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Le Kremlin, pavillon des cancéreux?

Vrai et faux sur l'état de santé de Poutine

Le Kremlin, pavillon des cancéreux?
Vladimir Poutine, Moscou, 9 mai 2022 © Anton Novoderezhkin/TASS/Sipa US/SIPA

Poutine est-il mourant? De nouvelles révélations ont été publiées hier…


Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, l’état de santé de Vladimir Poutine, 69 ans, fait l’objet de nombreuses spéculations dans la presse occidentale, auxquelles le démenti formel du Secrétaire de presse de président russe Dmitri Peskov fin mars n’a pas mis fin. Boris Karpichkov, un transfuge du KGB en Grande-Bretagne a ainsi déclaré au Sun que son ancien collègue souffre de la maladie de Parkinson ainsi que de “nombreuses” autres maladies, dont la démence.

Selon la chaîne Telegram « Général SVR », prétendument dirigée par un ancien officier des services de renseignements extérieurs russes, Poutine devrait être opéré d’une forme non spécifiée de cancer de façon imminente et, pendant qu’il passerait sur le billard, il serait remplacé par Nikolaï Patrouchev, le secrétaire du Conseil de sécurité de Russie.

La raison principale expliquant ces multiples spéculations est évidente : Poutine a mauvaise mine. Son isolement bizarre et maniaque mille fois commenté et moqué pendant la pandémie de Covid-19, et ses rencontres avec des visiteurs étrangers autour de tables improbables ont aussi jeté de l’huile sur le feu des rumeurs…

Un témoignage inédit d’un oligarque

New Lines Magazine, un nouveau média américain fondé en 2020 qui jouit déjà d’une solide réputation, notamment grâce à sa couverture de la guerre en Ukraine, vient de publier une enquête qui apporte des éléments inédits au débat sur la santé de Poutine. Il s’agit notamment d’un enregistrement audio d’un oligarque russe proche du Kremlin qui décrit Poutine comme étant « sérieusement malade d’un cancer du sang » [1]. Les journalistes de New Lines n’étaient bien entendu pas en mesure de confirmer cette information de manière indépendante, mais ce document sonore de 11 minutes représente un témoignage rare d’une personne ayant des liens avérés avec le gouvernement russe, et, détail important, l’oligarque ne savait pas qu’il était enregistré.

C’est un homme d’affaire occidental spécialisé dans le domaine des investissements à risque qui a enregistré mi-mars la conversation, à l’insu de son interlocuteur. La source reconnait avoir trahi la confiance de son interlocuteur par dégoût de la guerre en Ukraine, sentiment  partagé de toute évidence par l’oligarque. Selon ce dernier, Poutine aurait « absolument ruiné l’économie de la Russie, l’économie de l’Ukraine et de nombreuses autres économies », et, poursuit-il dans l’enregistrement, « le problème [serait] dans sa tête. Seul un fou peut mettre ainsi le monde sens dessus dessous. » New Lines a pu authentifier l’identité et la voix de l’oligarque. Selon le magazine, il se trouve actuellement hors de Russie et figurait en 2021 parmi les 200 hommes les plus riches selon la déclinaison russe du magazine Forbes.

Pendant la conversation enregistrée en mars, l’oligarque affirmerait que « nous espérons tous » que Poutine mourra de son cancer ou bien d’une « intervention » interne, comme un coup d’État, pour épargner à la Russie de nouveaux malheurs. Contacté par New Lines, un ancien haut responsable européen dans le domaine de la sécurité décrit la source comme appartenant à un « cercle étroit de 20 à 30 personnes » que Poutine aurait rencontré en 2014 avant la prise de la Crimée pour « expliquer les motivations de ses actions militaires, et pourquoi c’était la seule option devant lui ». Un autre associé de l’oligarque interrogé par le magazine a ajouté qu’il est toujours bien au fait des rouages de l’administration présidentielle russe.

Un mémo révélant l’embarras du pouvoir

Mais ce n’est pas tout. Le 13 mars, un mémo classé top secret a été envoyé du quartier général du FSB (l’agence russe de sécurité intérieure) à tous les directeurs régionaux. Christo Grozev, le chef des enquêtes du site Bellingcat a confirmé à New Lines magazine que « le document ordonnait aux chefs régionaux de ne pas se fier aux rumeurs concernant l’état de santé du président ». « Les directeurs, ajoute Grozev, ont en outre reçu l’ordre d’empêcher la propagation de ces rumeurs au sein de leurs unités. Cette instruction, sans précédent, a eu l’effet inverse… » Comme au temps de l’URSS, tant que l’État n’affirme pas haut et fort qu’il s’agit d’un mensonge malveillant, rien n’est certain…

Le timing du mémo émis par le FSB est lui aussi intéressant en soi : moins d’un mois avant que Proekt, un média d’investigation russe indépendant, ne publie un exposé montrant que Poutine voyageait régulièrement en Russie en compagnie de médecins spécialistes (chirurgiens de la tête et du cou, traumatologue orthopédique et neurochirurgien spécialisé dans la chirurgie de la thyroïde et du cancer de la thyroïde chez les patients âgés). Le media russe ajoutait que Poutine aurait également adopté des remèdes homéopathiques et des remèdes populaires non scientifiques, tels que les bains remplis de sang de cerf – un détail qui a sans surprise attiré l’attention de nombreux médias occidentaux !

L’oligarque mentionne également dans l’enregistrement des problèmes de dos de Poutine, et suggère qu’ils seraient liés à un cancer du sang. Poutine aurait subi une opération du dos en octobre 2021, une information qu’il n’est pas possible de vérifier.

Interrogée par New Lines, une professeur d’endocrinologie à l’Université d’Oxford déclare que « Poutine a toujours été un homme très en forme, mais qu’au cours des deux dernières années, il semble avoir gonflé au niveau du visage et du cou. » Selon elle, un « phénomène compatible avec l’utilisation de stéroïdes. » Les stéroïdes sont généralement prescrits pour divers types de lymphomes ou de myélome (un cancer des cellules plasmatiques, qui « peut provoquer une maladie osseuse généralisée et affecter définitivement la colonne vertébrale et le dos », selon le professeur). Si le lymphome est généralement un type de cancer du sang plus agressif nécessitant une chimiothérapie lourde qui entraîne la perte des cheveux (ce que Poutine n’a jamais connu), en revanche, le myélome, même dans ses formes les plus agressives, ne nécessite plus nécessairement de chimiothérapie. Il peut souvent être traité entres autres avec des stéroïdes mais peut toutefois entraîner des fractures de compression de la colonne vertébrale.

Quant aux stéroïdes, ils sont connus pour avoir deux effets secondaires courants. Le premier est le risque élevé d’infections, car ils affaiblissement le système immunitaire du malade. Toute personne prenant de fortes doses de stéroïdes aura par exemple beaucoup plus de facilité à contracter le Covid-19, ce qui pourrait expliquer l’extrême prudence de Poutine. Le deuxième effet secondaire ? Un comportement profondément irrationnel ou paranoïaque…


[1] https://newlinesmag.com/reportage/is-putin-sick-or-are-we-meant-to-think-he-is/


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est historien et directeur de la publication de Causeur.

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