1. UNE CURE DE MÉLANCOLIE

Je ne dirai pas que se plonger dans le Journal de mon cher Henri-Frédéric Amiel est un bain de jouvence, mais j’y reviens toujours avec une certaine délectation, surtout durant mes étés lausannois. Lui-même n’est pas bien loin. Il villégiature durant une dizaine de jours à Chernex, au-dessus de Montreux. Lui aussi, donc, tient son journal. Lui aussi a pour principaux soucis les femmes et sa santé. Dans un mois, il aura 50 ans. Il est toujours célibataire – et il le restera jusqu’à sa mort dix ans plus tard. Il n’a connu, au sens biblique du terme, qu’une femme – Marie Favre, qu’il surnomme « Philine ». C’est d’ailleurs un des plaisirs de cet éternel maniaque que d’affubler les femmes qu’il observe ou qu’il convoite de surnoms étranges ou ridicules. À Chernex, par exemple, il passe une large part de son temps avec Seriosa – Fanny Mercier –, une institutrice dont la laideur et l’insignifiance exercent sur lui une étrange fascination. Il aime l’amour qu’elle lui porte et lui lèguera son Journal.

*Image : wikicommons.

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Roland Jaccard
Psychologue, écrivain, journaliste, critique littéraire, essayiste et éditeur suisseEssayiste, il se fait connaître en 1975 par L'exil intérieur, essai qui a marqué des générations de lecteurs. Romancier, il écrit Sugar Babies, Flirt en hiver, Une fille pour l'été. On lui doit également une trilogie autobiographique L'âme est un vaste pays, Des femmes disparaissent, ...