La gauche caviar a fait son temps ; laissez rouler la gauche campagne qui déserte les métropoles au temps du corona…


Plus le corona s’étend, plus le confinement s’attarde, plus l’épidémie s’attable au chevet des vieillards et des jeunes plus ou moins jeunes, plus je m’épuise à penser aux amis parisiens partis rejoindre en urgence les jardins ensoleillés de leurs résidences secondaires.

Fermer les frontières, quelle horreur !

Des amis de gauche, souvent. De très très gauche, disons encore. De ceux devant qui il ne faut surtout pas formuler, ni à 5 grammes dans le sang, ni en pleine possession de ses mots, un début d’idée un peu droitière. La dernière en date d’extrême idée, je m’en rappelle, c’était à la veille du confinement. Un dialogue à deux traits, et comme suit :
– Ne faudrait-il pas fermer les frontières, histoire de ne pas laisser se faufiler le virus ?
– Fermer les frontières ? Et quoi encore ! Encore la faute aux méchants immigrés !

La relation de cause à effet est floue, trouble comme une frontière moderne. Mais j’aime mes amis, alors… Motus !

Car les frontières, eux, ils ne connaissent pas. De Bastille à la manche bretonne, de Belleville à la province normande, de Saint-Michel au Pays basque ; Quiberon, Biarritz, Granville, La Baule… De Lutèce à la Gaulle de l’ouest. Au risque de contaminer les foyers encore bien-portants des Français périphériques. De centre-gauche, ils sont allés… Pour s’aérer, c’est leur idée.

L’égalité à la vie à la mort

Le bourge et bohème a ça de poétique qu’il ne transige sur rien. Ni sur sa liberté de circuler hors de sa zone, ni sur l’égalité face à l’expansion du virus. L’égalité à la vie ; l’égalité à la mort. La liberté, l’égalité. Deux valeurs irréconciliables dans l’action collective que le bobo entend confondre dans l’idéal du vivre-ensemble. Avant toute chose. Avant la vie. Avant la solidarité de la Nation, ce concept jadis héroïque qu’aujourd’hui, fièrement, il exècre. Qu’il fait passer à l’arrière-plan du tableau où se dessinent quotidiennement des gentils déjeuners sur l’herbe.

Ce qu’il y a de vertueux dans le chaos, c’est qu’on y démasque les hommes sociaux : patrons, communistes, amerloques, etc. Voici venu le temps du bobo. Mais du bobo d’une certaine race, encore bourgeoise et fils de riche : celle sacrifiée dans le portefeuille des parents soixante-huitards, beaucoup moins aisée, bien plus techno, mais pareillement égalitariste. Et qui récupère ses sous-sous en prenant l’air vivifiant de la demeure familiale. La gauche caviar a fait son temps ; laissez rouler la gauche campagne…

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