Le premier ministre turc Erdogan a émis un projet de loi au Parlement qui ne laisse plus de place au doute : la Turquie se radicalise. L’idée évoquée est de contrôler les appartements d’étudiants, où se mélangent filles et garçons, considérés comme « à risque » pour les valeurs de la république turque.

Recep Tayyip Erdogan justifie sa proposition : « Personne ne sait ce qu’il se passe dans ces appartements. Tout peut arriver. Et après les parents hurlent et demandent – Mais que fait l’Etat ? ». Les mesures prises servent donc à montrer que l’Etat est là, qu’il n’abandonne pas son peuple effarouché.

Le vice-premier ministre défend le nouveau projet au nom de la morale turque et ajoute: « Il n’y a pas d’objection légale à ce que des jeunes des deux sexes vivent ensemble, mais nous devons  tous savoir une chose : nous vivons dans une société de valeurs. »

Le chef du gouvernement est pourtant connu et apprécié pour ses réformes démocratiques, mais là, l’opposition s’inquiète. Ce n’est pas sa première ingérence dans l’intimité des Turques. Son éloge quasi doctrinaire de la boisson à base de yaourt « Aryan » au lieu de l’alcool raki ; son souhait propagandiste que les femmes aient chacune trois enfants, avaient déjà ouvert le débat sur l’immixtion du pouvoir dans la vie privée des citoyens.

Le gouvernement a bien entendu les critiques et a tenu à rassurer en rappelant que la loi servait le peuple. « Les voisins de ces endroits douteux peuvent en effet légitimement craindre que ces lieux deviennent l’abri d’organisations criminelles » précise le vice-premier ministre.

Le modèle de la démocratie turque perd peu à peu de son rayonnement. Une nouvelle face apparaît, celle d’un Etat maternaliste qui s’autorise toutes les intrusions dans la vie des particuliers, puisque c’est bon pour eux.

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