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L’apprentissage change de look

La maison Maniatis incarne depuis 1974 une certaine idée de la haute coiffure française. Sa marque de fabrique ? La formation

L’apprentissage change de look
Séance de training dans le salon Maniatis de la rue de Sèvres (Paris 6e). Transmission du geste et d'un savoir-faire. ©Hannah Assouline

Longtemps synonyme de filière pour cancres « dont il faut bien faire quelque chose », l’apprentissage séduit de plus en plus de jeunes dans tous les secteurs, et certains, comme la coiffure, en font même une formation d’excellence.


Dans Chacun pour toi, film réalisé par Jean-Michel Ribes en 1994, un vieux coiffeur (Jean Yanne) sauve du suicide un jeune type déphasé (Albert Dupontel). Ce dernier découvre que son bienfaiteur a été autrefois un virtuose de la coiffure et l’encourage à retrouver sa splendeur passée en participant à un concours international. Dire qu’il le remporte en exécutant une incroyable coiffure « Renaissance » inspirée d’un tableau qu’ils ont vu au Louvre n’est pas divulgâcher une histoire qui puise son intérêt dans le rapport qui unit ces deux hommes, une relation basée sur la transmission, celle du savoir et du regard.

Cette transmission est le fondement d’un savoir-faire « à la française » réputé dans le monde entier mais qui n’a pas, au contraire de la gastronomie, hystérisé les médias : la coiffure. Pourtant, il en va dans l’univers du cheveu comme dans celui de la restauration, il y a les bons et les mauvais, les hauts de gamme et les low cost. Et puis, un brushing réussi est nettement plus glamour qu’une toque.

La maison Maniatis incarne depuis 1974 une certaine idée de la haute coiffure française. Inventeur d’une technique absolument novatrice, celle de la coupe sur cheveux secs, Jean-Marc Maniatis comprend rapidement l’intérêt qu’il a à former ses propres coiffeurs. Outre un enseignement précis, ses apprentis s’approprient une part de l’aura du maître et gagnent en confiance. Celle-ci alimente leur passion du métier et la fierté de représenter l’excellence de la profession.

Le succès est au rendez-vous et cette formation-transmission est devenue une marque de fabrique de la maison. 

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Aujourd’hui, le directeur opérationnel des salons et de la marque Maniatis Paris, Alexandre Protti, mise plus que jamais sur ces jeunes apprentis qui sont « passionnés, motivés et pleins d’énergie ». Et pour dynamiser davantage ses troupes, il a mis sur pied des séances de « training ». Une fois par mois environ, coiffeurs confirmés et apprentis en formation dans ses différents salons se retrouvent durant plusieurs heures, à l’issue de leur journée de travail, pour approfondir davantage la transmission de leur passion commune. Transmettre un savoir-faire, c’est ici aiguiser la mémoire du geste et du coup de ciseau, développer le sens artistique des futures recrues, leur capacité d’initiative mais aussi d’écoute, afin de comprendre au mieux le désir des clientes. Autour de chaque modèle venu se prêter au jeu – et bénéficier d’une coupe gratis ! – un apprenti et un « formateur ». Sous la lumière crue des spots, malgré un fond musical de rigueur et le vrombissement continu des sèche-cheveux, la concentration est totale, et la bonne humeur aussi. Les conseils s’échangent, les gestes sont repris, décomposés et détaillés pour maîtriser le fameux « mèche à mèche » ou les secrets d’une bonne coloration « qui change tout ». Alexandre Protti passe de l’un à l’autre, prodigue lui-même des conseils, manie le peigne, et s’émeut de cette complicité intergénérationnelle. « Certains ont vingt, trente, voire quarante ans de maison, dit-il avant de nous présenter Laura, elle est arrivée à 15 ans en tant qu’apprentie, a passé son brevet professionnel puis a été embauchée comme coiffeuse. À 30 ans, elle est aujourd’hui formatrice et transmet à son tour à des plus jeunes. » Ces trainings sont aussi une sorte de formation continue, une remise à niveau permanente : « Je suis coiffeur depuis cinq ans mais j’apprends toujours », lâche Jonas, appliqué à suivre la coupe qu’exécute son apprenti du jour. Pour Hector, 21 ans, en alternance chez Maniatis dans le cadre de son brevet professionnel, ces échanges entre coiffeurs de tous âges constituent un avantage qu’on ne trouverait pas ailleurs : « Ici, on apprend tout mais en mieux, on prend vraiment une avance que n’ont pas les autres, on gagne plein d’astuces. En plus, on arrive à se projeter dans l’avenir, on se sent concerné par la boîte. »

Autour de chaque modèle, un apprenti et un formateur ©Hannah Assouline

De fait, quand on entre chez Maniatis, on y fait sa carrière. Rares sont les grandes enseignes de coiffure à pouvoir fidéliser aussi bien leurs clients que leurs employés. Même les fameux modèles de ces trainings du soir sont des habitués. « On les fidélise, s’en amuse Alexandre, elles viennent chez nous lorsqu’elles sont étudiantes en tant que modèles, et nous les retrouvons clientes lorsqu’elles entrent dans la vie professionnelle ! »


L’apprentissage en plein boom

Longtemps considéré comme une filière de seconde zone, l’apprentissage acquiert progressivement ses lettres de noblesse par le sérieux de la formation en alternance qu’il permet, et la motivation des jeunes qui en bénéficient. Les employeurs ont saisi le filon, et 2020 a battu un record historique avec plus de 500 000 contrats signés, dont 495 000 dans le secteur privé (principalement des TPE). Malgré la crise, l’apprentissage a ainsi connu une hausse de 40 % en un an. Un accroissement qui témoigne d’une réelle mobilisation des entreprises, encouragées il est vrai par l’État à recruter des apprentis dans le cadre du plan « 1 jeune, 1 solution ». Celui-ci prévoit notamment comme avantage une prime de 5 000 euros pour l’embauche d’un mineur et de 8 000 euros pour celle d’un majeur.

La nouveauté est aussi le profil de ces jeunes recrues, car elles sont de plus en plus nombreuses à avoir un niveau d’études supérieures : en 2020, elles étaient 22 % à avoir un niveau bac+2. Les chiffres publiés par le ministère du Travail révèlent une autre surprise : malgré les vagues de Covid et les conséquences que l’on connaît, l’embauche d’apprentis dans l’hôtellerie-restauration a progressé de 6 %.

Janvier 2022 - Causeur #97

Article extrait du Magazine Causeur


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Journaliste. Dernière publication "Capitale" (Les éditions du Cerf, 2021)

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