Le sénateur belge Alain Destexhe a quitté le Mouvement réformateur (MR, centre belge) et créé son propre parti, « Liste Destexhe ». D’aucuns le voyaient rejoindre l’une des nombreuses micro formations qui émaillent la droite de la droite francophone. Très peu pour lui. Il y a, pense-t-il, un espace politique à remplir entre le MR et la droite extrême.


Sophie Flamand. Vous dites vouloir être le pendant francophone de l’Alliance néo-flamande (NV-A) ?

Alain Destexhe. Oui, contrairement aux discours à l’emporte-pièce de certains, je suis pragmatique, comme l’est la NV-A. Les slogans genre « Tous pourris ! » ne mènent nulle part. Mais la NV-A propose un réel programme et je les rejoins sur les domaines de l’immigration, du nucléaire et de l’économie. Par contre, contrairement à eux, je ne suis ni séparatiste, ni nationaliste. Je rêve encore de la Belgique de Papa, celle des années 70, où nous étions 10 millions de Belges. Bien sûr, c’est de la nostalgie et de l’utopie. Mais je rejoins souvent ceux qui pensent que c’était mieux avant.

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Vous avez été longtemps membre du MR, malgré vos divergences. Quelle est la goutte qui a fait déborder le vase ?

J’étais déjà très agacé par diverses prises de positions du MR. La sortie du nucléaire en 2025, par exemple, qui est une utopie présentée par des « experts » porteurs d’idéologie. Sous le masque de l’expert, on trouve souvent le militant peu respectueux du débat contradictoire et de la démocratie qui s’oppose à la volonté des élus et donc au principe de démocratie. Mais aussi l’adhésion de principe du MR à une résolution qui ouvre la voie de la « restitution » d’œuvres congolaises du Musée de Tervuren ou sa décision de signer la « Loi Climat » concoctée par Ecolo et approuvée par toutes les formations politiques francophones, y compris l’extrême gauche PTB. Tout comme les trois plus grands partis flamands, le MR aurait dû s’y opposer. Je ne reconnaissais plus mon parti. Je le reconnais moins encore lorsqu’il ne s’oppose pas à la proposition de loi orwellienne d’une ministre bruxelloise qui veut « piéger » les propriétaires immobiliers qui se montreraient un peu trop récalcitrants pour louer leur bien à des étrangers.

Mais le point de départ fut sans aucun doute le soutien au pacte de Marrakech par le Premier ministre Charles Michel (MR). Le divorce était consommé. Il faut à la Belgique francophone un parti de droite qui ait un programme clair et qui ne louvoie pas entre l’écologisme et l’immigrationisme au gré des sondages.

Le MR ne vous semble plus libéral. On pense par exemple à l’impôt sur les revenus boursiers que ce gouvernement a fait passer au taux record de 30%.

Je ne m’intéresse pas particulièrement au système boursier, mais fondamentalement, le MR n’est plus libéral. Les dépenses publiques belges totalisent 53% du PIB, ce qui nous fait figurer dans le top 3 mondial. Par comparaison, elles représentent 44% en Allemagne et aux Pays-Bas et 49% en Suède. Engrangeons-nous pour autant de meilleurs résultats ? Pas du tout ! Qu’il s’agisse de nos routes ou de notre enseignement, nous payons très cher des services publics peu performants. A l’exception de quelques postes primordiaux, tels la santé, la justice, les pensions ou encore la police et l’armée, toutes les administrations doivent baisser leurs dépenses afin de parvenir sous le seuil de 50% du PIB. Il faut aussi réduire de moitié le nombre d’élus, de parlementaires et d’intercommunales.

Quant aux dépenses sociales, elles se chiffrent à 30% du PIB. Mais personne n’a une vision claire de qui en sont les bénéficiaires. La situation actuelle est une superposition de « droits », au logement, à des aides diverses, aux allocations, à des réductions de tarifs… De nouveaux « droits » se créent sans cesse sans que l’on ne puisse déterminer quelle est la philosophie qui sous-tend cette solidarité. De plus, chaque commune est dotée d’un Centre public d’Aide sociale (CPAS) qui distribue toutes sortes d’aides. Ce sont eux qui distribuent les « revenus d’intégration ». Mais à qui sont-ils distribués ? C’est très flou, cela dépend des élus locaux, qui peuvent les attribuer selon leur idéologie ou par choix électoraliste. Ainsi, à Bruxelles, 90% de ces revenus d’intégration sont attribués à des personnes d’origine étrangère, et c’est 70% pour l’ensemble de la Belgique !

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Un autre bon exemple est le GRAPA. Il s’agit d’une allocation aux personnes âgées. Par le biais du regroupement familial, une personne d’origine étrangère pouvait faire venir ses ascendants, qui bénéficiaient du GRAPA sans jamais avoir cotisé un cent dans le système de sécurité sociale, alors que des Belges, ayant travaillé et cotisé toute leur vie, se retrouvent avec une pension de retraite inférieure. A un moment, le système est « tombé sur sa tête ». Les aides sociales, financées par la classe moyenne, créent et entretiennent un système d’assistanat, et sont devenues une machine électorale clientéliste pour le Parti socialiste. Il conviendrait d’établir un cadastre de ces aides qui se multiplient et de déterminer quelle est la part qui provient réellement des cotisations sociales et que le parlement puisse décider lors d’un débat public, des montants qui sont financés, non par des cotisations mais par l’impôt. Il faudrait passer d’une logique de « droits », à une logique politique.

Quand on lit votre programme, il semble qu’il n’y ait pas que dans le domaine social que vous dénonciez la superposition de droits et de lois.

En effet ! Il y a d’innombrables couches politiques et administratives en Belgique. Ca devient une vraie lasagne, dont le coût de fonctionnement est exorbitant. Pourquoi ne pas re-fédéraliser des compétences telles que le sport de haut niveau ou le Commerce extérieur au lieu d’éparpiller les compétences et les coûts ?

On vous sent aussi assez énervé quant à l’enseignement. Pourquoi ?

L’enseignement en Belgique francophone est un désastre ! Il n’y a qu’à voir nos piteux résultats aux concours PISA de l’OCDE. Or, notre enseignement est l’un des plus coûteux de la planète. Ce n’est donc pas le moins du monde une question de moyens. Je plaide pour une autonomie beaucoup plus grande des écoles. Elles doivent être libres d’engager qui elles veulent, de gérer leur budget et d’appliquer la pédagogie qui leur semble la plus adaptée à leurs élèves. Je dis « halte ! » au pédagogisme qui a envahi les programmes. Il faut revenir à une transmission des savoirs, et donc les programmes scolaires ne devraient porter que sur les matières à acquérir. On est loin du compte ! Quelle est à présent l’utilité de l’Inspection scolaire ? Vérifier que les profs ont bien respecté la méthodologie en vigueur. Mais ce qui est réellement important, ce sont les résultats. L’Inspection devrait plutôt vérifier que les élèves ont progressé selon les facultés de chacun et photographier cette évolution. Ce serait plus productif que l’actuel nivellement par le bas. L’égalitarisme est à ce point devenu LA référence qu’il nuit à l’intérêt général et aux performances des élèves.

Vous pointez également la fameuse « transition énergétique ». A vous lire, il semblerait qu’il s’agisse d’une fumisterie.

Il y a en tout cas une hystérie autour du climat. On croirait qu’il n’y a pas de sujets plus importants, alors que nous sommes confrontés à de grands défis dans le domaine du chômage, de la mobilité, de l’enseignement, des migrations ! La Belgique, qui ne totalise que 0,3% des émissions de CO2, ne peut pas se passer du nucléaire et le MR voudrait fermer les centrales en 2025 ! C’est absurde et irresponsable. Le nucléaire couvre 50% de nos dépenses énergétiques. Par quoi allons-nous le remplacer ? Par des centrales à gaz ? Le taux de CO2 augmenterait nettement et en outre cela alourdirait drastiquement la facture d’électricité des ménages, alors que nous sommes déjà l’un des pays les plus chers dans ce domaine.

Revenons au Pacte de Marrakech qui a contribué à provoquer votre rupture d’avec le MR. En quoi vous déplaît-il ?

Le Pacte de Marrakech risque d’être utilisé par des juges et des ONG pour contraindre le gouvernement à mener une politique contraire à la volonté de la majorité de la population. La Belgique est bien plus touchée par l’immigration que ses voisins. Cela se traduit par une augmentation de la population qui mine la cohésion sociale. Un islam, souvent de plus en plus virulent et revendicateur, s’installe sous nos cieux et s’oppose à l’intégration des personnes étrangères. En outre, cette immigration se révèle très coûteuse pour le contribuable mais il n’y a aucune volonté politique de mener une enquête sérieuse et détaillée sur ce sujet.

Et que proposez-vous ?

Il faut freiner l’immigration en restreignant le regroupement familial. Nous devons nous limiter strictement à ce qui est exigé par les directives européennes et, idéalement, revoir ces directives. Mais surtout, il faut traiter les demandes d’asiles hors du territoire belge, via les ambassades ou les pays limitrophes. Quand un migrant a posé le pied sur le sol européen, il est très difficile de l’expulser. Bien sûr, il existe les fameux « Ordres de Quitter le Territoire », mais en pratique, ces ordres sont rarement exécutés. Il s’agit d’êtres humains, parfois avec une famille ; on ne peut pas les expulser n’importe comment. Et très souvent, les pays d’origine ne veulent pas les reprendre. Les ONG font systématiquement opposition et aucun pays européen ne parvient réellement à les expulser. C’est pourquoi il faut empêcher l’entrée sur le sol européen de tous ceux qui n’ont pas le droit d’y être.

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