Dialoguer avec les catholiques et reconnaître les origines chrétiennes de la France ne signifie pas leur accorder le monopole de la croyance. Au collège des Bernardins, devant les évêques de France, le président Macron a respecté la laïcité française. Mais gare à ne pas confondre les origines du pays avec les fondements de notre société, ouverte à toutes les croyances qui reconnaissent la primauté de la loi républicaine.


Les querelles sémantiques sur la loi de séparation des Églises et de l’État et sur la laïcité seront des dialogues de sourds tant qu’on ne se sera pas mis d’accord sur la distinction de base entre, d’un côté, les particuliers membres de la société civile, et, de l’autre côté, l’État et la communauté politique des citoyens.

La séparation des Églises et de l’État signifie qu’en matière de convictions particulières présentes dans la société civile, l’État est neutre et indépendant parce qu’il est l’État républicain de tous et qu’il traite à égalité toutes les convictions

Cette séparation ne trace pas une séparation étanche. Elle ne signifie pas que l’État ne veut rien savoir de ce qui s’exprime librement dans la société civile, et qu’il n’a pas interférer avec ces composantes.

Au contraire, il est conforme à la démocratie libérale que toutes les composantes de la société civile puissent se faire entendre en tant que telles auprès de l’État et dans la sphère publique.

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La confusion qui envenime les débats français vient de l’idéal rousseauiste qui voudrait éliminer les sociétés partielles de la délibération politique, afin que lors des votes les citoyens s’abstraient de leurs appartenances particulières et que chacun ne s’exprime qu’en citoyen soucieux de l’intérêt général.

Cet idéal tourne le dos à la réalité des démocraties libérales : elles sont composées de personnes qui sont à la fois, mais sous deux rapports différents, des particuliers et des citoyens.

Le loup se loge dans l’article 2 de la loi de séparation : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »

« Ne reconnaît » veut dire simplement ne reconnaît comme privilégié.

L’expression est entendue à contresens quand on lui fait dire qu’aux yeux de la République il n’existe que des citoyens sans particularités.

Cet universalisme républicain a empêché pendant des décennies la République française de reconnaître officiellement que les Juifs de France avaient été victimes de persécutions particulières sous Vichy. On ne voulait pas faire comme Pétain qui avait discriminé les Juifs.

Il est sain de reconnaître le pluralisme interne d’une société démocratique.

Il est certes juste de ne faire aucune différence entre les citoyens membres égaux de la communauté politique en fonction de leurs confessions, de leurs races, de leurs sexes et autres différences. Il est juste de n’assigner personne à une communauté. Il est juste que les communautés se soumettent aux lois, aux valeurs et aux mœurs de la société.

Mais il serait antilibéral de ne pas reconnaître les groupes particuliers et divers qui composent la société civile. Les femmes qui le désirent ont le droit de se faire entendre en tant que telles, les homosexuels aussi, les groupes sociaux, de même que les groupes religieux ou ethniques.

Les responsables de l’État doivent les entendre, et interagir avec eux, sans discrimination ni privilèges.

Emmanuel Macron a raison d’aller chez les cathos, les protestants, les Juifs religieux et les musulmans, de même qu’il a raison d’aller au CRIF dialoguer avec les représentants des institutions juives de France, de même qu’il a raison d’aller à la rencontre des paysans au salon de l’agriculture, ou des salariés qui le lui demandent poliment.

Il reste deux distinctions qui doivent être rappelées à notre président philosophe.

Les origines d’un pays sont une chose, dont on peut cultiver la mémoire. Mais les fondements d’une société sont autre chose que ses origines.

Il suffit que les nouveaux venus adoptent la culture démocratique du pays inscrite dans la Constitution.

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N’accorder aucun privilège à une conviction particulière implique que les croyants n’ont pas de privilège en matière morale. Leur accorder le monopole de la spiritualité, ou même un avantage en ce domaine, signifierait deux choses irrecevables.

– Les croyants auraient plus de poids moral dans les décisions de bioéthique ou d’évolution des mœurs.

– Pour faire face au fanatisme religieux des islamistes conquérants, nous devrions leur opposer une autre foi religieuse.

La croyance spiritualiste, au sens fort du terme, n’est qu’une croyance, sans coefficient moral particulier. Et face à l’islamisme archaïque, nous vaincrons parce que nous sommes libres et que nous tenons à notre liberté de conscience.

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