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>>> Lire ici le premier volet de ce texte.

Les Français aiment l’Histoire, sans parvenir à s’entendre sur ce qui constitue cette matière si décriée parfois. Il faut comprendre qu’on ne l’enseigne pas de la même façon à des enfants, à des adolescents et à des presque adultes. On n’amène les enfants à l’Histoire que par des récits — une notion essentielle à l’enseignement de cette matière si délicate, où le « roman » est une tentation forte, et l’« analyse » un procédé douteux face à des élèves encore petits. Il faut raconter au primaire ce que l’on commencera à analyser au collège et qu’on mettra à distance au lycée. La règle de cet enseignement de l’Histoire doit être une chronologie rigoureuse, du CP au CM2, puis de la Sixième à la Troisième. On ne peut analyser les faits que lorsqu’on sait exactement quand et où ils ont pris place. S’il n’est pas nécessaire de se limiter à l’Histoire de France, il va de soi qu’elle doit constituer 90% de cet enseignement en primaire. Que l’on en soit ou non originaire, il faut savoir d’où nous venons, et quelle est l’histoire de ce pays.

En sciences, il faut impérativement donner précocement les bases de calcul et d’observation nécessaires. Etaler la maîtrise des quatre opérations de base sur trois ans est une aberration. Les cerveaux enfantins sont capables d’engranger bien des connaissances, et la prise en considération des bio-rythmes et autres considérations savantes est devenue un obstacle à la transmission de savoirs fondamentaux.

Entre 18% (chiffre officiel) et 40% (chiffre officieux) des entrants en Sixième ne maîtrisent pas la lecture. Aucun élève ne peut sortir du primaire sans maîtriser lecture et écriture. Les temps de remédiation aménagés tout au long de la scolarité devront faire porter l’essentiel de l’effort sur ces capacités spécifiques. Ces moments de remédiation, qui contourneront l’obligation de plus en plus théorique de collège unique, et qui seront diversifiés en fonction des matières nouvelles qui y sont enseignées, doivent constituer la clef de voûte du collège.

Il faut resserrer les emplois du temps sur les matières fondamentales, dégraisser le temps scolaire de tout ce qui est aujourd’hui remplissage ludique, et instaurer une politique ferme de transmission des connaissances.

Notre conviction est que l’éducation (en particulier l’éducation à la citoyenneté) est un effet dérivé de l’acquisition des savoirs — et jamais le contraire. On ne donne pas des cours de laïcité : la transmission des Lumières suffit globalement à dissiper les préjugés. La laïcité est un principe essentiel, qui garantit la libre pensée, hors de toute servitude involontaire. Elle est directement associée à la liberté, qui n’existe que par la domination de l’homme sur son environnement, et non dans sa soumission à des superstitions engendrées par la carence des savoirs. La culture est un humanisme — elle est l’humanisme. La République ne se prêche pas, elle est le produit des connaissances. L’ignorance seule engendre le recours à tous les extrémismes.

Cantines

La gestion des cantines, source de conflits incessants en fonction des revendications communautaristes, bien qu’elle soit du ressort des municipalités/départements/régions, fera l’objet d’un décret national stipulant les conditions effectives d’offre. Quelles que soient les raisons d’un élève, goûts ou convictions, on ne peut le forcer à manger ce qu’il ne veut pas manger. Mais il n’est pas du ressort des administrations de lui proposer autre chose. À chaque famille de comprendre quel est l‘intérêt des enfants. Et de le leur faire comprendre. Libre à elles de se tourner alors vers des écoles confessionnelles hors contrat, qui en aucun cas ne pourront dépasser 10% de l’offre publique : une autorisation préalable d’ouverture n’est pas nécessaire tant que des inspections régulières (au minimum annuelles) vérifient que ces écoles visent à l’instruction des enfants et non à leur endoctrinement. Pour les écoles privées sous contrat, les mêmes règlements que dans les écoles publiques s’imposent. En revanche, il est du devoir de l’Etat comme des collectivités publiques de veiller à ce que les enfants et les adolescents mangent des produits sains. Il serait par exemple essentiel de décréter que les produits proposés à la consommation dans les cantines sortent de l’économie locale, et soient majoritairement issus de l’agriculture biologique.

Laïcité

La laïcité ne se négocie pas. Les élèves ont à assimiler des programmes nationaux, dans toutes les matières, indépendamment de leurs convictions personnelles. La culture du « débat », qui a envahi peu à peu l’enseignement, doit laisser la place à une culture de la transmission de savoirs réels. L’école n’est pas prioritairement le lieu de l’expression des opinions, mais le lieu où se forgent des opinions, sur des bases rationnelles. À noter que la laïcité se déduit bien plus qu’elle ne s’enseigne. Elle se déduit justement des savoirs, et non d’un discours théorique. Elle est le produit des Lumières.

Collège et lycée

La nécessaire disparité des moyens que nous avons proposée au primaire doit être à l’œuvre également au collège. Dans des secteurs déshérités, il est aberrant de dépasser quinze élèves par classe. Dans des secteurs plus privilégiés, on peut aisément aller au-delà. L’idée d’une moyenne nationale n’a aucun sens : il faut mettre plus de moyens réels là où ils sont nécessaires. Il sera à terme indispensable de repenser la politique d’implantation des collèges. Construire des ghettos pédagogiques à l’intérieur de ghettos sociaux ne peut que mener à la catastrophe pédagogique et sociale. Quitte à obliger les élèves à se déplacer, voire à les mettre en internat. Dans tous les cas, rétablir des zones scolaires « en quartiers d’orage » au lieu du zonage actuel serait une bonne chose du point de vue de la mixité sociale et de la dissolution des éléments les plus difficiles dans des ensembles où ils ne seront plus majoritaires. Le principal problème des ZEP est justement l’absence totale de mixité sociale, voire de mixité ethnique. On a voulu le communautarisme dont nous récoltons aujourd’hui les fruits dangereux. Il faut repenser l’école dans le sens d’une intégration de toutes et de tous dans l’ensemble français. Il est moins cher de construire un nouvel établissement situé hors des zones à risque que de rénover sans cesse des établissements que leur situation géographique rend pratiquement incontrôlables.

Par ailleurs, la politique de dissociation des collèges et des lycées a donné des résultats peu satisfaisants. Dans la mesure du possible il faudra revenir à des établissements couvrant toute la gamme, de la Sixième à la Terminale — et au-delà. Chaque niveau trouve une motivation supplémentaire dans l’existence de niveaux supérieurs. Cela évitera de surcroît que des pré-adolescents s’improvisent caïds sous prétexte qu’ils sont en Troisième. Il va de soi qu’une attention particulière sera donnée au recrutement de chefs d’établissement dotés de pouvoirs disciplinaires étendus. Le règlement intérieur pourra éventuellement durcir un règlement national ferme et précis. Les élèves ont certainement des droits, mais ils ont surtout des devoirs, et tout manquement sera sanctionné. Toute absence systématique, par exemple, fera l’objet de retenues à la source sur les prestations familiales. De même, la « prime de rentrée » sera versée en plusieurs fois, avec un solde important en fin d’année, quand il sera bien établi que les élèves auront été effectivement présents en classe. Que certains mettent leurs enfants à l’école en septembre pour toucher une prime de rentrée et les en retirent peu après pour recommencer l’année suivante n’est plus supportable.

Dans le même esprit, il faut repenser le système des bourses, en reportant sur des bourses au mérite obtenues en fonction des résultats ou sur concours les montants des bourses sociales, hors aides d’urgence. Les bourses au mérite pourront être plafonnées en fonction du niveau de ressource des parents, mais il est essentiel de faire passer le message : bien travailler paie — au propre comme au figuré. Quels savoirs doivent être enseignés au collège ? Ceux dont on aura besoin ultérieurement : l’enseignement doit avoir constamment pour visée le niveau suivant supérieur. Le primaire doit fournir toutes les armes pour le collège, le collège doit préparer au lycée, professionnel ou général, le lycée doit avoir pour fins l’enseignement supérieur ou l’accès direct à l’emploi.

La vie professionnelle peut être un choix précoce, dès la fin Cinquième, à condition que des passerelles soient maintenues pour revenir dans la voie générale. Il est fréquent qu’un élève considéré comme peu doué pour les matières théoriques à 14 ans se réveille à 16. Il faut qu’il puisse, comme ce fut le cas dans le passé, repenser sa carrière. En tout état de cause, le Bac Professionnel sera obtenu au terme de quatre ans d’études. Ramener le Lycée professionnel, pour des économies peu conséquentes, à trois ans (2008) a été une erreur grossière qui lance dans la vie active des adolescents mal préparés, et peu aptes à cette « formation tout au long de la vie » qui sera sans doute nécessaire, mais qui n’a aucun sens si des bases très solides ne sont pas acquises. Par ailleurs, une formation pré-professionnelle en quatre ans donnera des aptitudes supérieures au niveau artisanal. Un bon manuel est un bon intellectuel. Penser à ce que représente l’art de l’ébénisterie.

Si la réforme du collège est une nécessité vitale, celle du lycée, tant général que technologique ou professionnel, est tout aussi essentielle. Il faut en finir avec la Seconde dite de détermination, qui n’a été mise en place que pour éviter d’avouer que la plupart des collégiens arrivaient sans réelle maîtrise des fondamentaux. Afin d’éviter l’engorgement d’une série S qui ne prépare plus réellement aux voies scientifiques, mais qui est une solution d’évitement, on revitalisera les sections littéraires, dont les talents spécifiques sont de plus en plus demandés dans toutes sortes de voies professionnelles. Parallèlement, il faut créer une vraie section scientifique : la section S actuelle est, au mieux, une voie généraliste. Il faut en outre moduler soigneusement le rapport entre formation générale et formation à l’emploi. On sait d’expérience qu’une formation professionnelle trop précoce, sans culture générale, envoie le plus souvent dans des impasses, sans possibilité d’en sortir. Enfin, il faut restaurer les ponts entre enseignement professionnel et voie générale. Des systèmes de remédiation / mise à niveau doivent permettre à des élèves engagés dans la voie professionnelle de revenir dans la voie générale s’ils en ont le désir et la capacité.

>>> Lire ici le troisième et dernier volet de ce texte.

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Jean-Paul Brighelli
enseignant et essayiste français.Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.