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Gauche française: les pieds dans le tapis

L’édito politique de Jérôme Leroy

Gauche française: les pieds dans le tapis
Christiane Taubira, Paris, 31 janvier 2022 © ISA HARSIN/SIPA

Mélenchon chez Hanouna ou Taubira et la primaire populaire, la gauche joue à qui perd… perd


La gauche, en ce moment, c’est l’art de se prendre les pieds dans des tapis qui n’existent pas. Les deux derniers exemples, somme toute catastrophiques, sont d’abord la venue sur C8 de Mélenchon pour exposer son programme, face à Baba, en fait surtout face à Zemmour, et ensuite dans un autre genre de beauté, la primaire populaire qui a couronné, dans un suspense plus proche de Derrick que d’Hitchcock, Christine Taubira.

Mélange des genres

Mélenchon face à Baba, d’abord : le problème est qu’on est arrivé au stade ultime de « l’infotainement », c’est-à-dire du mélange des genres, jusqu’à la nausée. Depuis des années, quelle est la matinale ou l’émission politique où l’on n’est pas obligé de se coltiner un humoriste ou même “un panel de Français” ?

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Moi, si j’écoute des infos ou un débat, je n’ai pas envie, primo qu’on me fasse (ou qu’on essaie) de me faire rigoler, secundo d’entendre des rires et/ou des applaudissements comme au cirque, tertio d’écouter ce que pensent des gens des politiques. Je veux juste écouter ce que pensent les politiques eux-mêmes. Sachant qu’en plus, ce « panel de Français », on s’est toujours aperçu qu’il était plus ou moins trafiqué… On a, même sur le service public, parfois envoyé des gens qui se révélaient en fait très engagés sans que ça soit dit !

Ce coup-ci, c’était un policier très, très à droite. Je n’ai pas regardé l’émission mais j’ai eu le droit aux extraits saignants. Si je n’ en ai pas eu envie,  c’est parce que je sais déjà ce que donne ce dispositif: une grande confusion de toutes les valeurs, la dissolution en direct de toutes les décences, de toutes les éthiques personnelles et professionnelles. Le seul reproche que je fais à Mélenchon, qui s’est aperçu trop tard du piège, c’est son hubris qui lui donne l’illusion qu’il serait plus fort que ce dispositif piégé par essence.

Un concours de beauté sans débat

La primaire populaire, ensuite. Encore un dispositif pour tuer la politique. C’est à dire ne pas privilégier le programme mais les personnes, comme si la présidentielle n’était déjà pas assez un concours de beauté plus que d’idées sous la Vème république. Que 400 000 personnes, venues d’on ne sait trop où, soient venues voter est sans doute signe de désarroi.

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Mais ce vote, a poussé le ridicule jusqu’au bout en s’exprimant par le biais de la préférence majoritaire, qui a fait ressembler le résultat final à un conseil de classe d’un lycée expérimental qui a supprimé les notes, c’est-à-dire les scores. Qu’il désigne, ce qui était tout de même plus ou moins prévu par les organisateurs, Christiane Taubira, ne fait que rajouter une candidate, une candidate dont il serait bon de rappeler aux électeurs de gauche, que la gauche, précisément chez Taubira, ça tient plus de l’illusion d’optique que d’autre chose. Avoir accepté la stratégie de Hollande qui a consisté à dramatiser les enjeux du Mariage pour Tous histoire de faire oublier sa politique libérale, n’est pas bon signe. On ne rappellera jamais assez qu’à la même époque, Cameron le conservateur faisait voter en deux jours une loi similaire sans que ça tourne à la guerre civile à froid.

Un bilan proche du néant pour incarner la gauche

Par ailleurs, qu’on soit électeur de Jadot, d’Hidalgo, de Mélenchon ou de Roussel, on pourra légitimement se demander où elle était, Taubira, ces cinq dernières années. On ne l’a pas trop entendue sur la circulaire Collomb sur l’immigration, sur la répression des gilets Jaunes, sur la réforme des retraites, de l’assurance chômage, sur la croisade idéologique de Blanquer contre les libertés universitaires. A part des propos ambigus sur la vaccination. Un bilan proche du néant pour prétendre incarner la gauche, je trouve… Décidément, plus que jamais, être de gauche, c’est voter à gauche, malgré la gauche…

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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