L’essence du progressisme, idéologie bourgeoise par excellence, c’est le snobisme.


Je suis tombé par hasard, ces derniers jours, sur la rediffusion par CNews du débat du 3 juillet entre Eric Zemmour et Raphaël Enthoven. Il était étonnant d’y constater à quel point l’universalisme affiché par Enthoven est, comme beaucoup de « valeurs » progressistes, une « valeur chrétienne devenue folle ». 

En effet, l’universalisme chrétien ne ressemble en rien à sa copie progressiste. Ce n’est pas une « abstraction plaquée sur la réalité » mais, au contraire, une réalité concrète et enracinée, un concept que les philosophes de gauche ne peuvent pas comprendre. Par exemple, l’Église affirme comme principe premier celui de la destination universelle des biens. Mais elle affirme, juste après, pour fixer les choses, le droit à la propriété privée (qui n’est pas, d’ailleurs, un « droit à l’égoïsme », mais un autre principe universaliste, centré sur la protection, essentielle, des proches et des familles). Les deux principes s’équilibrent et cet équilibre est plein de sagesse. L’arbitrage, si tel est le cas, doit se faire en faveur du premier, qui est plus important (c’est pourquoi l’Église valide la réquisition ou l’expropriation), mais le deuxième garde toute sa valeur.

La terreur du déclassement

En réalité, Enthoven est universaliste parce qu’il est un snob, au sens littéral du terme(1). On le comprend à travers une pénétrante remarque attribuée à Colbert : « Il existe une catégorie de gens qui n’ont qu’une envie, c’est de devenir riches, et qu’une crainte, c’est de devenir pauvres ». Et il ajoutait, amusé et intéressé : « Ce sont ceux-là qu’il faut taxer ». Il avait, avant l’heure, défini, à travers cette description de la bourgeoisie, ce qu’on appellerait plus tard la classe moyenne. Il avait compris qu’elle était la plus malléable des catégories sociales, car hantée par deux terreurs, celle de ne pas parvenir à donner corps à ses ambitions (ce à quoi on ne parvient jamais), et celle de la déchéance, celle de retomber dans la plèbe de ses anc

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