Jadis libertarien, le fondateur de Facebook réclame désormais un meilleur contrôle d’internet par les Etats. Si le PDG du réseau social aux 2 milliards d’utilisateurs se pose en défenseur de la démocratie contre les « contenus haineux », sa croisade cache l’emprise croissante des GAFAM sur nos vies.


Mark Zuckerberg, jadis chantre du libertarisme d’internet, a surpris tout le monde en réclamant le 30 mars1 une intervention plus forte des États dans la régulation du web. Il a récidivé le 10 mai, en allant à l’Élysée baiser la babouche du président Macron qui souhaite que la France invente pour l’Europe un nouveau modèle de régulation d’internet. Sur sa lancée, Zuckerberg approuvait l’« appel de Christchurch » contre les contenus terroristes ou extrémistes, lancé à Paris le 15 mai à l’initiative concertée de plusieurs dirigeants et copiloté par la Première ministre néozélandaise et Emmanuel Macron en personne.

Sus aux contenus haineux!

L’adulescent le plus puissant de la planète en appelle donc désormais aux gouvernements pour mieux protéger les données et la vie privée des milliards d’utilisateurs de la toile. Plus globalement, il se pose en défenseur de la démocratie en invitant les autorités à l’aider à protéger les citoyens des « contenus haineux » et à préserver les élections des manipulations occultes dont les algorithmes de Facebook ont joué dernièrement les idiots utiles. De Trump ou Zuckerberg, l’idiot n’était peut-être pas celui qu’on croyait…

Pour beaucoup, le premier réflexe a sans doute été de se réjouir de ce revirement. En effet, cet aggiornamento peut sembler historique de la part de quelqu’un qui déclarait obsolète le concept de vie privée en 2010, ou qui trouvait bien des vertus au RGPD européen… tout en refusant d’étendre ce concept à ses utilisateurs américains.

Un pouvoir délirant

Il ne faut toutefois guère se faire d’illusions quant à la sincérité de l’austère porteur de T-shirts. Après le scandale « Cambridge Analytica » et l’attentat de Christchurch diffusé en direct sur Facebook Live, Zuckerberg se devait de montrer qu’il a compris certains errements de son réseau social. Ce virage sur l’aile a néanmoins tout du plan de communication destiné à rassurer ses 2 milliards (!) d’utilisateurs, mais également les gouvernants qui commencent à réaliser l’ampleur des pouvoirs délirants concédés aux GAFAM.

La bonne volonté affichée par le patron du média le plus puissant de la planète ne va cependant pas jusqu’à la revente des « sous-réseaux sociaux » qu’il a acquis – WhatsApp (1,5 milliard d’utilisateurs) ou Instagram (1 milliard). Du reste, on attendra encore longtemps un engagement de l’un des quelconques patrons des GAFAM visant à cesser de racheter toute start-up prometteuse susceptible de lui faire concurrence.

Mark Zuckerberg: multiculti et coincé!

En ce qui concerne la censure des contenus haineux, personne ne s’opposera à l’impossibilité de diffuser en direct une boucherie comme celle de Christchurch – les réactions au carnage identitaire néozélandais montrent que nous aurions pu réagir plus tôt à vingt ans d’islamisme YouTube. On aimerait aussi que les œuvres de Delacroix ou de Courbet ne soient plus

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Juin 2019 - Causeur #69

Article extrait du Magazine Causeur

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