Le métier d’acteur relevait jusqu’à présent du domaine artistique. C’était l’art de la comédie, du théâtre, celui de jouer un rôle, d’entrer dans la peau d’un personnage, d’un autre que soi. Mais l’art n’échappe jamais longtemps à son temps et, comme la musique, le voici à présent envahi par les lobbies divers et variés.

Début juillet, plusieurs associations ont critiqué le choix d’Alec Baldwin pour interpréter, dans Blind, le rôle d’un auteur de nouvelles qui perd la vue après un accident de voiture. On lui reproche, en effet, de jouer le rôle de quelqu’un qu’il n’est pas, un aveugle. La Ruderman Family Foundation, par le biais de son président-fondateur Jay Ruderman, voit d’un mauvais œil qu’un acteur en pleine possession de ses moyens interprète un non-voyant, comparant, dans le L.A. Times, cette situation à celle d’un acteur blanc qui jouerait un personnage noir. Jay Ruderman s’insurge notamment contre le « handicap que l’on enfile comme un costume ».

Jouer… à être soi-même

Mais ce qui aurait pu passer pour un phénomène isolé semble être la manifestation d’une tendance émergente. Le 8 août, Libération, toujours à l’affut de ce genre de nouveautés, a reproché à Fanny Ardant de ne pas être… un transsexuel. « On finit par s’agacer à la vue de personnes cisgenres (dont l’identité de genre correspond au sexe assigné à la naissance) portant majoritairement à l’écran cette thématique de transition forte et délicate, écrit le site du quotidien. On est loin d’une mission camouflage Edith Piaf par Cotillard. » Pour interpréter le personnage de Lola, transsexuel algérien, dans le film Lola Pater de Nadir Moknèche, Fanny Ardant aurait donc mieux fait de changer de sexe et, plus dur, d’origine. Ou, tout simplement, de renoncer à sa pige. Pour Libé, mieux vaut appartenir aux LGBT plutôt qu’être une comédienne douée : Fanny Ardant « s’évertue à performer avec tout son barouf de maniérismes plutôt qu’à interpréter une femme trans ».

Il y a quatre ans seulement, le même journal encensait pourtant Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos pour leur rôle de deux jeunes filles découvrant leur attirance mutuelle dans La Vie d’Adèle. Faute à pas de chance : les deux actrices, dans la « vraie » vie, semblent préférer le sexe opposé. On regrettera donc avec Libé qu’Anthony Hopkins n’aime pas autant la bonne chair que son personnage dans Le Silence des agneaux. Le cannibalisme est une identité comme une autre. Car à en croire les nouvelles critiques d’art, il faut maintenant être le personnage que l’on joue. N’y voyez aucune contradiction !

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