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Les enfants d’abord!

Tu seras un homme/femme/non-binaire mon fils/fille

Les enfants d’abord!
Manifestation "pour les droits des personnes transgenres et intersexes", lors de la Marche des fiertés, à Madrid, 28 juin 2021 © Guillermo Gutierrez Carrascal / Sipa

Dans La fabrique de l’enfant transgenre, Caroline Eliacheff et Céline Masson montrent comment les plus jeunes sont victimes de la propagande transgenre. Alors qu’ils sont embrigadés par des réseaux militants comme par une secte, le changement de sexe devient pour eux une liberté à conquérir. Et les parents n’ont rien à redire.


Caroline Eliacheff et Céline Masson nous apportent un petit livre magnifique de clarté et de courage, La Fabrique de l’enfant transgenre (L’Observatoire) : tout est déjà dit dans le titre. Il s’agit bien de la tentative de multiplier les demandes de transidentité, pour des raisons idéologiques. Les enfants et adolescents font les frais de cette mode, ainsi que les parents affolés, naïfs et apeurés. Cette emprise d’un nouveau genre valait la peine de sa description. Nos enfants risquent bien sûr de tomber dans les rets d’une secte cinglée ou d’un groupe djihadiste, mais ils risquent aussi, par un processus analogue, de se voir convaincus d’être un autre au nom de la sacro-sainte liberté d’autodétermination. Quand « être un autre » est un phantasme impossible à réaliser, il vaudrait mieux en réserver la décision à des adultes, capables d’en assumer les conséquences. Mais vouloir attirer les enfants dans les transitions de genre, c’est faire œuvre idéologique.

Les psychanalystes Caroline Eliacheff et Céline Masson © Hannah Assouline

Tous les parents et tous les psychologues savent que le préadolescent et l’adolescent passent par des phases d’interrogation angoissante sur leur propre identité. Il est facile d’interpréter ces angoisses comme des dysphories de genre et de prétendre qu’une fois faite la transition, tout sera résolu. Le fondement de ce discours est facile à saisir. Il s’agit d’un mouvement supplémentaire de libération : la libération des enfants. Et libérer signifie ici non seulement sortir de l’autorité parentale, mais aussi échapper en partie à la condition humaine, dont on peut résumer les caractéristiques en trois points : l’identité sexuée ; la transmission ; la mortalité. On sait les efforts qui sont faits pour atteindre ce que Laurent Alexandre appelait « la mort de la mort ». On observe à quel point la transmission est mise à mal en Occident. Faire en sorte que l’identité sexuée soit un choix et non un destin, c’est faire un pied-de-nez à l’anthropologie, à la condition humaine, bref, à tout ce que l’on voudrait faire dépendre de la volonté individuelle. Le problème est qu’il s’agit là d’un attrape-nigaud. Et c’est probablement pourquoi tout est fait pour pouvoir s’en prendre aux enfants. Nombre de films ou documentaires sont tournés à la louange de la transition de genre, dont on admire la « tolérance » vis-à-vis de ces enfants qui ont « la liberté d’être soi ». Un discours de propagande qui reflète essentiellement une haine du monde, un refus de l’être. Car enfin je n’ai pas la possibilité de devenir un léopard, ou de redevenir jeune étant vieux, ou d’annuler le handicap. Je puis me déguiser en léopard, faire le jeune (assez sottement d’ailleurs) si je suis vieux, ou bien porter des jambes artificielles si je suis handicapé. Mais ce seront toujours des prothèses. Ce ne sera jamais une identité nouvelle, créée par ma seule volonté. Et parce que les enfants lisent des contes de fées où les citrouilles peuvent devenir des palais et les princes charmants se transformer en crapauds, il est aisé de leur faire croire, pour les besoins de l’idéologie libertaire, qu’ils peuvent à leur aise choisir leur identité de genre.

Des parents et des enseignants qui abdiquent face aux réseaux sociaux

Avec l’école peut commencer une transition sociale : l’enfant qui le demande, dès la primaire (4 ans selon la loi écossaise par exemple), a le droit de changer de prénom et les enseignants sont tenus de respecter l’appellation qu’il exige. Puis vient la transition médicale, qui en est la suite logique. La dysphorie de genre peut être diagnostiquée dès le premier entretien chez le pédopsychiatre, après quoi le processus est enclenché. Rendez-vous est pris avec l’endocrinologue et les traitements hormonaux commencent. Les dossiers portent désormais la mention « santé sexuelle » – alors qu’il ne s’agit pas d’un problème de santé, le jeune en question étant parfaitement sain, mais on ne veut pas non plus parler d’un problème psychique, ce qui laisserait entendre la nécessité d’un soin. Depuis peu, en France, le fait de vouloir « soigner » l’identité de genre ou l’orientation sexuelle d’une personne est puni de prison. Une décision individuelle libre ne se « soigne » pas et la volonté de transition est une décision individuelle libre. Pourtant, la Sécurité sociale rembourse la transition et la décrit comme « affection longue durée hors liste ».

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Les enseignants le savent : l’engouement pour la transition ressemble à une épidémie. Dans chaque classe on peut trouver quelques jeunes qui ont demandé à changer de prénom. Les réseaux sociaux permettent une contagion virale. Et c’est là le plus intéressant – et inquiétant : les réseaux en question jouent le rôle de communautés soudées et agressives. Ils recrutent et ils encasernent. « Détransitionner est perçu comme une hérésie par les fidèles » et expose à des représailles, écrivent les deux psychanalystes. Les réseaux trans se comportent comme des sectes. Le jeune trans, une fois pris en main, est transformé en héros et se mue en une sorte de disciple. C’est une communauté, une « famille » luttant de toutes ses forces contre ses ennemis : les cisgenres. Les deux auteurs n’hésitent pas à parler d’emprise mentale. Les réseaux embrigadent, ici comme pour d’autres causes idéologiques. La plupart des jeunes transitionneurs ont été convaincus sur les réseaux sociaux. Tous les éléments sectaires sont présents, depuis le vocabulaire soi-disant scientifique jusqu’à la manipulation mentale et la fabrication d’ennemis. Les parents décrivent des phénomènes semblables à la captation dans des sectes religieuses. Pour eux aussi, la pression est forte. Refuser de se plier aux exigences des réseaux trans revient à se voir traiter de réactionnaire et de transphobe, et tous les phobes ont très mauvaise presse. Aussi les parents affolés renoncent-ils à s’élever contre la « décision » de l’enfant. Aussi les enseignants et les autorités scolaires s’empressent-ils d’acquiescer aux désirs de l’enfant.

Un enfant aussi jeune est-il capable de prendre pour lui-même des décisions aussi drastiques ?

Les conséquences de la transition ne sont pas transitoires

La réalité est bien différente. Il s’agit ici de « prendre un phantasme pour un désir, puis faire croire qu’il est réalisable ». L’enfant ne changera pas de génome. Il devra suivre un traitement à vie. La chirurgie sera une prothèse et un faux-semblant. Quand on lui fait croire qu’il deviendra autre, c’est mensonge. Le leurre anthropologique s’avère en de nombreux faits que l’on cache soigneusement. Les études montrent que la plus grande partie des adolescents tentés par la transition y renoncent avec la puberté. Elles montrent aussi que le malaise psychologique qui précède la transition lui survit généralement et que les suicides sont plus importants dans la population trans adulte. Les traitements hormonaux permanents comportent des dangers dont personne ne parle. Les « détransitionneurs », voués aux gémonies sur les réseaux, ne font pas en France l’objet d’études, tant la pression est forte… Nous sommes en face d’une nouvelle idéologie de recréation du monde. Et ici comme auparavant, la multiplication des expériences, accompagnées d’une logorrhée admirable, ne suscitera pas la transformation souhaitée : il y aura des foules d’enfants malades, c’est tout. Quand Lyssenko a massacré la terre russe pour transformer le blé en orge, il n’a rien transformé du tout, malgré sa logorrhée : il a détruit les récoltes.

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L’identité sexuée est une caractéristique humaine qui résiste à notre volonté, et c’est bien pourquoi, probablement, nos contemporains cherchent à la réduire et à l’anéantir par tous les contes de fées à disposition. On regrette seulement que cela tombe sur l’enfant. Est-il capable d’en comprendre les conséquences ? Un adulte fait ce qu’il veut. Mais s’emparer des enfants, faire valoir leur soi-disant liberté d’être tout, pour faire d’eux les proies d’une idéologie… Faire « de ces enfants sains des patients à vie » pour la gloire de l’autodétermination totale : quelle escroquerie sinistre et mortifère. On pourrait espérer, étant donné l’enjeu, que les gouvernants, et surtout les parents, cessent de se laisser intimider.

Caroline Eliacheff et Céline Masson, La Fabrique de l’enfant transgenre, L’Observatoire, 2022.

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Mai 2022 - Causeur #101

Article extrait du Magazine Causeur


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est philosophe, historienne des idées politiques, romancière, professeur de philosophie politique et membre de l’Institut (Académie des Sciences morales et politiques).

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