Laurent Wauquiez est moqué car sa version de la clause Molière a été retoquée. Les élus restés spectateurs face au drame du travail détaché se pensent justifiés dans leur attentisme. Ils feraient bien de prendre conscience que la pression est désormais sur eux. Ou plutôt que la pression va leur arriver beaucoup plus vite et beaucoup plus fort ! Après presque deux ans de polémiques, le Conseil d’Etat a clos, le 4 décembre dernier, le débat relatif à la clause Molière en validant son principe constitutif: pour travailler ensemble sur un chantier de travaux, il faut pouvoir se comprendre ! Soit en comprenant le français soit en étant accompagné d’un interprète.

La version lyonnaise portée par Laurent Wauquiez n’a pas reçu la même validation ; il lui reste aujourd’hui à poursuivre le même objectif de soutien à l’emploi local en faisant adopter une clause Molière validée par notre plus haute juridiction. Celle d’Angoulême, utilement complétée par Bruno Retailleau.

Les travailleurs ne sont pas des objets

Mais la question se pose désormais à tous les élus : vont-ils saisir cette chance de pouvoir poser une digue ? Le débat juridique ne permet plus de douter et de fuir ses responsabilités. Dit avec les mots du Conseil d’Etat, la clause « relative à la protection de la sécurité et de la santé des travailleurs poursuit un objectif d’intérêt général ». C’est une bonne nouvelle pour beaucoup et un camouflet pour certains.

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Bonne nouvelle pour ceux qui pensent que l’Europe doit cesser d’être une vaste zone fluide où les travailleurs peuvent être transportés ici ou là sans jamais penser à leurs racines, à leur culture et à cette langue qui fait que l’on peut échanger avec ses collègues. Les ouvriers ne sont pas des robots interchangeables dont on ne prend en compte que les moindres coûts.

Bonne nouvelle pour ceux qui pensent que l’Europe n’est pas d’abord un grand marché mais qu’elle doit redevenir une civilisation. Les peuples se rapprochent s’ils ne sont pas tirés vers le bas, l’économie ne se construit pas contre nos valeurs communes, le dumping social ne provoque rien d’autre que la peur.

La casse des prix, c’est fini

Bonne nouvelle pour ceux qui refusent le chantage au risque de réciprocité, sur le mode « imaginez que la Hongrie impose cela à nos ingénieurs » (Jean-Louis Bourlanges en commission des Affaires européennes le 19 Octobre dernier)… car l’honneur de la politique est sans doute davantage dans la défense des ouvriers que dans la supposée défense de cols blancs que l’on vient embaucher, non parce qu’ils coûtent moins chers, mais parce qu’ils sont excellents.

Bonne nouvelle pour les élus locaux qui ont accepté de prendre un risque juridique pour ne pas rester inactifs face à un fléau qui nous plombe. Grâce à eux, toutes les PME de France vont pouvoir sortir de la casse des prix et embaucher localement, sans craindre une concurrence déloyale. Ils peuvent désormais se retourner vers les élus attentistes car le chemin est maintenant bien balisé et que plus aucun ne peut continuer à avoir peur de son ombre. Ne rien faire c’est s’opposer à une mesure d’intérêt général. Qui l’assumera ?

Parler français en France n’est pas « xénophobe »

Cette obligation morale est un violent camouflet pour les donneurs de leçon. Ceux qui osaient expliquer que les ouvriers n’avaient qu’à se comprendre par des gestes. L’ex-gouvernement Hollande qui tenta d’écraser la révolte locale en demandant à tous les préfets de bloquer tous les marchés publics avec cette méthode. Ceux qui se moquaient de laisser venir sans filtre des ouvriers de pays qui n’ont que 5% de chômage. Ou encore cette parlementaire européenne, Mme Morin-Chartier, qui jugeait que cette idée, qu’elle n’avait pas eue, venait d’un « adepte de la xénophobie »… Elle a  perdu toute crédibilité pour se représenter en 2019.

Tous ceux-là, à leur manière, ont tous fait la preuve de leur aveuglement. Les chantiers publics ne doivent pas être visités seulement pour poser une première pierre avant une coupe de champagne. Ils sont le cœur d’une activité non délocalisable qui méritent notre attention.

Pour la première fois, le droit français, par son juge administratif suprême, permet de poser une digue. Le mur du libre-échange sans limite est désormais fissuré. La politique peut reprendre ses droits.  Si un adjoint au maire d’une ville de province, qui se bat avec ses tripes et son cœur, peut gagner contre un Goliath moderne…  aujourd’hui tous les élus peuvent prendre ce chemin. Seuls ceux qui ne restent pas au point mort peuvent se vanter de remettre la France en marche.

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