Sur le porte-avion Charles-de-Gaulle, Emmanuel Macron a fait son mea culpa: il n’a « pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants ». Réelle prise de conscience ou énième coup de com’ ?


« L’itinérance mémorielle » aurait-elle été utile ? On penchait davantage pour le non à la fin de la semaine dernière. Voir chaque jour le président de la République se faire houspiller, le voir ramer face à des interlocuteurs qui ne désarmaient pas. Où était passé la présidence jupitérienne ? Nous avions théorisé son abandon par le locataire de l’Elysée à la fin de l’été, mais pourquoi diable donner encore en spectacle ce renoncement en offrant l’image du président qui se fait engueuler ?

Macron vient nous chercher…

Et puis mercredi soir, dans la dernière partie de son entretien sur TF1 en direct du porte-avion Charles-de-Gaulle, Emmanuel Macron semblait transporté par un éclair de lucidité. Il témoignait ainsi de son constat du divorce entre « la base et le sommet », et constatait publiquement son échec en matière de réconciliation entre le peuple et ses classes dirigeantes. Il découvrait alors que les Français avaient besoin « d’être considérés, protégés, et qu’on leur apporte des solutions, pas seulement des déclarations ».

A trois jours de l’opération des « gilets jaunes », il était temps que le chef de l’Etat le comprenne. Il était temps que l’humilité remplace enfin l’arrogance. On a encore en mémoire ses propos méprisants tenus il y a un an dans la Creuse, où il dénonçait ceux qui « foutent le bordel », les enjoignant à aller bosser à deux heures de route – à l’époque le prix du diesel n’était pas aussi haut qu’aujourd’hui. On se souvient des déclarations sur le « pognon de dingue » ou le surréaliste « qu’ils viennent me chercher » lancé à son clan au plus fort de l’affaire Benalla. On se rappelle enfin l’obsession présidentielle, sans cesse affirmée, entre « les progressistes et les nationalistes », ce clivage qui renvoyait ainsi quiconque n’adhérant pas à la marche du progrès macronien aux heures les plus sombres de notre histoire. La soif de considération, incontestablement, n’avait pas été étanchée après cette succession d’épisodes.

…mais nous parle comme à des gosses

Mais il ne suffit pas de faire ce constat au pied d’un Rafale. Il ne suffit pas que la presse unanime titre le lendemain sur le « mea culpa du président ». Il ne suffit pas non plus de promettre qu’on reviendra au contact des Français, sans doute pour se faire engueuler une semaine de plus. Il faut d’abord en tirer toutes les conséquences. D’abord en cessant d’opposer les partisans du Progrès à la lèpre nationaliste, bien sûr. Mais il faut aller plus loin. Car ce qui agace, ce qui énerve, ce qui met en colère, c’est aussi la fameuse antienne selon laquelle il faudrait faire preuve « de pédagogie ». Emmanuel Macron n’est pas le premier à tomber dans ce panneau, mais il en a constitué la caricature la plus aboutie, y compris mercredi soir dans la première partie de son entretien.

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La « pédagogie de la réforme », ce « je vais vous expliquer » qu’il a balancé à ceux qui l’interpellaient constitue en fait le summum de ce qui provoque le divorce entre ce que le président appelle «  la base et le sommet ». Car la plupart du temps, ses interlocuteurs avaient très bien compris ; simplement, ils n’étaient pas d’accord. Et pour le dire crûment, cette persistance à « expliquer », à afficher « sa pédagogie » fait comprendre aux destinataires qu’ils sont un peu dur de la feuille, ce qui n’est guère agréable. Ce constat vaut autant pour le président que pour ses ministres, dont certains tentent d’expliquer aux propriétaires de véhicules diesel – parfois acquis avec un bonus écologique – qu’il est très répréhensible de polluer l’atmosphère et d’empoisonner ainsi leurs enfants. Il vaut aussi pour certains donneurs de leçons qui sévissent sur les plateaux de télévision. On a ainsi pu entendre le directeur de Libération tenter de conseiller aux ruraux de prendre le car et les réprimander quand ils vont acheter du pain avec leur automobile. Quand la première boulangerie est à cinq kilomètres, on y va en trottinette ? Un autre, alors qu’on lui faisait remarquer que les voitures électriques n’étaient guère spacieuses, répondait que les grosses bagnoles, c’était désormais ringard. Et les gosses ? On en fait quoi ? On les abandonne sur l’autoroute ?

Vivement samedi ?

Le rendez-vous de samedi constitue un événement à haut-risque. Les « gilets jaunes » ont été chauffés à blanc pendant des semaines et ce n’est pas le mea culpa concédé sur le Charles-de-Gaulle qui a freiné leur détermination. Les menaces de Christophe Castaner ou de François de Rugy n’ont pas dû calmer davantage leurs ardeurs. Les « gilets jaunes » n’ont jamais eu l’intention de bloquer les pompiers ni les ambulances. Leur faire ce procès d’intention et prévoir une confrontation avec eux ce week-end n’entrerait pas en cohérence avec l’accès d’humilité perçu mercredi soir. Le président a tout intérêt à calmer le jeu. Comme on peut déjà le lire sur les réseaux sociaux, il serait difficilement admis qu’on réprime les blocages à des ronds-points alors qu’on donne par ailleurs des ordres pour ne pas « provoquer » certains quartiers en faisant cesser les rodéos automobiles dont ils sont habituellement le théâtre.

Le mea culpa d’Emmanuel Macron n’est-il qu’un coup de com’ ou constitue-t-il véritablement une prise de conscience avec résolutions cohérentes à l’appui ? La manière dont il gèrera ce 17 novembre devrait nous donner un début de réponse.

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