Harry Roselmack en immersion

D’un côté de gentils salafistes, de l’autre de méchants discrimineurs : les hasards de la programmation télévisuelle dessinaient hier soir un édifiant portrait de la France. Sur TF1, Harry Roselmack nous présentait des fondamentalistes musulmans, certes exotiques et un rien baroques dans notre République, mais bien propres sur eux, respectueux des vieilles dames et des filles – il est vrai qu’ils se débrouillent pour n’en croiser qu’une, et sous bonne surveillance, celle qu’ils vont épouser. Avec un seul critère : la piété, parce que celle-ci dure et même croît avec l’âge, contrairement à la beauté, comme l’a expliqué un des personnages. Quant aux femmes interrogées, elles sont là pour expliquer à quel point, derrière leur voile intégral pour celles qui ont le privilège de le porter, elles sont modernes et épanouies même si les pauvrettes ne comprennent pas qu’on les regarde bizarrement dans la rue. En prime, tous ces braves gens (qui le sont vraiment) sont marseillais et fort malheureux d’être stigmatisés par leurs concitoyens. Rien à voir avec le genre islamiste au couteau entre les dents – ils évoquent plutôt des loubavitchs musulmans.

Au même moment, sur France 2, « Les Infiltrés », l’émission de David Pujadas réalisée en caméra cachée, nous révélait la France des beaufs, des agents immobiliers et des recruteurs qui ne veulent pas de noirs, d’arabes, de femmes et de vieux et qui, heureusement, vivent maintenant sous la menace permanente de la Halde.

On me dira qu’il ne s’agissait pas là de fictions mais d’enquêtes de terrain. Et on le sait, le terrain ne ment pas. Les gentils salafistes et leurs fantomettes existent tout autant que les méchants discrimineurs. Seulement, la réalité n’est pas une somme de faits, aussi vrais soient-ils.

Pétri de bonnes intentions, Roselmack se fait balader sur la face visible de l’iceberg. Il nous montre une minorité hors-sol qui, comme le dit un des jeunes, ne deale pas, ne vole pas et se contente de vivre à l’écart du reste de la nation, tout en essayant de ramener le plus possible de brebis égarées dans le droit chemin. Mais sur les conséquences de cette conception pour le moins singulière du vivre-ensemble qui recrute un nombre croissant d’adeptes – y compris parmi les « de souche » ce qui devrait faire litière de toute lecture ethnique ou raciale -, silence radio. Que pensent ces bons garçons de ceux qui au nom d’une conception aussi littérale de l’islam que la leur, prétendent soumettre, en plus de leurs femmes, filles et sœurs, les juifs et les croisés ? On apprend simplement que lorsque le sympathique imam a traité, dans un prêche, Ben Laden d’assassin, la mosquée s’est vidée. Et quand on lui demande ce qu’il a ressenti le jour où il est devenu français, il répond : « Je suis fier d’être musulman ». Chacun pense ce qu’il veut, on est en République, non ?

En face, ces recruteurs et ces logeurs qui acceptent à mots couverts d’éliminer les candidats trop bronzés ou trop vieux ont tout des parfaits salauds. « Tu fais du business, pas du social », lance le patron d’une agence immobilière à sa fausse stagiaire et vraie journaliste. On ne sait pas combien d’agences d’intérim l’équipe des « Infiltrés » a dû tester avant de tomber, un peu plus tard dans le reportage, sur le dérapage incontestable – le type qui accepte de ne sélectionner que des gars bien de chez nous, tout en précisant que c’est du off, il connaît les risques. On aurait surtout voulu savoir comment ces chefs d’entreprise ou ces propriétaires sont devenus des discrimineurs patentés : est-ce le fruit d’expériences malheureuses qu’ils ont assurément le tort de généraliser, de besoins spécifiques qui pourraient leur faire préférer, par exemple, un jeune à un vieux, ou d’affreux préjugés, racistes, mais aussi sexistes et âgistes, qu’ils partagent avec le reste de leurs concitoyens ? De cela, on ne nous a pas dit un mot. Trop compliqué sans doute.

On comprend au passage que toute préférence peut constituer une discrimination passible d’une amende de 100 000 € et d’une peine d’emprisonnement de cinq ans. J’aimerais bien savoir par quel miracle légal la plupart des réceptionnistes dans les grandes entreprises, sont des femmes, souvent jolies en plus. Un pur hasard certainement. Il me revient avoir déjà déclaré publiquement que je préférais travailler avec des hommes qu’avec des femmes. Je vous jure, c’était une blague. Pitié ! Pas la Halde !

Ce face-à-face involontaire et cathodique entre notre sombre passé et notre avenir radieux devrait nous rendre optimiste. Quand nos aimables fondamentalistes seront plus nombreux que nos vilains racistes, tout ira pour le mieux.

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