est de mieux contrôler les flux migratoires et de cesser d’accueillir systématiquement toute la misère du monde dans notre pays. Tolérer une situation qui insupporte sept Français sur dix (sondage CSA pour Cnews du 27/07/2022) s’avère aujourd’hui totalement irresponsable.

Monsieur le ministre de l’Intérieur, si vous voulez laisser à la postérité une loi Darmanin, osez mettre en place un dispositif législatif efficace, inspiré de celui adopté par le parlement danois (pourtant à majorité social-démocrate) qui permet d’organiser une immigration sélective. Après avoir transféré dans des centres extra-européens tous les demandeurs d’asile, ces derniers sont priés de quitter immédiatement le pays d’accueil temporaire, dès lors que le royaume scandinave ne leur accorderait pas le statut de réfugié.

En cette veille de vacances, info ou intox, on dope, sans états d’âme, le moral des Français : la croissance est supérieure aux prévisions les plus optimistes, une pluie de subventions ruisselle du Trésor Public et la saison touristique s’annonce grandiose !

Pour sûr, MBS va ouvrir à fond les robinets du pétrole après son tête-à-tête avec Emmanuel Macron. Biden va nous vendre du gaz de schiste à un prix d’ami. L’épidémie de Covid est jugulée, la variole du singe sous contrôle. Et enfin, à Kiev, la guerre est (presque) finie… La preuve en image ? Le président Zelensky et Madame, tendrement enlacés, font la une de Vogue !

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En attendant, si le SMIC horaire va passer à 11,07€, l’essence à la pompe flirte encore avec les deux euros et on nous colle des amendes écolos pour gaspillage d’énergie. Les soignants et les pompiers non vaccinés font toujours cruellement défaut dans les hôpitaux et les casernes. La rentrée à l’Éducation nationale et à l’université s’annonce catastrophique. Les milliers de réfugiés s’amoncellent et le cap des 100 000 Ukrainiens accueillis en France a été atteint le mois dernier, ce qui ne fait qu’accroître les problèmes du logement. On se désespère de voir un jour des résultats concrets, suite aux centaines de colloques organisés par l’exécutif « dans les territoires » ; les réformes effectivement mises en œuvre après cinq ans de show décentralisé, de logorrhée politique et administrative.

Depuis les dernières élections, la politique du gouvernement n’est plus qu’agitation, procrastination et communication. Quant à Emmanuel Macron, il est « ailleurs ». Projeté sans doute dans son destin de « Bébé Giscard » et sa vocation européiste. Réélu pour cinq ans et non rééligible, la politique française ne l’amuse plus du tout. Ah, il avait raison, le Chichi : « Un chef, c’est fait pour cheffer. » Et le connaissant, dans la situation actuelle du pays, il aurait pu ajouter : quand il n’y a pas de chef, c’est le bordel !


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Femme politique française. Ancienne membre du Parti socialiste et du MRG.

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