Je me souviens de l’école des petites filles et des petits garçons  qui jouaient respectivement à la marelle et au football. Nos progressistes éclairés, Verts en tête, veulent déconstruire ce modèle digne des heures les plus sombres de la tradition.


Parmi les beaux jours de mon enfance, il en est un que ma mémoire aime à souvent exhumer. J’avais neuf ans, c’était la fin de l’année scolaire. La chaleur était terrible ; les jeux de société, avec lesquels nous tuions le temps jusqu’aux vacances, nous ennuyaient. Alors, moi et dix autres élèves, nous avions pris un ballon, quatre sacs et étions allés faire un foot dans la cour. Puis nous avions été rejoints par d’autres camarades ; à la fin, nous étions bien quarante. Débuté au début de l’après-midi, ce match avait duré jusqu’à la fin. Je me rappelle des cris de joie, des coups, de mon épuisement, des hurlements des instituteurs qui voulaient nous faire rentrer, de mon copain Joël dont les genoux râpés disaient l’abnégation. J’y songe ! Parmi les joueurs, il n’y avait aucune fille. Et si ce moment que je chéris tant était en fait scandaleux ?

Les Verts à l’avant-garde

Le 8 juillet, Eric Piolle, maire EELV de Grenoble, écrivait sur Twitter : « Les cours d’écoles de nos enfants ressemblent à des parkings en bitume, brûlantes en été et trop réservées aux pratiques des garçons ». Depuis son triomphe programmé dans les métropoles gentrifiées aux municipales, ELLV ne se sent plus. Habitué à quémander des places au PS, il ambitionne désormais de diriger la recomposition de la gauche. Cette assurance lui vient de ce qu’il domine le combat culturel. Orpheline du prolétariat, la gauche avait besoin d’un nouvel étendard ; comme l’immigration est trop « clivante », elle s’est rabattue sur l’écologie. Tout le monde veut mieux manger, sauver les tritons et consommer moins de pétrole. Déjà de mon temps, les cours de géographie faisaient la part belle à l’Amoco Cadiz. Aujourd’hui, c’est l’orgie : documentaires, peoples, marches pour le climat, manifestes, reportages, ONG, greenwashing, Greta Thunberg. C’est tout juste si l’on peut encore fumer une clope dans la rue sans se voir reprocher de buter un panda. La jeunesse des métropoles, qui n’a pas trop à s’inquiéter pour son avenir, le vrai, celui des fins de mois, processionne régulièrement sur les boulevards et, hélas, vote aussi. La propagande écologiste, omnipotente, porte les Verts partout en Occident. Sur le modèle des Grünen qui ont avalé le SPD, la social-démocratie se met à la remorque de ces anciens gauchistes ayant troqué la lutte des classes pour celle de la planète, dont ils parlent moins en scientifiques ou poètes qu’en zélateurs de Pachamama.

Adorateurs de la nature, ils la nient quand elle concerne l’homme

Mais l’on ne se refait pas, et l’écologie politique est le faux nez d’un progressisme fanatique. Les Verts sont des immigrationnistes passionnés, des sans-frontiéristes fervents, des pacifistes enflammés, des transhumanistes brûlants. Présents dans tous les cortèges Black lives matter, ils soutiennent également sans réserve la théorie du genre. Sur leurs tables de chevet, à côté de celles de Gro Harlem Bruntland et de Raoni, ils ont des photos de Judith Butler et de Pierre Bergé. Notre époque n’aime rien tant que les paradoxes ; voilà sans doute pourquoi, sur un plan intellectuel, les Verts ont tant de succès. Adorateurs de la nature, ils la nient quand elle concerne

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