Mardi après-midi, l’Assemblée nationale a accueilli une star internationale : Pamela Anderson. L’américaine y a défendu, au nom de sa fondation, un projet de loi visant à interdire le gavage des palmipèdes, technique utilisée pour la fabrication du foie gras. La présence de l’actrice de la série des années 90 Alerte à Malibu a de quoi interloquer. Au-delà de mon agacement à voir débarquer une star américaine dans le débat autour d’une tradition reconnue en 2006 « patrimoine culturel et gastronomique protégé en France », pourquoi la femme qui a le plus de couvertures de Playboy à son actif [1. Elle posera à nouveau ce moins de janvier pour le dernier numéro du magazine.] s’immisce-t-elle au cœur du système législatif français ?  Chose surprenante : cette invitation émane de Laurence Abeille, députée Europe-Ecologie-Les Verts du Val-de-Marne. Pour la parlementaire, interrogée par Le Monde, l’intervention de l’actrice vise à « démocratiser le sujet » : « Nous assumons le côté people de cette idée, commente-t-elle, mais nous pensons que de médiatiser cette cause permettra d’accélérer les changements de mentalités, d’habitudes et de politique. » Voilà donc à quoi nous sommes réduits…

Même les adversaires du gavage devraient s’interroger sur la légitimité de Pamela Anderson. Certes, depuis plus d’un siècle, des personnalités utilisent leur « capital notoriété » au service de causes. Mais Zola, Barrès, Gide ou Camus avançaient, eux, quelques arguments forts. À notre époque, n’importe quelle célébrité a voix au chapitre. Ainsi, les stars d’Hollywood n’ont cessé de promouvoir un monde plus juste : œuvrant pour l’ONU, Angelina Jolie est ambassadrice des Nations-Unies et George Cloney « messager de la paix ».  De nombreuses autres personnalités représentent ONG, associations ou fondations de tous ordres. Partant, remettre en cause l’engagement de Pamela Anderson ne serait-il pas sexiste ?

Comme son aînée Brigitte Bardot, la star est associée depuis plusieurs années à la cause animale aux côtés de la PETA, association de défense des droits des animaux, pour laquelle a elle déjà posée nue dans une campagne contre les fourrures. Elle a aussi pris part à des campagnes contre la chasse des phoques au Canada, les expérimentations médicales sur les animaux et que la consommation de viande. En 2010, une affiche de l’actrice posant en bikini pour l’association avait même été interdite au Canada pour… « sexisme ». On l’aura compris, Pamela Anderson use et abuse de son physique  pour défendre des causes qui lui tiennent à cœur. C’est son droit.  Jouant sur son hypersexualisation, Anderson sait faire affluer journalistes, caméras et photographes comme cette semaine au Palais-Bourbon, où elle a provoqué  un début d’émeute.

Face à ce spectacle ubuesque, une interrogation nous vient : pourquoi les Verts, très à cheval sur l’image, acceptent-ils le soutien d’une playmate jouant avec l’image de la femme-objet ? On a connu ce parti plus tatillon sur le sujet. En octobre 2015, la fédération EELV parisienne s’était ainsi insurgée contre une affiche publicitaire de la chaîne hôtelière Accorhotels Arena vantant « le seul lieu où les femmes sont à vos pieds ». Ni une ni deux, le site de la fédé s’était fendu d’un « les publicités sexistes, ça suffit ! ». «  En 4 mètres par 3 s’étale un concentré de misogynie et de sexisme d’un autre âge ! », s’énervait  Anne Souyris, coprésidente du groupe écologiste de Paris. Message reçu. Dès lors qu’il s’agit de sauver les oies et les canards, exploiter l’image de Pamela Anderson paraît manifestement moins problématique aux écolos.

Cependant, le « coup de com’ » des Verts cache une vraie question de fond : le problème du foie gras est tout d’abord celui de sa démocratisation. A l’origine, il s’agissait d’un produit cher et rare réservé à l’élite,  dont la production relativement faible et artisanale n’avait pas grand-chose à voir avec le gavage intensif que l’on connait aujourd’hui. Or, comme d’autres denrées naguère considérées comme un luxe, le foie gras est devenue une sorte de droit pour chaque français, un ci-devant privilège qu’il faut rendre accessible à tout le monde. Eh oui, Madame Anderson, on n’a pas de foie gras sans gaver des oies…

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : AP21846383_000003.

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