C’est un sujet sur lequel on entend rarement les polémistes s’écharper et qui donne plus souvent lieu à d’ennuyeuses querelles d’experts qu’à de belles joutes politiques. Pourtant, il y aurait de quoi. Dès lors qu’avoir un toit fait partie de nos premières nécessités, celles qu’il faut satisfaire pour pouvoir répondre à d’autres aspirations, la politique du logement nous concerne tous, et, de surcroît, elle affecte tous les aspects de notre existence, influençant l’organisation familiale (à commencer par le nombre des enfants), modelant le visage de nos villes et décidant de qui seront nos voisins de palier. Si on ajoute que le budget du Logement se monte à près de 40 milliards d’euros, moins que l’Éducation mais plus que la Défense, dont une moitié, par divers canaux, finance le logement social, on peut s’étonner que la question fasse, finalement, si peu de vagues, à l’exception des périodes de violences et des moments où sont votés les grands textes, quand on voit quelques maires protester contre les quotas de logements sociaux prescrits par la loi.

Un Symbole de la Gauche ?

La préférence pour le logement social est pourtant devenue, ces dernières années, un marqueur de l’appartenance à la gauche. Il est significatif que Benoît Hamon, au soir du premier tour de la primaire socialiste, ait évoqué, dans son discours,la figure de l’abbé Pierre, qui résume à elle seule la conviction la plus largement partagée dans son camp et même au-delà : tout le monde a droit à un logement décent ; pour ceux qui n’y parviennent pas avec le fruit de leur travail, c’est à l’État d’y pourvoir. Qui s’opposerait à de telles évidences ?

Au demeurant, la glorieuse politique du tout-HLM et l’émergence des quartiers à problèmes qui en a résulté sont à mettre à l’actif (ou au débit) de la seule gauche. C’est l’alliance du gaullisme modernisateur et du communisme municipal qui, dans les années 1950 à 1970, a présidé à la naissance de la première génération de barres et de tours. Et si on rappelle qu’il s’agissait de loger les immigrés que le patronat faisait venir dans des usines tournant à plein régime, on peut aussi bien évoquer la conjonction des bons sentiments de la gauche et des intérêts bien compris de la droite. En réalité, l’idéologie qui a couvert notre pays de cités-dortoirs est une synthèse typiquement française entre un colbertisme, alors partagé par la quasi-totalité des élites (et qui a produit d’immenses réalisations), et une sorte de messianisme égalitaire également à l’œuvre dans l’éducation. On peut pousser ce parallèle et avancer que les HLM ont été au logement ce que le collège unique a été à l’école : une réponse utopique aux défis de la massification. Les ambitions de départ – mettre le meilleur à la portée de tous – étaient incontestables. À l’arrivée, on a procédé au même nivellement par le bas – la mouise pour tous –, avec, en prime, le creusement des inégalités qu’on prétendait résorber. Et les mêmes Territoires perdus, liés au décrochage d’une partie

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