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Aux Pays-Bas, le grand remplacement, ça ne passe pas!

La chaîne Ongehoord Nederland soupçonnée de mauvaises pensées

Aux Pays-Bas, le grand remplacement, ça ne passe pas!
Le député hollandais Filip Dewinter (Vlaams Belang) sur la chaîne Ongehoord Nederland. D.R.

Là-bas, la simple mention du “grand remplacement” peut valoir bien des ennuis à ceux qui ne condamnent pas dare-dare cette “élucubration raciste”…


Fin mai, le dirigeant nationaliste flamand Filip Dewinter y est allé de son couplet habituel, lors d’une interview sur la chaîne de radio-télévision Ongehoord Nederland (ON). En affirmant que l’islam était engagé dans une « OPA hostile des sociétés occidentales par la voie de l’immigration », ce vétéran de la droite de la droite n’a pas surpris grand monde… Sauf au parlement, à La Haye, où des députés de huit partis politiques, gauche et droite mêlées, ont déploré l’absence de questions “critiques” de la part de la journaliste de ON. Elle a été accusée d’avoir laissé son invité libre de clamer « des théories de complot tout ce qu’il y a de plus dangereuses », selon un politicien de centre gauche. Des théories “racistes” qui pourraient de plus inciter des suprémacistes blancs à commettre des massacres. Selon ses détracteurs, l’intervieweuse a carrément porté atteinte à la déontologie journalistique que radios et télévisons publiques sont censées respecter. 

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Laisser dire pareilles horreurs sans y opposer d’objection reviendrait même à approuver la théorie qui en néerlandais est surtout connu par le mot “omvolking”, dont la consonance sinistre rappelle l’allemand Umvolkung, repeuplement, terme utilisé par les nazis.

La chaîne soutient le travail de la journaliste

Mi-juin, l’organisme gérant l’audiovisuel public néerlandais, portant le nom orwellien de Commissariat pour les Médias, a menacé ON de sanctions, comme une amende ou une réduction de ses subventions et de son déjà très modeste temps d’antenne, en cas de récidive. Le directeur de ON, un ancien reporter de guerre de renom, a répliqué qu’il n’avait pas l’intention d’obtempérer. Et a promis de continuer de « laisser parler nos invités, sans constamment leur couper la parole », contrairement à ce qui se passe sur toutes les autres chaînes.

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Situation qui n’est pas l’apanage des Pays-Bas, l’audiovisuel financé par les contribuables néerlandais est depuis belle lurette la tête de Turc de nombreux conservateurs, qui l’accusent de favoriser systématiquement des opinions de gauche, notamment dans le domaine de la mal nommée société multiculturelle. Si la droite a parfois tendance à exagérer les méfaits de l’audiovisuel public, l’approche de questions de société y est effectivement majoritairement gaucho compatible. 

Ceci au grand dam de journalistes et d’autres têtes pensantes d’un contre-courant qui, début 2022, lancèrent leur propre chaîne, baptisée donc Ongehoord Nederland, nom volontairement ambigu. Ongehoord peut signifier insolent, mais aussi non-entendu ou ignoré. Ayant réuni 50 000 abonnés, payant chacun une contribution de 8,50 euros par an, ON a (encore) droit à quelques petites heures d’antenne par semaine, utilisant les moyens de diffusion de l’audiovisuel public. 

Ses débuts furent controversés, l’un des fondateurs démissionna après des accusations d’antisémitisme. Curieux, car ON prône par ailleurs une attitude positive envers Israël.

Dans leurs efforts de supprimer la simple mention des mots grand remplacement, sauf quand ils sont accompagnés d’un avertissement rappelant qu’ils nuisent à la bien-pensance, les dirigeants de l’audiovisuel se sont égarés en terrain miné. Ils se voient reprocher, tout comme leurs soutiens au parlement, d’établir des normes journalistiques dont toute déviation serait sanctionnée et de s’ériger en juges qui seuls savent faire la part entre information authentique et infox. « Nous voilà menacés de censure fondée sur des préjugés idéologiques », dit craindre un commentateur du magazine libéral EW.

Efforts maladroits

Les politiques qui s’indignent aujourd’hui dans cette affaire se trouvent dans la droite ligne de leurs prédécesseurs, qui feignaient hier de ne pas voir ce qui sautait aux yeux du commun des mortels: l’immigration de masse.

Depuis le début des années 80, la classe politique dirigeante, épaulée par bien des médias, assurait que les Pays-Bas n’étaient pas un pays d’immigration. Ceux qui affirmaient le contraire, preuves visuelles à l’appui, étaient accusés de nourrir la bête immonde xénophobe et fasciste – dont on n’a pourtant jamais vu la couleur.

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Plusieurs décennies plus tard, les Pays-Bas ont-ils fait beaucoup de progrès dans la défense de la libre parole sur un sujet archi-sensible comme l’immigration et ses conséquences ? Il est permis d’en douter, en témoigne le fanatisme avec lequel une majorité parlementaire entend supprimer des opinions jugées trop dangereuses pour y exposer crûment le bon peuple. 

Selon les plus récentes statistiques officielles [1], les Néerlandais “allochtones” formeront environ 30% de la population en 2050 “en cas de basse migration” (On voit que le mot immigration ne passe toujours pas). Mais en cas de migration élevée, ce pourcentage pourrait atteindre 40%. À Amsterdam, déjà 55,6% de la population est “issue de la migration”. Peu après avoir établi cette constatation, les statisticiens hollandais ont supprimé la précision “non occidentale” de leurs données, dans un effort maladroit d’occulter la réalité du grand basculement qui avance voilé dans bien des quartiers populaires. Un autre exemple, si c’était nécessaire, que “ceux d’en haut” continuent de prendre le peuple pour des ignares. Les parlementaires en colère exigent désormais que les ministres de la Justice et de la Culture interviennent chaque fois que quelqu’un mentionne la théorie du grand remplacement sans automatiquement la vilipender. Ces ministres, Mmes Dilan Yesilgöz et Gunay Uslu, sont les filles d’immigrés turcs parfaitement intégrés dans la société néerlandaise !


[1] https://www.cbs.nl/nl-nl/dossier/dossier-asiel-migratie-en-integratie/hoeveel-mensen-met-een-migratieachtergrond-wonen-in-nederland-


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Journaliste hollandais.

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