Laetitia Avia, députée LREM de la 8ème circonscription de Paris (vous savez, Paris, cet ensemble urbain, au cœur de l’Île-de-France, qui offre la caractéristique d’être totalement hors sol) a donc déposé une proposition de loi visant à responsabiliser les serveurs internet qui laisseraient passer un quelconque propos injurieux, haineux, raciste, antisémite et islamophobe — sous peine d’une amende pouvant monter jusqu’à 37,5 millions d’euros. Une paille !

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Sept ministres signent une tribune contre « la haine en ligne »

Puis elle s’est ravisée : « islamophobe » paraissant trop conforme aux thèses si modérées « du CCIF et des Frères musulmans réunis », comme dit très bien Goldnadel, elle a préféré « anti-musulman ». Et si vous pensez qu’il s’agit d’une initiative isolée d’une dame désireuse de faire parler d’elle, détrompez-vous : sept ministres ont co-signé une tribune dans le Monde pour soutenir sa proposition de chasse à la haine et aux « infox ».
Au passage, Facebook, Twitter et les autres étant de fait des organismes de presse, puisqu’ils vivent des publicités engendrées par les contenus qu’ils diffusent, comme l’a finement remarqué Polony, pourquoi une nouvelle loi, alors qu’il suffit d’appliquer celles sur la presse ? Un journal, un hebdo n’ont pas le droit de faire l’apologie du racisme sous toutes ses formes. Ils paieraient, et lourdement, s’ils s’y risquaient. Pourquoi pas Zuckerberg ? Qui croit encore à la fiction de la neutralité du « tube » ?

Madame Avia propose donc d’inciter les plates-formes à faire la police pour empêcher à la source toute publication contraire à la nouvelle loi — si elle est finalement adoptée. Facebook fait le ménage depuis si longtemps, en interdisant l’Origine du monde selon Courbet ou les nichons de la Liberté selon Delacroix (non pas « en soi », mais parce que cela pourrait choquer tel ou tel segment de ses adeptes), que censurer les déclarations des uns ou des autres ne devrait pas l’handicaper durablement.

1.8 milliards d’hommes? Grosse « minorité »…

Reste à savoir ce que l’on pourchasse.

Le racisme consiste à essentialiser l’Autre. À lui prêter toutes les différences les plus haïssables (car la haine a pour caractéristique de désigner l’Autre en le rendant haïssable). Le Corse est vindicatif, le Noir paresseux, la femme hystérique, l’homosexuel contagieux et le Juif fait main basse sur les Prix Nobel — tous des voleurs…

L’objet de cette haine ne peut donc, par définition, être majoritaire : il est partout, si je puis dire, mais de façon insidieuse. Il s’ensuit qu’il n’y a pas de racisme anti-Blancs — pas en Occident en tout cas. Un Noir ou un Arabe n’est pas raciste. Houria Bouteldja n’est pas raciste. Sud-Education qui interdit ses séminaires aux « non-racisés » n’est pas raciste. Pas même de façon croisée, puisque des minorités ne peuvent mathématiquement se haïr. Il est ainsi bien connu que les Arabes aiment les Africains, et ne détestent pas les Juifs… La sympathie du mufti de Jérusalem pour Hitler est un mensonge des historiens colonialistes…
Mais je ne suis pas bien sûr que l’islamophobie, qui suspecte la religion de 1,8 milliard d’hommes (soit en gros le quart de la population mondiale), vise une minorité.
Quitte à interroger le mot…

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