En France, le burkini sert d’étendard aux islamistes dans leur lutte pour les « droits » des musulmanes en tant que telles. Reste à savoir si la piscine municipale et le burkini sont halal au regard de la charia islamique.


Le burkini a été inventé par une Australienne d’origine libanaise, qui l’a lancé en 2006 de façon foudroyante en lui donnant, en arabe, le nom de « maillot selon la charia ». Elle donnait ainsi l’impression que les autorités religieuses musulmanes l’avaient adopté — ce qui, nous le verrons, n’était pas le cas.

Le burkini autour du monde

Le bukini ne s’est pas imposé au Liban, où il a généralement laissé les femmes indifférentes. En revanche, quand il s’est imposé en France comme signe identitaire, il s’est trouvé des femmes pour vouloir l’importer au Liban en tant que tel. Dans les établissements balnéaires, il y a généralement des piscines à part pour que les femmes voilées, se trouvant entre femmes avec leurs enfants, puissent ôter le voile et nager à l’aise dans un maillot léger.

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Le scandale éclata à Tripoli, ville majoritairement musulmane, quand une de ces femmes voilées refusa de se cantonner à la piscine des femmes voilées, pour aller, en burkini, nager dans la mer avec les hommes et les femmes en bikini ou maillot bustier. Quand des baigneurs vinrent la prier de partir, elle protesta que la mer était pour tout le monde et qu’elle avait « le droit » d’en profiter. Elle était voilée, on ne pouvait pas l’obliger à se mettre en maillot.

Haram ou halal ce fichu maillot, que diable?

Des surveillants maîtres-nageurs vinrent lui demander d’aller à la piscine des femmes voilées, ou de se mettre en maillot comme tout le monde. Elle refusa, et ils la firent sortir de l’établissement balnéaire. Elle porta plainte auprès des autorités religieuses, croyant probablement que, parce qu’on appelait le burkini maillot selon la charia, elle serait défendue par les oulémas qui imposeraient sa présence dans cette ville où il y avait tant de religieux.

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Il n’en fut pas ainsi. Le cadi de Beyrouth selon la charia, cheikh Hassan Chéhadé, déclara que le burkini était haram (interdit). Il ajouta que les femmes qui voulaient se baigner, devaient choisir un espace spécial, loin des hommes, espace que définissait le propriétaire de l’établissement balnéaire… et donc, la piscine dans laquelle cette femme avait refusé d’aller. « La première violation est d’ordre général » déclara-t-il. « La femme en burkini a violé les conditions de la majorité des propriétaires d’établissements balnéaires mixtes, dont la méthode de travail n’apprécie pas la présence de femmes voilées dans leurs établissements. »

Les enseignements du cheikh Hassan Chéhadé

« La deuxième violation est d’ordre privé » ajouta-t-il. « C’est que la femme voilée doit obligatoirement se dérober au regard des hommes, qu’elle porte le burkini ou non. Sinon, qu’elle ne prétende pas être pratiquante. Car où se trouve sa nudité (awra) quand elle porte un burkini ? Lorsque ses vêtements se mouillent, ils collent à sa peau, et les reliefs de ses charmes deviennent visibles pour tout le monde, de façon éclatante, ce qui en fait le point d’attraction du regard des hommes… »

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Avant d’ajouter : « Et que dire de la nudité des hommes [qu’elle côtoie en se baignant] ? Les écoles chaféi, hanbali et hanafi estiment que la nudité de l’homme va de son nombril jusqu’à ses genoux. Il n’est donc pas permis que la femme regarde l’homme quand il nage [en maillot n’allant pas du nombril aux genoux]… Une fatwa religieuse ne peut pas être taillée selon les mesures désirées par les humains. »

Burkini : pas assez chaste, ma fille !

La femme aurait tout de même pu se rendre compte que le nom de « maillot selon la charia » était une vaste supercherie. Les oulémas respectés n’ont jamais admis ce vêtement collant, puisque Allah, dans le Coran, ordonne aux musulmanes de « cacher leurs charmes1 » sous de grands voiles et non de les révéler en collant sur la peau un tissu élastique. Soit elles obéissent à ce commandement et voilent leur corps en plus de leurs cheveux, soit elles portent le burkini et moulent les détails les plus précis de leur corps après s’être mouillées. Et alors, voiler leurs cheveux est de l’hypocrisie pure.

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En outre, il y a un point grave que le cheikh n’a pas abordé dans cette fatwa d’ordre général, probablement parce que les femmes vont souvent se baigner en famille. Mais si la femme est seule, Mahomet lui interdit de se trouver avec un homme sans la présence de son mahram (mari, frère, fils ou père, etc.) 2.

En France, revendication plus identitaire que religieuse

C’est pourquoi Taous Hammouti, qui dirigea une troupe de femmes pour forcer la piscine de Grenoble, déclara : « C’est même pas par conviction religieuse. On défend notre liberté ». En d’autres termes, il s’agit d’une manifestation identitaire, puisque le vêtement est un signe identitaire. En outre, il est présenté comme étant le signe de la supériorité de la musulmane sur la non-musulmane. L’esclave est nue, la femme libre est vêtue3. C’est cela qui est grave. Car la citoyenneté n’implique pas des manifestations identitaires qui divisent le peuple français. Bien au contraire.

Il ne faut donc pas se laisser entraîner sur ce terrain mouvant. Si le burkini irrite — et il irrite en tant que signe identitaire — il est à bannir, car la cohésion sociale est plus importante que le plaisir identitaire d’une troupe de femmes téléguidées par des hommes. Pour cela, pas besoin de bagarre, de frapper ou de se dénuder pour irriter ces femmes : la loi est là. Qu’on la fasse respecter. Sinon, on pourrait bien se réveiller, un beau jour, et la trouver modifiée.

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