Propos recueillis par Gil Mihaely

Causeur. Comment jugez-vous la politique française en matière de logement social ?

Gérard-François Dumont. Sur cette question, deux idéologies opposées structurent le débat : « Tous propriétaires ! » ou « Tous en HLM ! » En France, c’est le « Tous en HLM ! » qui a dominé : tous nos gouvernements ont considéré par principe qu’il fallait construire le plus de logements sociaux possibles. En conséquence, le logement social n’est pas conçu comme une réponse aux problèmes de logement de personnes en difficulté, mais une solution pour toutes les catégories ne disposant pas de revenus élevés, dont les classes moyennes. D’ailleurs, selon les critères donnant accès à une demande d’un logement social, les deux tiers de la population peuvent y prétendre. Cela supposerait des financements publics considérables, bien au-delà de ceux, déjà très élevés, consentis aujourd’hui.

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Mais la HLM à la française ce n’est pas uniquement un choix socio-économique, c’est aussi « une certaine idée de l’urbanisme, de la ville »…

En effet, l’histoire du logement social en France ne peut être dissocié d’une idéologie urbanistique qui explique son coût colossal : aux investissements publics de départ, s’ajoutent les coûts de gestion, puis les dépenses visant à tenter de réparer les erreurs passées, ce que l’on appelle désormais la « rénovation urbaine » – au total ces coûts directs se montent à au moins 90 milliards depuis vingt-cinq ans ; il faudrait aussi compter les coûts indirects liés au fait que, dans nombre de quartiers, la géographie du logement social ne contribue guère à la réussite des habitants ni à la concorde sociale.

Vous parliez d’idéologie…

J’y viens. En effet, les principes guidant cette politique sont issus de la charte d’Athènes dans laquelle, en 1932, un certain nombre d’urbanistes, sous la houlette de Le Corbusier, déclarent qu’il est temps de construire des villes nouvelles et hygiéniques faites de barres et de tours. Il s’agit bien de faire table rase des villes du passé. L’application de ces principes, qui n’a d’équivalent que dans les pays communistes, s’est traduite par trois choix dont la France subit toujours les conséquences. D’abord, la France a exclu

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Gil Mihaely
est historien et directeur de la publication de Causeur.Né en Israël en 1965, Gil Mihaely a fait des études d’histoire et de Philosophie à l’Université de Tel-Aviv. Docteur de l’EHESS où il a soutenu en 2004 une thèse d’histoire, il vit en France depuis 1999. En 2007 il a créé, avec Élisabeth Lévy ...