Stéphane Germain n’a pas du tout apprécié la superproduction américaine Autant en emporte le vent, un film dangereusement réactionnaire. [Attention, ceci est du second degré…].


Stéphane Germain:J’ai eu envie de décerner un carton rouge cette semaine à une nouveauté américaine, le film de Victor Fleming, Autant en emporte le vent. Cette production devrait même recevoir un carton rouge vif car elle est complètement stigmatisante. Je suis sortie de la salle de projection au bord du malaise, j’avais même du mal à twitter…

Alors de quoi parle ce film américain ? C’est assez simple, c’est la collection Harlequin chez les esclavagistes. Je vous plante le décor : 1860, la haute société sudiste du XIXe siècle, ses fastes, ses plantations magnifiques, ses esclaves racisés qui fraternisent ouvertement avec les familles de planteurs, bah voyons… Alors dommage que chez les esclaves, personne ne porte un masque ça aurait été plus facile pour faire interdire le film.

Côté amourette, puisque c’est Harlequin, ça donne Scarlett qui aime Ashley qui en aime une autre.. Faut quand même voir la gueule de sale race d’Ashley. Y’a aussi un type avec un nom de déodorant pour homme : Rhett Butler, lui il aime Scarlett qui rappelons-le, aime Ashley… Mais on s’en fout ! qu’on nous parle des Afro-Américains morts dans les champs de coton. Le scandale du film est là évidemment, aggravé par le côté ambitieux de la production. Ça, y’a vraiment du pognon quand il s’agit de dresser les gens les uns contre les autres..

Côté esthétique, effectivement on peut parler d’audace. C’est le seul aspect positif. Le parti pris esthétique est vraiment osé. Victor Fleming a vu 8 femmes de François Ozon j’en mets ma main à couper. Il reprend la même idée du cinémascope, des couleurs très datées. C’est bien simple, on dirait que le film a quatre-vingt sans.

À part ça, Autant en emporte le vent fait déjà polémique avant sa sortie. Dès le prologue,, on est sidéré. Les plantations sont présentées comme un « joli monde », ça la France moisie va adorer. Le film est en fait totalement insensible aux sorts des Afro-Américains, et c’est stupéfiant. En plus, tous les Noirs du casting sont esclaves. Bon, d’un autre côté, un planteur noir ça aurait été difficile. Bref, enfin toutes ces victimes sont présentées comme satisfaites de leurs conditions comme si des esclaves avaient pu être fidèles et loyaux, regardez Benalla. Non c’est du négationnisme pur et simple. Le projectionniste avait pris soin de passer une cagoule. J’avais vu l’ingénieur du son de Michel Leeb avoir le même réflexe…

Bon, le film ne pourra sans doute pas sortir dans le sud des Etats-Unis notamment à Memphis. Là-bas, la majorité de la population est noire et on ne peut pas imposer des films aussi insultants à une majorité. C’est un peu comme si on projetait Rabbi Jacob aux écoles de Seine-Saint-Denis.. Un peu de respect. Alors d’après moi, le film ne peut pas survivre à la polémique, je crois qu’il faut être cohérent. J’ai lancé une pétition en ligne pour faire retirer le film.

On ne peut pas promouvoir l’esclavage, il faut au contraire militer pour la liberté.


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