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L’économie libidinale de l’Union européenne

L’économie libidinale de l’Union européenne
Le Commissaire européen à la Santé et à la Politique des consommateurs Stélla Kyriakídou avec la Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, Bruxelles, 20 juillet 2022 © Virginia Mayo/AP/SIPA

Sur l’énergie nucléaire comme sur les OGM, l’approche de saisons de vaches maigres oblige nos dirigeants européens à prendre le réel en compte. Une modification du cadre réglementaire européen sur les OGM est annoncée pour 2023.


Toutes les décisions humaines procèdent d’un choix, que les psys appellent « économie libidinale », mais que l’on peut toujours réduire à un rapport coût/bénéfice entre deux options [1]. Les décisions politiques ne font pas exception à cette règle. Ce truisme mérite d’être rappelé le jour où l’Union européenne déclare qu’elle va légiférer sur l’autorisation d’un produit qu’elle condamnait formellement la veille.

Le diable et le bon dieu

Si le procédé du choix est toujours le même, ce qui importe ce sont les représentations que les décideurs se font des éléments entre lesquels ils doivent choisir.

Ainsi, pour le bannissement des OGM, le choix était fondé sur le fantasme du mal incarné par le terme OGM dans l’esprit du public européen et sur l’attrait libidinal des idées « vertes » parmi les leaders d’opinion.

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Ces représentations sont aussi à la base d’autres décisions irrationnelles, par exemple celle qui a conduit l’Allemagne à fermer des centrales nucléaires, dont le potentiel futur danger a été jugé plus important que l’économie nationale et le bien-être présents de ses habitants. À l’inverse, le choix d’énergies dites renouvelables pour les remplacer témoigne d’une foi religieuse dans le péché originel (plus c’est proche de la nature, plus c’est « bien », plus cela doit à l’homme et plus c’est « mal ») doublée d’une pensée magique (le vent et le soleil produiront autant d’énergie que le pétrole et le nucléaire).

L’écologie aime l’humanité, mais déteste les humains

C’est aussi à l’aune de la morale religieuse qu’a été édictée l’interdiction des OGM : organismes génétiquement modifiés, parce que modifiés par l’homme. Pourtant, si l’Homo Ecologicus possède des technologies supérieures à celle des premières version d’Homo sapiens, ce n’est pas à des prières à Gaïa qu’il le doit, mais à la lon-on-ongue évolution de son génome.

Il est cocasse d’observer que certains préfèrent le sourire de leur égo à la survie de leur espèce : les mêmes, qui veulent que le sexe fourni par la nature soit inféodé à leur ressenti de genre, réprouvent avec violence le recours au maïs transgénique. Peu leur importe qu’il soit susceptible de sauver de la famine des populations qui se fichent du genre comme du sexe des anges.

La différence entre l’homme et dieu, c’est que dieu ne se croit pas homme

L’UE se prend pour une déité politique. À preuve le fait qu’elle laisse nombre de décisions à sa commission, dont les membres, à défaut de procéder du droit divin, ne sont pas élus par les peuples.

L’approche de saisons de vaches maigres, où la demande d’électricité sera supérieure à l’offre, a obligé nos dirigeants à prendre le réel en compte.

Ils ont donc, en deux étapes, renié tout ce qui était jusqu’alors vérité d’évangile. Une première salve a été tirée discrètement le 29 avril 2021, quand l’UE a évoqué la création d’un cadre spécifique pour les produits issus de mutagenèse : « Selon la commissaire européenne à la Santé et à la sécurité alimentaire Stella Kyriakides, l’étude relayée par la Commission “conclut que les nouvelles techniques génomiques peuvent promouvoir la durabilité de la production agricole”[2] ». 

Au commencement était le verbe…

En juillet 2018, la Cour de justice de l’UE avait statué sur les produits issus de la mutagenèse : c’était des OGM comme les autres.

Après les tirs de sommation, en 2022, la grosse Bertha a transformé le vice en vertu.

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Les ministres de l’agriculture des 27 ont exigé de pouvoir utiliser les variétés de semences résistantes à certains herbicides ou à la sécheresse, qui existaient mais restaient interdites par la réglementation.

Les mots magiques ont été prononcés : dérèglement climatique. Cet Abracadabra du XXIe siècle est venu au secours des OGM.

Ces organismes génétiquement modifiés ne sont plus des poisons cancérigènes, mais des produits de biotechnologies, « un magnifique instrument pour faire en sorte que les cultures aient besoin de moins d’eau, de moins de produits phytosanitaires et d’engrais, qu’elles soient plus résistantes. Dès lors {qu’elles} permettent d’assurer la transition agro-écologique et de faire face au dérèglement climatique, c’est une voie qu’il faut explorer. [3] » Dixit le ministre espagnol de l’agriculture.

En-Même-Temps 1er ayant fait des émules, le ministre slovaque a expliqué, lui, qu’on peut tout faire, à condition de ne pas le dire : « Nous ne voulons pas des OGM, mais là, nous parlons d’édition génomique: il faut une approche prudente qui s’apparente le plus possible aux méthodes traditionnelles de sélection (…) Il faut développer des variétés plus résistantes à la sécheresse, au gel, aux nuisibles. »

… Et à la fin sera le vote

Les parlementaires européens, qui sont sûrement capables de trier le bon génomique de l’ivraie OGM, seront donc amenés à voter au deuxième semestre 2023 sur une proposition législative… faite par le commissaire à l’Agriculture.

Qui c’est le chef ? Celui qui vote ou celui qui écrit ce sur quoi on vote ?


[1] La libido peut être simplifiée en socialisation de l’énergie produite par la pulsion sexuelle transformée en objets sublimables.

[2] https://mapecology.ma/actualites/lunion-europeenne-appelle-a-definir-nouveau-cadre-juridique-produits-issus-de-technique-genetique-de-mutagenese/

[3] www.lefigaro.fr/conjoncture/climat-l-ue-va-miser-sur-les-techniques-genomiques-pour-adapter-son-agriculture-20220916


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essayiste, conférencière, traductrice, auteur de plus de 30 ouvrages, dont plusieurs sur les conflits du Moyen-Orient

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