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Joe Biden et le spectre de Jimmy Carter

La cote de popularité du président américain est en chute libre

Joe Biden et le spectre de Jimmy Carter
Chicago, 7 octobre 2021 © Susan Walsh/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22612983_000001

Les années Carter sont un temps que personne aux États-Unis ne souhaite voir revenir. Malheureusement, ce temps semble revivre à travers la politique désastreuse du président Biden qui, en moins de dix mois, a précipité les États-Unis dans une crise après une autre et plongé le pays dans un profond marasme.


Les quatre années de la présidence de Jimmy Carter (1977 – 1981) furent un temps de recul économique, de crise sociale et de déclin international. Carter lui-même les résuma du mot français de « malaise ». Elles allièrent inflation galopante, chômage endémique, croissance faible, criminalité incontrôlable, hausse de la consommation de drogue et perte de repères moraux. A ces maux, il faut ajouter une crise énergétique, une pénurie d’essence et une humiliation internationale, avec la révolution en Iran qui vit la perte d’un allié majeur et l’émergence d’un régime islamique hostile qui n’a cessé de déstabiliser le Moyen-Orient depuis… Seul point positif, ces années débouchèrent sur l’élection de Ronald Reagan à la Maison Blanche et le début d’un renouveau qui allait apporter vingt ans de prospérité… Près de quarante-cinq ans plus tard, avec Joe Biden président, l’Amérique est en prise à une attaque de « déjà vu » qui lui fait revisiter les années Carter.

Dix mois terribles

– Le retrait chaotique d’Afghanistan en août fut une tragédie et une humiliation internationale où l’administration Biden parut totalement dépassée. Comme en Iran en 1979.

– L’inflation, quasi inexistante depuis trente ans, est en train de renaître. Le chômage ne baisse plus, les créations d’emplois piétinent et l’économie ne parvient pas à retrouver son dynamisme d’avant la pandémie. Le mot de « stagflation », emblématique des années 1970, revient d’ailleurs dans la bouche et sous la plume des observateurs.

Même au sein du camp démocrate les opinions défavorables dépassent désormais les opinions favorables

– Le pays est en proie à une crise de l’énergie et a déjà dû affronter une pénurie d’essence régionale au printemps. À présent, c’est une crise de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement qui touche le pays et les étals de certains supermarchés sont désespérément vides. Du absolument jamais vu au pays du consumérisme et de la surabondance.

– Pendant ce temps la criminalité explose dans les quartiers noirs, que l’on n’appelle plus des « ghettos » mais qui y ressemblent pourtant toujours, et les overdoses d’opioïdes continuent de faucher les Américains par milliers.

Sans parler de la frontière mexicaine, débordée par des dizaines de milliers de clandestins dont le flot ne tarit pas ; ou de la pandémie de Covid-19 qui tue encore plus d’un millier d’Américains tous les jours.

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C’est d’ailleurs l’impuissance de l’administration, voire son déni de réalité, qui frappent le plus les observateurs. Joe Biden et ses conseillers se comportent comme si tous ces problèmes n’existaient pas, ou allaient se résorber d’eux-mêmes.  Ce n’est pas l’avis des Américains qui s’insurgent contre leur président, le dénigrent ou le raillent ! La côte de popularité de Joe Biden est en chute libre. D’autant que, pour beaucoup, c’est lui, et son administration qui sont responsables des difficultés du moment. Le marasme que vit l’Amérique en 2021 est la conséquence directe des politiques mises en place depuis janvier par Joe Biden et les démocrates de son administration et du Congrès ! Délibérément ou par incompétence, ces crises ont été manufacturées de toutes pièces. Elles résultent des décisions prises, et elles auraient pu être évitées. C’est d’ailleurs ce qu’a fait remarquer l’ancien président Donald Trump, lorsqu’on lui a posé la question : « Tout le monde compare Joe Biden à Jimmy Carter. C’est injuste envers Jimmy Carter, a-t-il dit. Certes il a mal géré une crise après l’autre, mais Biden a généré une crise après une autre. »

Jimmy Carter entra à la Maison Blanche en janvier 1977  avec une côte de popularité exceptionnelle. Plus de 75% des Américains avaient une opinion favorable de lui. Six mois plus tard cette côte dépassait à peine les 50%. Elle finira à 29% ! Une chute sans précédent de quarante-six points en un mandat, motivée par l’incapacité du président à juguler les problèmes rencontrés et sa résignation devant l’adversité jusqu’à y voir une forme de fatalité. Biden n’en est pas encore là, mais bien en chemin pour y parvenir. En neuf mois il a perdu onze points de popularité. Entré à la Maison Blanche le 21 janvier avec 55% d’opinions favorables, il n’en avait plus que 44% fin septembre, selon le site Real Clear Politics, qui fait la synthèse de toutes les enquêtes d’opinions. Selon le groupe Trafalgar (seul institut à avoir envisagé la victoire de Donald Trump en 1976), 39,6% des Américains ont une opinion « favorable » de son action et 56% une opinion « défavorable ». Cette opposition monte à 66% si l’on interroge les seuls électeurs Indépendants, et 87% les seuls Républicains. Mais même au sein du camp démocrate les opinions défavorables dépassent désormais les opinions favorables, 51% contre 49%.

Endettement record et politique énergétique hasardeuse

Pourquoi cette baisse de popularité ? Parce que Joe Biden s’avère incapable de résoudre les problèmes du pays. Au contraire, il en crée de nouveaux tous les jours, semble complètement dépassé et incapable d’anticiper les difficultés. Il en va ainsi de la pandémie de Covid-19. C’était la première promesse du candidat Biden. Vaincre le fléau. Mettre fin à l’indécente hécatombe. Prendre soin des Américains, ce que Trump, disait-il, n’avait pas su faire. Après neuf mois aux manettes, il n’y est pas parvenu. Tous les jours, le Covid-19 cause la mort de mille à mille cinq cents Américains. Plus d’Américains sont morts du Covid en 2021 (360 000 au 18 octobre) qu’en 2020, (345 000). Après une chute rapide des décès au printemps, grâce à la diffusion des  vaccins, développés et distribués avec une vitesse record sous Donald Trump, la courbe des contaminations et des décès est repartie à la hausse cet été avec l’apparition du « variant Delta ». Au cours de cinq derniers mois, le virus s’est propagé plus vite qu’entre mars et octobre 2020 ! Pour enrayer cette propagation, Joe Biden a imposé des « obligations vaccinales » (« vaccine mandates ») qui ont suscité l’opposition féroce d’une partie de la population, et celle de nombreux juristes qui les dénoncent comme inconstitutionnelles…

Loin de pacifier l’Amérique, loin de mettre un terme aux divisions et rassembler les Américains, Biden a introduit une division supplémentaire, entre le gouvernement et les anti-vaccins… Les anti-vaccins sont plus nombreux dans l’Amérique de l’intérieur (le pays de Trump et des Républicains) que sur les côtes (le pays des Démocrates). C’est aussi cette Amérique, moins affluente que celle des côtes qui souffre le plus des deux calamités qui ont jailli au cours des derniers mois ; l’inflation et les pénuries de biens.

Sur les douze derniers mois l’inflation aux Etats-Unis s’établit à 5,4%. Il s’agit du taux le plus élevé depuis… 1991. Trente ans ! Pour certains produits comme l’essence à la pompe, la hausse moyenne a été de près de 50%. Un « gallon » d’essence (4 litres) qui valait 2,20 dollars sous Donald Trump coûte désormais près de 3,35 dollars. En moyenne. La facture chauffage des Américains en 2020 sera 54% plus élevée que celle de 2020, selon l’agence sur l’information en énergie, une agence fédérale. Le prix du bois, matériau essentiel des maisons individuelles, a plus que triplé en un an. Le prix de la viande, des œufs, de la volaille, augmente plus vite que le reste. La firme Moodys estime que le « panier mensuel moyen » d’un ménage s’est renchéri de 175 dollars en un an ! Soit plus de deux mille dollars par an. Un bond phénoménal supérieur au montant du chèque d’aide de 1 400 dollars octroyé par l’administration Biden à certains Américains en mars 2021 en raison du Covid. Ce redémarrage de l’inflation a deux explications principales : la première est le recours massif à la création monétaire par l’administration Biden; la seconde est le renchérissement des coûts de production du fait des restrictions nouvelles introduites par le gouvernement notamment dans le cadre de sa politique de reconversion énergétique.

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Après les deux plans d’aides aux ménages Américains victimes de la pandémie, votés sous Donald Trump – un premier pour un montant de 2,2 « trillions » (deux mille deux cents milliards) de dollars en mars 2020 et un autre pour 2,3 « trillions » de dollars en décembre 2020 -, Joe Biden a tenu à faire voter son propre plan d’aide pour 1,9 trillions en mars 2021. Soit 6,5 trillions de dollars de dépenses qui sont venues s’ajouter en douze mois à la dette nationale, déjà exorbitante (près de vingt-neuf mille milliards de dollars).

Le président a depuis présenté deux nouveaux projets de lois prévoyant d’injecter respectivement mille milliards de dollars et trois mille cinq cents milliards de dollars dans des projets d’infrastructures et autres dépenses pour les dix ans à venir. Les deux lois sont actuellement bloquées au Congrès et risquent d’y rester un certain temps, car les Démocrates eux-mêmes sont divisés sur la justification de telles dépenses et ni l’un, ni l’autre texte n’obtiendrait une majorité s’il était présenté au vote dans sa version actuelle ! A ces dépenses pharaoniques s’ajoutent des complications administratives et industrielles imposées par la volonté de l’administration Biden d’engager une transition énergétique. A l’encontre d’une de ses promesses de campagne, Joe Biden a annoncé dès le mois de février qu’il souhaitait l’élimination des énergies fossiles du « mix énergétique » américain et leur remplacement par des énergies renouvelables. L’annonce a alarmé l’ensemble des acteurs et a eu pour conséquence immédiate une montée en flèche du prix des hydrocarbures. Actuellement, 79% de l’énergie consommée aux Etats-Unis est d’origine fossile (35% pétrole, 34% gaz naturel, 10% charbon) ! En comparaison, les sources renouvelables (éolien, solaire, biomasse et hydraulique) comptent pour 12% et le nucléaire pour 9%. A lui seul, l’éolien ne fournit que 3% de la consommation ; le solaire, 1%. Parvenir à ce que ces sources prennent la place des énergies fossiles est plus qu’une gageure… c’est une chimère !

11 millions de postes non pourvus

Néanmoins l’annonce de leur élimination a instantanément réduit les investissements dans la production et l’exploration. Nombre de puits ont été fermés. Les Etats-Unis qui produisaient 13,5 millions de barils de pétrole / jour en décembre 2020, en produisent désormais 11,5 millions. Alors que le pays était devenu le premier producteur d’hydrocarbures au monde et pouvait subvenir seul à tous ses besoins, il importe désormais près d’un million de barils jours supplémentaires. Des barils dont le prix a doublé en six mois pour atteindre désormais 80 dollars ! Les infrastructures de transport des énergies fossiles ont aussi été affectées avec, notamment, l’abandon définitif du projet de pipeline Keystone devant charrier du pétrole du Canada au golfe du Mexique. La conséquence immédiate a été un renchérissement du prix de cette énergie et un recours accru aux importations. Le comble est que, après avoir fait chuter la production américaine, Joe Biden a demandé à l’Arabie Saoudite d’augmenter la sienne pour faire baisser les cours… Au passage, tout cela a été fait au nom de la lutte contre le réchauffement climatique et pour limiter les émissions de CO2, alors que le transport de fuel depuis l’Arabie saoudite, ou la Russie se fait par tankers, et que ceux-ci fonctionnent au pétrole et dégagent du CO2… Au passage cette politique a sacrifié des milliers d’emplois aux Etats-Unis, ce dont l’administration Biden n’a cure. Le chômage n’est apparemment pas sa priorité alors qu’il reste plus élevé que sous Donald Trump, 5% contre 3,5%. A peine plus de deux cent mille nouveaux emplois ont été enregistrés en septembre. Comme en août. Chiffres dérisoires, tellement en deçà des attentes (sept cent mille) que même la presse dominante, largement pro-Biden, n’a pas pu les défendre !

Le comble est que cette situation intervient alors que l’économie américaine souffre d’un manque de main d’œuvre. Il y a 11 millions de postes non pourvus aux Etats-Unis ! Et pour neuf millions d’entre eux, aucun candidat. Au point que l’on observe un nombre record de démissions, c’est-à-dire de gens qui quittent leur emploi. A priori pour en chercher un autre plus rémunérateur. Il y en a eu plus de 4 millions de démissions en août, soit près de 3% de la population active effectivement employée. Un phénomène sans précédent qui concerne surtout les emplois non ou peu qualifiés. Et si l’administration Biden tient tant à laisser entrer massivement des immigrants clandestins, c’est bien pour combler ces postes vacants, et conserver un réservoir de main d’œuvre à bas prix, à un moment où des pressions à la hausse sur les salaires se font sentir.

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Une raison supplémentaire inattendue est venue augmenter encore le nombre de ces démissions :  l’obligation vaccinale. Pour favoriser les vaccinations, qui plafonnent depuis cinq mois, l’administration Biden encourage les entreprises à instituer une « obligation vaccinale ». En clair il faut un « passe sanitaire » pour accéder à son bureau. Pas de vaccin, plus de job ! Mais l’effet obtenu n’est pas celui escompté. Des millions d’Américains choisissent d’abandonner leur job plutôt  que de de se faire vacciner. Avec des conséquences économiques parfois dramatiques. Les hôpitaux font face à une pénurie d’infirmières, les compagnies d’aviation voient leurs pilotes partir, les compagnies de transports routiers manquent de chauffeurs, les services de police sont vidés de l’intérieur, et les ports américains travaillent largement en dessous de leurs capacités, faute de personnel. C’est le cas du port de Long Beach en Californie ; le premier port des Etats-Unis en volume de containers. Il gère 40% des importations. Or il est saturé. Les porte-containers doivent patienter des jours et des jours avant de pouvoir décharger.

Seuls les criminels ne prennent pas de repos

Ces retards ont perturbé l’ensemble de la chaine d’approvisionnent. Le phénomène est sans précédent dans son ampleur. Les « drugstores » américains ressemblent presqu’à des épiceries est-allemandes avant la chute du mur ! Mais les fragilités du système étaient connues. D’ailleurs pour prévenir les difficultés, le président Biden avait mis sur pied une commission spéciale, appelée en anglais « Supply Chain Disruptions Task Force », dès les mois de juin, avec à sa tête le secrétaire au Transport, Pete Buttigieg, ancien candidat présidentiel Démocrate. Toutefois, à peine nommé, Buttigieg a demandé, et obtenu, un « congé de paternité ». Homosexuel et marié, Buttigieg et son époux venaient d’adopter deux bébés. Ils ont donc tous deux eu le droit de prendre un congé rémunéré pour être avec leurs nouveaux enfants, dans le cadre d’une loi votée sous… Donald Trump. Même si cela semble absurde sur le papier, car ce n’est ni pour se remettre d’une grossesse exténuante, ni pour allaiter que ces deux hommes ont obtenu leur congé, la loi est ainsi faite que M. Buttigieg a pu pouponner pendant que l’économie américaine s’étouffait. 

Seuls les criminels ne prennent pas de repos ! Le nombre d’homicides en 2021 poursuit sur la lancée de 2020, qui connut une progression sans précédent de plus 30% en un an. Là encore les Américains semblent revenus quarante ans en arrière, à une époque où les rues des grandes villes n’étaient sûres pour personne. Les chiffres tout récemment communiqués par le « Uniforme Crime Report » font état non pas d’une « vague » de criminalité, mais d’un « tsunami », selon les termes du magazine The Atlantic ! Le résultat entre autres des appels au « dé-financement » des services de police qui se sont multipliés et ont été mis à exécution dans de nombreuses métropoles gérées par des Démocrates.

L’Amérique de Joe Biden offre le visage préoccupant d’un pays plongé dans une crise par la volonté de ses dirigeants d’en révolutionner le mode de fonctionnement. La question qui sous-tend tout ce qui se passe aux Etats-Unis depuis janvier est pour les Américains de choisir entre la poursuite du modèle qui a fait de l’Amérique la première puissance mondiale, ou d’expérimenter avec un modèle socialiste qui a échoué partout où il a été institué.

Une première réponse à cette question viendra lors des élections intermédiaires de novembre 2022. Dans un an. Si les choses se poursuivent sur la lancée actuelle, les Démocrates pourraient recevoir alors une gifle historique. Car la voix de l’Amérique profonde se fait entendre de plus en plus fort. Et elle rejette massivement  le zèle révolutionnaire de quelques enragés actuellement au pouvoir.


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est un journaliste franco-américain, éditeur du blog "France-Amérique, le blog de Gérald Olivier" et auteur en 2013 de "Kennedy le Temps de l'Amérique" aux éditions Jean Picollec

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