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Le grand tri identitaire de LFI

Que s’est-il passé aux universités d’été de La France insoumise ?


Le grand tri identitaire de LFI
Les députées LFI Sophia Chikirou et Clémence Guetté aux côtés de l’eurodéputée Rima Hassan (au centre), lors d’un rassemblement de soutien à cette dernière, poursuivie pour apologie du terrorisme. Paris, 7 juillet 2026. © Lionel Urman/SIPA

Alors qu’un sondage place Jean-Luc Mélenchon en position de se qualifier pour le second tour de la présidentielle de 2027, les universités d’été de La France insoumise ont donné à voir une tout autre réalité : celle d’un mouvement où l’on peut réclamer la prison pour des Franco-Israéliens au seul motif qu’ils ont servi dans Tsahal, tout en contestant le dispositif antiterroriste au nom des populations qu’il toucherait…


En l’espace d’une même table ronde, on aura réussi ce tour de force : réclamer la prison pour des Franco-Israéliens en raison de leur appartenance à Tsahal et, quelques minutes plus tard, expliquer qu’il faudrait en finir avec le dispositif antiterroriste parce qu’il frapperait notamment « les Arabes et les Noirs ». D’un côté, on élargit la culpabilité jusqu’à la rendre collective. De l’autre, on racialise la répression pénale jusqu’à considérer l’origine de ceux qu’elle touche comme un argument contre la loi elle-même. Et tout cela dans le même colloque.

Salah Hamouri évoque les Franco-Israéliens servant dans Tsahal. Il faut, explique-t-il, recueillir des témoignages, les identifier, les qualifier de « génocidaires » et les poursuivre. « Leur place, c’est la prison », affirme-t-il. Très bien. Mais de qui parle-t-on exactement ? Qu’un Franco-Israélien ayant personnellement commis un crime de guerre soit poursuivi ne devrait scandaliser personne. Qu’on enquête, qu’on établisse les faits, qu’on produise les preuves et qu’un tribunal le condamne si sa culpabilité est démontrée : c’est le fonctionnement normal d’un État de droit. Mais ce n’est plus du tout le même raisonnement lorsqu’on commence par désigner une catégorie — ceux qui servent ou ont servi dans Tsahal — avant de lui coller l’étiquette de « génocidaires ».

La culpabilité par l’uniforme

Parce qu’Israël n’a pas une petite armée professionnelle vivant séparée du reste de la population. Israël est une société de conscription. Une très grande partie de sa population juive adulte a effectué son service militaire et une partie considérable de celle-ci appartient ou a appartenu à la réserve. Alors allons jusqu’au bout du raisonnement. Le simple fait d’avoir servi dans Tsahal fait-il de vous un génocidaire ? Le réserviste mobilisé quelques semaines est-il un génocidaire ? Le médecin militaire ? Celui qui a effectué son service il y a quinze ans ? Celui qui travaillait dans la logistique ? Celui qui n’a jamais mis les pieds à Gaza ? Celui qui a combattu les commandos du Hamas entrés en Israël le 7 octobre ? Où commence le crime ? Où finit l’appartenance ?

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C’est précisément pour répondre à cette question que nos démocraties ont posé un principe extraordinairement simple : la responsabilité pénale est individuelle. On ne juge pas un homme pour ce que serait son peuple. On ne le juge pas pour les crimes imputés collectivement à une armée. On le juge pour ce qu’il a fait, ordonné, facilité ou sciemment rendu possible. Et puis, dans la même table ronde, changement complet de logiciel.

Puis vient la justice identitaire

Rima Hassan demande s’il faudrait supprimer l’infraction d’apologie du terrorisme. « Lucy », juriste de la Legal Team antiraciste, répond qu’il faut l’abroger. Puis elle va beaucoup plus loin : c’est finalement « tout le dispositif antiterroriste » qu’elle souhaite voir disparaître, notamment parce que ces infractions cibleraient « les quartiers populaires, les Arabes et les Noirs ». Soyons précis : elle ne propose pas que les Arabes ou les Noirs puissent commettre des attentats en toute impunité. Elle considère que les crimes pourraient être poursuivis sous les qualifications ordinaires du droit pénal. 

Mais regardez le renversement. Quelques minutes auparavant, l’appartenance à une institution militaire extrêmement répandue dans la population israélienne permettait de faire surgir la qualification de « génocidaire ». Quelques minutes plus tard, lorsque le dispositif antiterroriste est en cause, l’origine supposée de ceux qu’il toucherait devient au contraire un argument permettant de contester la légitimité du dispositif.

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Aux uns, la culpabilité par appartenance. Aux autres, la protection par appartenance. C’est cette asymétrie qui est sidérante. Car si une loi devient suspecte dès lors qu’elle frappe davantage une catégorie particulière de population, où s’arrête ce principe ? Imagine-t-on appliquer ce raisonnement à n’importe quelle autre criminalité ? Si une infraction pénale touche statistiquement davantage une catégorie de population, faut-il supprimer l’infraction ? La justice doit-elle commencer par regarder la couleur, l’origine ou l’appartenance communautaire du prévenu avant de déterminer quelles lois sont légitimes pour le juger ? Ce serait la négation même de l’universalisme juridique.

Ni coupable par identité, ni innocent par origine

Une loi juste ne demande pas au criminel d’où venaient ses grands-parents. Elle demande ce qu’il a fait. Et ce principe fonctionne dans les deux sens. Un Franco-Israélien n’est pas innocent parce qu’il est israélien. S’il existe contre lui des éléments sérieux établissant sa participation à des crimes, qu’il soit poursuivi et jugé. Mais il n’est pas davantage « génocidaire » parce qu’il a porté l’uniforme de Tsahal. De la même manière, un Arabe ou un Noir soupçonné d’une infraction terroriste ne doit évidemment jamais être considéré comme terroriste en raison de son origine. Mais son origine ne saurait davantage devenir un argument contre l’existence même de la législation sous laquelle il est poursuivi. C’est cela, l’égalité. Mêmes lois. Mêmes droits. Mêmes garanties. Mêmes exigences de preuve. Même responsabilité individuelle.

Or ici, progressivement, l’individu disparaît. Il ne reste bientôt plus que des catégories : les Franco-Israéliens, les Arabes, les Noirs, les quartiers populaires. Et avec elles apparaissent deux mouvements exactement opposés. Pour certaines catégories, on étend le soupçon depuis les actes d’un individu jusqu’au groupe auquel il appartient. Pour d’autres, on remonte des personnes poursuivies jusqu’à la loi elle-même : puisque cette loi toucherait trop souvent telle population, c’est la loi qui devient suspecte. C’est une conception profondément dangereuse de la justice.

L’individu sacrifié aux appartenances

Parce que dès lors que l’on accepte la culpabilité par association, pourquoi s’arrêter aux Franco-Israéliens actuellement sous les drapeaux ? Pourquoi pas les anciens soldats ? Pourquoi pas les réservistes ? Et inversement, dès lors que l’on commence à juger une législation pénale non plus d’après les actes qu’elle réprime, mais d’après l’origine des populations qu’elle toucherait, pourquoi s’arrêter au terrorisme ? C’est exactement pour empêcher ces engrenages que l’État de droit refuse deux principes également funestes : la culpabilité collective et l’innocence identitaire.

Je refuse qu’un Juif, un Arabe, un Noir, un Franco-Israélien ou n’importe quel citoyen soit présumé coupable en raison de ce qu’il est. Mais je refuse avec exactement la même force que son identité devienne un bouclier politique contre l’application de la loi. Entre ces deux dérives, il reste pourtant quelque chose d’essentiel : l’individu. L’individu qui n’est responsable ni de son peuple, ni de ses ancêtres, ni de sa communauté. L’individu qui répond de ses actes.

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Si demain nous décidons que certains groupes doivent répondre collectivement des crimes qu’on impute aux leurs tandis que, pour d’autres, l’origine de ceux que l’on poursuit suffit à rendre la loi suspecte, alors il faudra avoir l’honnêteté de ne plus appeler cela l’égalité. Ce sera une justice à plusieurs vitesses. Une justice qui commencera par demander : « Dis-moi à quel groupe tu appartiens, et je te dirai de quelle justice tu relèves. »

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David Duquesne est infirmier et un citoyen engagé auteur du livre "Ne fais pas ton Français !" (2024)

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