Droite. Disparition de Claude Goasguen. L’élu local du 16e arrondissement parisien, éphémère ministre, avait aussi une vision nationale, et sera regretté


Tout habitant de l’Ouest parisien n’ignore pas qui était Claude Goasguen, et même parmi les absents du militantisme son nom est connu comme le loup blanc. Depuis sa disparition le 28 mai dernier, celui qui correspondait au folklore de l’élu local par sa présence naturellement chaleureuse et sa forte voix, laisse pourtant un vide que n’explique pas sa seule fonction de député.

Emporté par le Covid-19 comme Patrick Devedjian

Et pour cause, Claude Goasguen a « fait carrière » en politique : il est de ceux qui ont traversé la Vème République et qui en sont une sorte d’incarnation. Son histoire personnelle a jouxté la grande, et en lui se superposaient les concepts politiques comme les strates géologiques qui apparaissent sur certaines montagnes.

Né à la fin de la guerre, sa proximité avec les baby-boomers ne l’orienta guère vers les milieux politiques maoïstes et trotskystes-léninistes majoritaires de cette génération. C’est au service de la Corpo d’Assas qu’il voua sa témérité politique, engagé à droite pour l’Algérie française aux côtés d’Alain Madelin, Gérard Longuet ou Patrick Devedjian – également emporté par l’épidémie.

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Cet anti-communisme prend très rapidement, dès 1966, la forme d’un engagement libéral. Il rejoint cette année le gaullisme d’appoint de la Fédération nationale des républicains et indépendants, parti politique qui propulse Giscard à la présidence de la République. Son appartenance à la droite libérale ne changera jamais et définira son crédo, des bancs de l’Assemblée Nationale au conseil de Paris, où il occupa en 1983 le poste d’adjoint au nouveau maire de Paris, l’un de ses mentors politiques : Jacques Chirac.

Un ami d’Israël

Tout comme l’ancien président c’était un homme des foules, un grand vivant qui aimait le contact et les discours grandioses, les bons repas et les festivités de la vie politique. Mais c’était d’abord un homme d’idées, qui mettait sa fougue au service de la défense des juifs de France, des chrétiens d’Orient ou de la légitimité d’Israël à exister, des causes qu’il défendait comme un lion au sein de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Il fut également celui qui affichait au fronton de sa mairie les symboles de ces combats – pour Gilad Shalit ou les chrétiens d’Orient – et le seul député à porter avec Meyer Habib une kippa dans la salle des quatre colonnes le 13 janvier 2016, par solidarité suite à l’agression d’un enseignement marseillais juif. De son combat restera cet engagement sans faille auprès d’un peuple dont il se réclamait presque, et dans l’histoire duquel il devait sûrement percevoir la combativité qui le caractérisait.

Au-delà de son énergie mêlée à sa culture profonde de docteur en droit, Claude Goasguen avait une largesse intellectuelle qui lui permettait de synthétiser les contraires : libéral sans rien céder sur le régalien, savant et politique, élu de terrain avec une vision nationale. Cette capacité à regrouper des sensibilités différentes sous son égide a été jusqu’au bout une carte maîtresse, et la raison pour laquelle il a été investi par les Républicains pour aider à composer une liste à d’union derrière Francis Szpiner dans un 16ème arrondissement en proie aux candidatures dissidentes.

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Ses compétences le portèrent même jusqu’aux fonctions de ministre de la Réforme de l’État, de la décentralisation et de la citoyenneté sous le premier gouvernement d’Alain Juppé, un rôle qu’il quitta prématurément par trop d’entièreté et de caractère.

Abstraction faite de son parcours admirable, Goasguen inspirait un style, celui d’une époque où la liberté de ton se conciliait avec le talent de bien en user, celle où la politique était une arène d’orateurs talentueux, qui avaient le noble projet d’emmener le citoyen au-delà de lui-même plutôt que le petit souci de ne pas le froisser. La communication était à beaucoup d’égard étrangère à ce boxeur de la politique, à ce pirate, fils de marin, qui semblait ouvrir la grand-voile chaque fois qu’il prenait son souffle avant de haranguer un parterre de militants. Pour avoir assisté à quelques-unes de ses interventions, Claude Goasguen savait réveiller une salle endormie par les discours consensuels, et était accueilli en superstar par des étudiants trois fois moins âgés que lui : voilà son éternelle jeunesse.

Goasguen est un de ceux qui nous donnent soif d’aventures politiques et de grande conquête : un jour qu’il avait fini un discours dans sa permanence, je venais pour le féliciter. Il me regarda plein d’ironie et de gentillesse avant de s’exclamer « Ah ! C’est tout un métier. ». C’est vrai : être Claude Goasguen, c’est tout un métier.

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